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Poursuite d'un processus d'autodétermination : une majorité de Français n'y sont pas favorables

23 octobre 2026 à 05:00
9 min de lecture
Poursuite d'un processus d'autodétermination : une majorité de Français n'y sont pas favorables

Résumé IA

Selon un sondage Ifop, 43% des Français approuvent la poursuite de la trajectoire de décolonisation de la Nouvelle-Calédonie, sans majorité claire. Seuls les électorats de Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon y sont majoritairement favorables, tandis que le candidat insoumis propose deux référendums supplémentaires malgré trois consultations locales ayant répondu non.

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Moins d'un Français sur deux approuve la « trajectoire de décolonisation » de la Nouvelle-Calédonie, selon un sondage Ifop. Seuls les électorats de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Tondelier y sont majoritairement favorables. Le candidat insoumis promet pourtant, s'il est élu, de faire voter l'Hexagone sur l'indépendance. Les Calédoniens ont déjà répondu, trois fois, et l'on sait ici ce que coûte un pays coupé en deux.

On croyait le chapitre refermé. Il revient par un sondage. L'Ifop a interrogé fin septembre 9 689 personnes vivant dans l'Hexagone, pour la fédération régionaliste et autonomiste Régions et Peuples Solidaires, notamment sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Depuis, une petite musique circule : les Français seraient prêts à accompagner l'archipel vers la souveraineté.

Encore faut-il lire la question. Les sondés devaient dire s'ils approuvaient l'objectif de « poursuivre la trajectoire de décolonisation de la Nouvelle-Calédonie pouvant aller d'un État de Nouvelle-Calédonie inscrit dans la Constitution française jusqu'à celui d'un État souverain par voie de référendum ». Les trois derniers mots disent tout. Par voie de référendum. Autrement dit, un de plus.

Trois consultations, une seule réponse

Faut-il le rappeler ? Le 4 novembre 2018, les Calédoniens ont dit non à l'indépendance à 56,7 %. Le 4 octobre 2020, non à 53,3 %, avec une participation record de plus de 85 %. Le 12 décembre 2021, non à 96,5 %, lors d'un scrutin réclamé par les élus indépendantistes eux-mêmes, qui ont ensuite choisi de le boycotter.

L'accord de Nouméa prévoyait jusqu'à trois consultations. Les trois ont eu lieu. Le processus de 1998 est allé au bout, respecté à la lettre, et il a rendu son verdict. On peut regretter le résultat. On ne peut pas faire comme s'il n'existait pas.

Ces votes n'avaient rien d'un sondage. Pour y participer, il fallait figurer sur une liste électorale spéciale, réservée à ceux qui justifiaient d'attaches anciennes avec le pays : naissance ici ou longues années de résidence. Des milliers de Calédoniens installés depuis des années en ont été exclus. Voilà le niveau d'exigence fixé pour décider du sort de la Nouvelle-Calédonie.

Le plan Mélenchon : deux référendums de plus

Trois fois non ? Qu'à cela ne tienne. À La France insoumise, on a déjà prévu la suite.

En lançant sa campagne début juin à Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon a annoncé que la Calédonie « ira vers l'indépendance » s'il est élu, et que sa présidence n'y enverrait « jamais la troupe ». Dix jours plus tard, il précisait sa méthode : « commencer par l'indépendance et demander aux Français dans leur ensemble s'ils sont d'accord ».

Jamais la troupe. Deux ans après des émeutes qui ont fait quatorze morts, la formule mérite qu'on s'y arrête. Le 15 mai 2024, le maréchal des logis-chef Nicolas Molinari, 22 ans, était tué par balle à Plum, en pleine mission de maintien de l'ordre. Le lendemain, le major Xavier Salou mourait à la caserne Bailly, victime d'un tir accidentel alors qu'il préparait l'extraction de camarades en danger. Pendant des semaines, des centaines de gendarmes et de policiers ont dégagé les routes et protégé les quartiers. Que faut-il comprendre de la promesse insoumise ? Qu'en cas de nouvelle flambée, les Calédoniens se débrouilleraient seuls ?

En juillet, les députés Mathilde Panot et Bastien Lachaud sont venus ici détailler le calendrier : en cas de victoire, référendum national en septembre 2027, référendum local en décembre, puis, si les deux scrutins vont dans ce sens, indépendance au 1er janvier 2028 et accord d'association avec la France.

Les Calédoniens ont dit trois fois non, et le candidat insoumis propose deux référendums de plus. Le premier ne se tiendrait même pas ici, mais dans l'Hexagone, devant des dizaines de millions d'électeurs. Pour voter en 2018, 2020 et 2021, il fallait prouver des attaches anciennes avec le pays. Pour le référendum Mélenchon, il suffirait d'habiter Montreuil, Lille ou Clermont-Ferrand. Combien de ces électeurs ont déjà mis les pieds à Nouméa ? Combien sauraient situer Koné, Lifou ou Thio ? Combien savent ce qu'a été mai 2024 pour ceux qui l'ont vécu ici ?

Le vocabulaire ne laisse aucun doute sur la destination. Dans ses communiqués comme dans ses amendements, LFI parle de « Kanaky-Nouvelle-Calédonie ». Au soir des provinciales de juin, quand la liste des Loyalistes et du Rassemblement devenait la première force du Congrès, le groupe insoumis jugeait plus indispensable que jamais « l'achèvement du processus d'indépendance ». Les urnes calédoniennes disent une chose, LFI en entend une autre.

