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Budget 2027 : « On va dans le mur »

23 octobre 2026 à 08:05
5 min de lecture
Budget 2027 : « On va dans le mur »

Résumé IA

Lors du débat d'orientation budgétaire du 22 octobre, la province Sud constate une baisse de ses recettes et une hausse de ses dépenses, alors que la Nouvelle-Calédonie emprunte à 4,6%. Sonia Backès prévient que la collectivité "va dans le mur" sans décisions fortes, tout en défendant des mesures sur la santé, l'école et l'environnement.

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Les recettes reculent, les dépenses grimpent, et la Nouvelle-Calédonie emprunte cher.
À la province Sud, Sonia Backès refuse de laisser filer les comptes.

Budget 2027 : la province Sud face à l’heure des choix

Il y a des séances où l’on vote, et d’autres où l’on regarde la réalité en face. Ce jeudi 22 octobre, les élus de la province Sud ont fait les deux.

Au menu, le débat d’orientation budgétaire, première étape avant le budget primitif 2027. Mais aussi une série de mesures concrètes sur la santé, l’école, l’environnement et l’agriculture. Le fil rouge est simple : dépenser mieux, sans renoncer à agir.

Les chiffres sont têtus. L’assiette de répartition est estimée à 101 milliards de francs CFP, et elle ne tient que parce que l’État intervient à hauteur de 21,5 milliards. Sans Paris, le château de cartes vacillerait.

En 2026, les recettes de la province ont baissé de 3,6 % par rapport à 2025. La fiscalité additionnelle continue de s’effriter, avec un recul de 3,9 %, en particulier sur les patentes. C’est l’économie réelle qui parle : moins d’activité, moins d’entreprises, moins de ressources.

Pendant ce temps, les dépenses ont progressé de 3,5 %.

La masse salariale augmente de 3 %, portée notamment par les mesures destinées à rendre le territoire plus attractif pour les soignants. Les interventions et subventions bondissent de 10,5 %. L’exécutif provincial l’assume : la santé, la protection sociale, l’enseignement, la jeunesse et l’emploi exigeaient un effort supplémentaire.

Reste l’équation. Selon le rapport présenté aux élus, il faudrait réduire d’environ 4 % les dépenses de fonctionnement pour retrouver l’équilibre sans toucher à la fiscalité.

Sonia Backès n’a pas tourné autour du pot. La présidente de l’assemblée de Province a rappelé que les pertes provoquées par la crise de 2024 ne seront pas effacées de sitôt, et que la collectivité tient aujourd’hui grâce au soutien de l’État. Or cet argent a un prix : la Nouvelle-Calédonie emprunte à 4,6 %. Pour elle, réduire cette dépendance coûteuse est une nécessité, pas une option.

Les efforts déjà consentis ces dernières années ne suffisent pas. Les recettes stagnent, l’aide médicale et les dispositifs sociaux pèsent toujours plus lourd. Sans décisions fortes, a-t-elle prévenu, la collectivité va droit dans le mur.

Pas question pour autant de couper dans ce qui fait tourner l’économie. La province veut préserver au moins 10 milliards de francs d’investissement et conserver un fonds de roulement d’environ 50 jours de dépenses.

L’argument est solide. L’emploi continue de reculer en Nouvelle-Calédonie. Pendant la crise, l’investissement public a presque été le seul amortisseur. Aujourd’hui, il sert aussi de levier pour relancer l’investissement privé, encore loin de son niveau d’avant-crise.

Les arbitrages définitifs tomberont le 3 décembre, lors de l’examen du budget primitif.

Écoles prioritaires : aider les enfants, responsabiliser les familles

Autre dossier, autre philosophie assumée. Le programme Bien avec mon école, créé par la province Sud avec le soutien financier de l’État, est déjà déployé dans 10 écoles. Il offre aux élèves un accompagnement global, à la fois éducatif, social, sanitaire et familial.

Les élus l’ont fait évoluer. Désormais, des aides individuelles pourront être versées aux mineurs suivis et, si besoin, à leurs familles. Cantine, fournitures, vêtements, alimentation, santé ou transports : chaque aide répondra à un besoin identifié par les équipes provinciales, après évaluation de la situation.

Mais la province pose ses conditions.

Les écoles concernées accueillent les élèves les plus en difficulté du territoire. La collectivité y met des moyens réels : dentistes, médecins, assistantes sociales, éducateurs, enseignants supplémentaires. En face, elle attend un engagement. Une convention sera signée avec les familles, car accompagner un enfant n’a aucun sens si ses parents le laissent seul à la maison, manquent les rendez-vous ou négligent les parcours de soins.

Des droits, donc. Et des devoirs. Sonia Backès l’a résumé sans détour : si la famille ne suit pas, tout l’effort public tombe à l’eau. C’est le refus de l’assistanat sans contrepartie, et c’est une ligne claire.

Médecins, environnement, agriculture : des réponses concrètes

Sur le front de la santé, la province Sud poursuit sa bataille contre les déserts médicaux. Jusqu’ici, l’aide à l’installation, qui peut atteindre 6 millions de francs par médecin, et l’aide à l’équipement reposaient surtout sur des critères géographiques.

Le constat a changé. Certaines spécialités manquent partout, et les Calédoniens le vivent au quotidien dans les délais d’attente. L’assemblée a donc ouvert ces aides à huit spécialités en tension critique, quel que soit le lieu d’installation en province Sud : l’anatomie et cytologie pathologiques, la dermatologie, la gériatrie, l’hépato-gastro-entérologie, la neurologie, l’ophtalmologie, la rhumatologie et l’urologie.

Une collectivité qui s’adapte au terrain plutôt qu’à ses propres règlements. On aimerait le voir plus souvent.

Côté environnement, les élus ont créé un stage de citoyenneté destiné à certains auteurs d’infractions, en partenariat avec le tribunal de première instance de Nouméa et le Centre d’initiation à l’environnement de Nouvelle-Calédonie. Six heures sur une journée. Le matin, rappel du cadre pénal et des enjeux environnementaux. L’après-midi, action concrète sur le terrain.

La logique est assumée par la présidente : la sanction d’abord, la pédagogie avec. On ne dégrade pas la nature impunément, et on répare.

Enfin, une mesure attendue par le monde agricole. L’aide aux forages sera désormais versée avec une avance de 50 % dès que l’arrêté attributif devient exécutoire. Moins de trésorerie à mobiliser pour les agriculteurs, des projets qui sortent de terre plus vite.

Au bout du compte, la province Sud trace une voie cohérente. Tenir les comptes sans renoncer à investir. Aider, mais exiger. Sanctionner, mais éduquer. Dans un contexte financier encore fragile, c’est la marque d’une gestion responsable, et le budget du 3 décembre dira si les actes suivent.

(Crédit photo : province Sud)