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L'actualité locale

Le feu a tout brûlé, sauf elle

24 octobre 2026 à 14:00
4 min de lecture
Le feu a tout brûlé, sauf elle

Résumé IA

Dimanche, l’Île des Pins reçoit une Bible ancienne à Vao, quatorze ans après son vol en 2012. Yann Le Goff, ancien gendarme, l’a achetée en 2021, aidé par Karine Payen et Ilan Logerot. L’ouvrage, intact après l’incendie de 2024, est remis à la paroisse après la coutume.

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Ce dimanche, l’Île des Pins a reçu bien plus qu’un livre. Elle a reçu la preuve qu’un merci peut traverser la planète.

Quand la gratitude devient un devoir

On entend beaucoup parler, en Nouvelle-Calédonie, de ce qui sépare.
Rarement de ce qui relie.

Le 18 octobre 2026, à Vao, c’est pourtant un lien qui s’est matérialisé. Un volume ancien, posé entre les mains d’une communauté qui l’attendait sans le savoir, au terme d’un parcours que personne n’aurait osé écrire.

Derrière ce livre, il n’y a ni subvention, ni plan de communication, ni institution.
Il y a des gens. Des Français de Bretagne, de Nantes, des Alpes, de Nouméa et de Kunie, qui ont décidé, chacun à leur place, de ne pas lâcher.

À l’origine, une blessure.
En 2012, à la faveur de l’escale d’un paquebot de croisière, la Bible de la paroisse est dérobée. Un larcin de passage, commis par des gens qui ne reviendraient jamais, et qui privait une église de son livre.

Pour la plupart des visiteurs, l’affaire serait restée une ligne dans un fait divers.
Pas pour Yann Le Goff.

Le gendarme a servi à Kuto pendant sept ans, de 2009 à 2016. Sept années à vivre au rythme de l’île. Et un souvenir qui ne l’a jamais quitté : le jour où, après la mort de son père en Bretagne, les fidèles kunié et le Père Gidrol ont prié pour le défunt.

Il y a des solidarités qui obligent.
Celle-là en était une.

En 2021, le militaire décide de rendre ce qu’il a reçu. Il déniche, chez un bouquiniste de Vichy, un exemplaire ancien de toute beauté et l’achète. L’uniforme a changé de rôle : le gendarme devient messager.

Voilà ce qu’on ne raconte pas assez sur ceux qui portent l’uniforme de la République outre-mer. Ils n’y font pas seulement leur métier. Ils y laissent parfois une part d’eux-mêmes, et ils emportent quelque chose en repartant.

Une chaîne de mains françaises

Un livre ne traverse pas seul vingt mille kilomètres.

La première étape le mène dans les Hautes-Alpes, chez Karine Payen. L’ancienne pigiste des Nouvelles Calédoniennes, devenue secrétaire de l’AS Magenta Rugby, connaît les deux rives. Elle devient la plaque tournante de l’opération.

Puis entre en scène un jeune Nantais, Ilan Logerot, menuisier formé chez les Compagnons du Devoir.
Sa mission : fabriquer de quoi protéger l’ouvrage pendant le voyage.

Il choisit le bouleau.
Il prend son temps.
Il livre une pièce unique.

C’est toute une certaine idée de la France qui se glisse dans ce coffret : la transmission d’un métier, l’exigence du travail bien fait, le respect pour ce qu’on vous confie. Des valeurs qu’on croit parfois disparues et qui, visiblement, ont encore des héritiers.

Fin mars 2022, l’entraîneur Ivan Hillaireau embarque l’ensemble pour Nouméa.

Et c’est le rugby qui, dès lors, prend le relais. Le ballon ovale sert de fil conducteur à toute la suite de l’histoire, comme il sert souvent de trait d’union entre la Métropole et le Caillou.

L’épreuve avant la récompense

L’arrivée n’a rien d’un triomphe.
Le transport aérien a abîmé l’ouvrage : la croix et les pierres de jade qui l’ornaient ont été arrachées.

Deux ans plus tard, le pire survient.

Les émeutes de 2024 frappent l’agglomération. À Magenta, le local du club où la Bible était conservée est incendié. Tout ce qu’il abritait part en cendres.

Tout, sauf elle.

Ceux qui ont vu le pays brûler cette année-là mesurent ce que cela signifie. Au milieu des destructions, un livre sacré qui ressort intact a valeur de symbole. Les fidèles n’y voient pas un hasard, et on aurait du mal à leur donner tort.

Début 2026, vient le temps de réparer. L’ouvrage retrouve sa dignité grâce à une croix bénie, acquise à la boutique de la cathédrale de Nouméa.

Restait la dernière traversée, jusqu’à Kunie.

Elle s’est faite grâce à une coordination remarquable : le Grand Chef Këëwa Guillaume Vâdeku (Vendegou), Ivan Hillaireau, le vice-président de la Fédération française de rugby et le président de la Ligue calédonienne, qui a fait le déplacement tout spécialement.
Autorité coutumière, monde sportif, engagement personnel : chacun a tenu sa part.

À l’arrivée, l’ordre des choses a été respecté. La coutume d’abord, avec le bonjour présenté à la Grande Chefferie de Kwényïï. Puis la remise au presbytère de la paroisse de Vao, à l’église Notre-Dame-de-l’Assomption.

Quatorze ans après le vol, la boucle est bouclée.

On peut lire cette histoire comme une jolie anecdote paroissiale.
On peut aussi y voir autre chose : la démonstration qu’entre la France et la Nouvelle-Calédonie, le lien ne tient pas seulement à des accords et à des statuts. Il tient à des visages, à des souvenirs, à des promesses qu’on s’impose de tenir.

À Vao, on a choisi une image pour le dire : la Bible y est décrite comme une flamme que rien ne parvient à souffler.

(Crédit photo : page Facebook "ile Des Pins Hotels")