Païta : la guerre au cactus est déclarée

Résumé IA
Des bénévoles de Gardiens des Îles mènent deux missions sur les îlots Ange, Ronde et Pandanus à Païta. Le 3 octobre, ils sensibilisent 30 plaisanciers aux risques d’incendie et à la protection des oiseaux marins, puis le 9 octobre, ils arrachent 660 kg de cactus envahissant Opuntia monacantha sur l’îlot Pandanus, avec une dernière intervention prévue.
Pas de grands discours, pas de plaintes : des bénévoles, des gants et des résultats.
Sur les îlots de Païta, la défense du patrimoine naturel calédonien se fait les pieds dans le sable.
Plaisanciers : la responsabilité plutôt que l’interdiction
Il y a ceux qui parlent d’environnement. Et il y a ceux qui s’en occupent.
Les bénévoles de Gardiens des Îles appartiennent clairement à la seconde catégorie. Les samedi 3 et vendredi 9 octobre, ils ont enchaîné deux missions sur les îlots Ange, Ronde et Pandanus, au large de Païta. Le cadre : le projet CONNECT’Iles, qui vise à préserver la biodiversité de ces petits bouts de terre très prisés des plaisanciers.
Deux journées, deux méthodes. D’abord parler aux usagers. Ensuite, retrousser les manches.
Le 3 octobre, l’équipe s’est consacrée à l’observation. Combien de monde fréquente ces îlots ? Quels usages y sont pratiqués ? Dans quel état se trouve le milieu ?
Le bilan de la journée est concret. Huit bateaux recensés sur les trois îlots. Trente personnes sensibilisées aux bonnes pratiques.
Et ici, pas de logique punitive. Pas de procès fait aux familles venues profiter du lagon le week-end. Les bénévoles ont misé sur l’échange, et les discussions avec les plaisanciers se sont révélées constructives.
Deux sujets ont dominé ces conversations.
Le premier, c’est le feu. À l’approche de la saison chaude, le risque d’incendie grimpe sur ces îlots secs et exposés. Le conseil des Gardiens des Îles relève du bon sens : privilégier les repas froids lors des sorties. Un barbecue de moins, c’est un risque de moins.
Le second concerne les oiseaux marins. Ils reviennent en cette fin d’année sur les îlots pour se reproduire. Pendant la nidification, ils sont particulièrement vulnérables au dérangement. Garder ses distances suffit souvent.
Rien de révolutionnaire, donc. Simplement l’appel à une responsabilité individuelle que chacun peut assumer sans contrainte ni sanction. C’est précisément ce qui rend la démarche efficace.
Opuntia monacantha : 660 kilos arrachés à la main
Changement de registre le 9 octobre. Cap sur l’îlot Pandanus, avec un ennemi bien identifié : Opuntia monacantha.
Ce cactus exotique n’a rien à faire là. Espèce envahissante, il menace la végétation indigène et les habitats naturels de l’îlot. Laissé sans contrôle, il colonise l’espace au détriment de la flore locale.
La réponse des bénévoles tient en un mot : arrachage. Manuel, méthodique, physique.
Résultat ? Près de 660 kg d’Opuntia retirés de l’îlot Pandanus.
Les plants n’ont pas été abandonnés sur place. Ils ont été transportés sur l’îlot Ronde, où ils seront enfouis lors d’une prochaine mission. Une précaution qui en dit long sur le sérieux de l’opération.
L’essentiel du travail est fait : la majeure partie de la zone colonisée a été traitée. Mais l’équipe ne crie pas victoire trop tôt. Une dernière intervention sera nécessaire pour finaliser le chantier.
C’est sans doute la leçon la plus parlante de cette journée. La préservation de la nature ne se joue pas en une campagne de communication. Elle se gagne mission après mission, kilo après kilo.
Une action locale, un réseau solide
Sensibilisation des usagers d’un côté, restauration écologique de l’autre : les deux missions se complètent. Elles traduisent la philosophie revendiquée par Gardiens des Îles, qui veut concilier activités humaines et préservation de l’environnement.
Autrement dit, protéger les îlots sans en chasser ceux qui les aiment. Permettre à chacun de continuer à profiter durablement de ces espaces naturels d’exception.
Le projet est co-porté avec la mairie de Païta et son assistant à maîtrise d’ouvrage, Nicolas Rafecas, du cabinet Littoralys. La province Sud en est partenaire.
CONNECT’Iles s’inscrit par ailleurs dans le programme BEST Life2030 de l’UICN, financé par l’Union européenne et la Banque Socredo, et coordonné par le Comité français de l’UICN.
Le soutien est aussi calédonien. Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et l’Agence néo-calédonienne de la biodiversité participent au financement via le fonds de soutien aux associations environnementales. La Fondation de la Mer apporte également son appui, à travers son programme SOS Corail.
Mais au bout de la chaîne, ce sont bien des bénévoles qui ont porté les sacs, parlé aux plaisanciers et arraché les cactus. L’association a d’ailleurs tenu à remercier ses troupes pour leur engagement, ainsi que les usagers rencontrés pour leur écoute et leur bienveillance.
Les actions se poursuivent. Prochaine étape attendue : l’enfouissement des 660 kilos d’Opuntia sur l’îlot Ronde, et l’ultime opération sur Pandanus.
Sur les îlots de Païta, l’écologie a un visage. Celui de l’effort et du travail bien fait.
(Crédit photo : page Facebook "Gardiens Des Iles")


