50 millions pour un Monet jamais vu

Résumé IA
Le jeudi 22 octobre, chez Sotheby's à Paris, « Iris » de Claude Monet est adjugé 43 millions d'euros, soit plus de 50 millions avec les frais, devenant l'œuvre la plus chère vendue aux enchères en France. Peinte à la fin de sa vie, la toile, cachée dans la famille Schlumberger, est présentée au public pour la première fois.
Paris a vibré jeudi soir au rythme d’un marteau qui ne voulait plus retomber. Cent ans après sa disparition, Claude Monet vient d’écrire une page d’histoire du marché de l’art français.
Une bataille de 45 minutes pour un chef-d’œuvre caché
Quarante-cinq minutes.
C’est le temps qu’il aura fallu, ce jeudi 22 octobre, pour que la salle de Sotheby’s à Paris voie partir « Iris », toile monumentale de Claude Monet. Une bataille acharnée, enchère après enchère, jusqu’à un prix marteau de 43 millions d’euros.
Avec les frais, la facture dépasse les 50 millions d’euros.
Le chiffre donne le vertige. Il fait surtout entrer « Iris » dans l’histoire : la toile devient l’œuvre d’art la plus chère jamais vendue aux enchères en France, selon la maison Sotheby’s. Aucun Monet n’avait jamais atteint un tel sommet sur le sol français.
Le symbole est fort. En 2026, l’année même où l’on célèbre le centenaire de la mort du père de l’impressionnisme, c’est à Paris, dans sa ville, que son nom fait tomber tous les records.
Il faut dire que l’œuvre avait de quoi affoler les collectionneurs. Peinte par Monet à la fin de sa vie, elle mesure 1,60 mètre de haut sur 1,80 mètre de large. Un format imposant, une signature mythique, et surtout un mystère.
Car personne, ou presque, ne l’avait jamais vue.
Le secret bien gardé de la famille Schlumberger
« Iris » n’avait jamais quitté l’hôtel particulier parisien de la famille Schlumberger. Jusqu’ici, le grand public ne la connaissait que par une simple photographie en noir et blanc. Jeudi, elle était présentée au public pour la toute première fois.
À l’origine de ce trésor, une femme : Jeanne Schlumberger (1889-1983). Selon Thomas Bompard, codirecteur du département Moderne et Contemporain de Sotheby’s France, cette « brillante collectionneuse d’art » avait acquis la toile directement auprès de la famille du peintre.
Pendant des décennies, le tableau est donc resté là, à l’abri des regards, loin des musées et des salles de vente.
Avant la vacation, Sotheby’s l’avait estimé entre 22 et 30 millions d’euros. Une fourchette déjà exceptionnelle, présentée comme la plus haute estimation jamais attribuée à une peinture mise aux enchères en France.
Le résultat final l’a pulvérisée.
Et la soirée a réservé une autre surprise. Quelques heures avant le début des enchères, trois peintures de Paul Cézanne classées « trésors nationaux » ont été retirées de la vente. Motif avancé par Sotheby’s : la perspective de leur retour dans la ville natale de l’artiste, Aix-en-Provence.
Ce retour découle d’un échange entre les propriétaires actuels et la municipalité aixoise, qui envisage d’acquérir ces œuvres pour le Musée Granet, avec le soutien du ministère de la Culture.
Voilà une nouvelle qui mérite d’être saluée. Des chefs-d’œuvre français qui reviennent chez eux, sur la terre qui les a vus naître, plutôt que de s’envoler vers une collection privée à l’autre bout du monde : c’est exactement ce que devrait être une politique patrimoniale digne de ce nom.
Christie’s aussi rafle la mise avec la collection Durand-Ruel
Le même soir, quelques rues plus loin, l’autre géant des enchères jouait sa propre partition.
Christie’s dispersait une partie de la prestigieuse collection de la famille Paul Durand-Ruel, nom indissociable de l’impressionnisme. Là encore, des pépites jamais vues sur le marché.
Vingt-six œuvres ont trouvé preneur. Monet, encore lui, a dominé la soirée avec « Bord des falaises à Pourville », adjugé 12,7 millions d’euros, et « Trois pots de tulipes », parti à 3,1 millions.
Pierre-Auguste Renoir n’était pas en reste : ses « Jeunes filles au bord de la mer » ont été cédées pour 5,8 millions d’euros. Quant à Pablo Picasso, sa « Nature morte au gruyère » a atteint 3 millions.
Au total, la vente de Christie’s a rapporté 41,6 millions d’euros, frais inclus.
Deux collections, deux maisons, une même journée. L’américaine Sotheby’s et sa rivale britannique Christie’s, les deux plus grandes maisons de vente de la planète, se sont livré un duel à distance en plein cœur de Paris.
Et c’est bien un peintre français qui a mis tout le monde d’accord.
Ce jeudi restera comme un rappel salutaire : quand il s’agit de génie artistique, la France n’a de leçon à recevoir de personne. Un siècle après sa mort, Claude Monet continue de faire rayonner le pays bien au-delà de ses frontières. Et de remplir les salles.
(Crédit photo : LOU BENOIST / AFP)