Pas de majorité, sauf chez les insoumis

Revenons au sondage, et commençons par l'essentiel : la « trajectoire de décolonisation » n'a pas de majorité en France. 43 % des sondés l'approuvent, soit moins d'un Français sur deux. Les 57 % restants ne l'approuvent pas : 19 % s'y opposent et 38 % ne savent pas. Même dans une enquête commandée par une fédération autonomiste, la majorité n'y est pas. Le chiffre de 69 % qui circule ne porte que sur les sondés ayant exprimé un avis : il laisse de côté près de quatre Français sur dix.

Dans le détail, la majorité n'apparaît que dans un seul coin de l'échiquier. Selon les intentions de vote pour 2027, seuls deux électorats approuvent majoritairement : ceux de Marine Tondelier (71 %) et de Jean-Luc Mélenchon (68 %). Partout ailleurs, la barre des 50 % n'est jamais franchie : Raphaël Glucksmann (47 %), Gabriel Attal et Édouard Philippe (46 %), Bruno Retailleau (43 %), Marine Le Pen (36 %). On atteint 66 % chez les sympathisants insoumis et 73 % chez ceux qui se classent à l'extrême gauche, mais ni les socialistes (49 %) ni les communistes (46 %) ne suivent.

Autrement dit, en dehors des électeurs de Mélenchon et de Tondelier, aucun électorat présidentiel ne soutient majoritairement la poursuite du processus de décolonisation. Ce n'est pas une opinion française. C'est, presque trait pour trait, la carte électorale de La France insoumise.

Le portrait-robot de l'électeur insoumis

Les plus favorables sont les 18-24 ans (51 %), les diplômés de deuxième et troisième cycles (55 %), les cadres (54 %) et les habitants des grands centres urbains (49 %). Les plus réservés : les 65 ans et plus (35 %), les titulaires d'un CAP ou d'un BEP (35 %), les Français sans diplôme (35 %), les ouvriers (40 %), les habitants des petites villes et des bourgs ruraux (37 %).

Jeune, urbain, très diplômé : c'est le cœur de cible de la gauche radicale et écologiste. En 2022, Jean-Luc Mélenchon avait déjà capté 36 % des voix des 18-24 ans au premier tour de la présidentielle, devant tous ses concurrents.

Mais cet électorat vote peu. Au premier tour de 2022, plus de quatre jeunes de 18 à 24 ans sur dix se sont abstenus, contre un sur cinq à un sur quatre dans le reste de la population. Et les plus de 65 ans, les moins favorables à la « trajectoire », pèsent plus d'un quart des inscrits, contre à peine un sur dix pour les 18-24 ans. La sensibilité la plus favorable à un nouveau référendum est celle qui pèse le moins dans les urnes.

Deux France, deux réponses

Mises bout à bout, ces données dessinent deux portraits que tout oppose.

D'un côté, l'électorat insoumis et écologiste : jeune, urbain, diplômé, à la gauche de la gauche. Son candidat parle de « Kanaky », promet l'indépendance et regarde la Calédonie de très loin. De l'autre, une France plus âgée, celle des villes moyennes, des petites villes et des bourgs, plus souvent populaire, plutôt à droite ou au centre droit. Elle vote, et elle n'a jamais demandé qu'on remette en jeu, scrutin après scrutin, l'appartenance d'un territoire à la République.

La première est sûre d'elle, très présente dans le débat public, mais pèse peu dans les urnes. La seconde est discrète : elle travaille, elle vote, elle tient à son pays tel qu'il est, Calédonie comprise, et considère que trois référendums, c'est une réponse. La première voudrait décider à notre place. La seconde respecte ce que nous avons décidé.

Après la Calédonie, couper la France en deux

Ici, on sait ce que produit un référendum binaire : oui ou non, indépendance ou France, sans nuance possible. Trois fois, le pays a été sommé de choisir son camp. En 2020, à peine plus de six points séparaient le non du oui. Quartiers, communes, parfois familles se sont comptés, et chacun ici sait ce que coûte un pays coupé en deux.

Le référendum national de Jean-Luc Mélenchon reproduirait la même mécanique à l'échelle de la France, et les lignes de fracture sont déjà dans le sondage : trente-deux points d'écart entre les électeurs de Mélenchon et ceux de Le Pen, seize entre les 18-24 ans et les plus de 65 ans, vingt entre les plus diplômés et les titulaires d'un CAP, douze entre les grandes métropoles et les bourgs ruraux. Ce sont exactement les failles qui traversent déjà le pays : jeunes contre anciens, métropoles contre France périphérique, gauche radicale contre droite.

Dès la rentrée 2027, quelques mois après une présidentielle sous haute tension, l'avenir de la Calédonie deviendrait un marqueur de camp, un clivage de plus dans une France déjà fracturée. Le Caillou servirait de champ de bataille à une querelle hexagonale, et les Calédoniens assisteraient en spectateurs à un débat sur leur propre sort. On a coupé la Calédonie en deux avec des référendums binaires. Aucune raison de couper la France en deux pour recommencer.

Le sujet est clos

La question de l'indépendance a été posée trois fois, à ceux qui vivent ici et à personne d'autre. Elle a reçu trois réponses, toutes identiques. En juin, les provinciales ont confirmé le rapport de force : les Loyalistes et le Rassemblement sont sortis première force du Congrès, désormais tenu par une majorité non indépendantiste avec l'appui de l'Éveil océanien.

La Calédonie a d'autres urgences : une économie à relever après mai 2024, le nickel, l'emploi, la sécurité, une jeunesse à qui offrir un avenir. Rouvrir sans fin le débat sur l'indépendance, c'est condamner le pays à vivre dans l'attente d'un scrutin perpétuel, à repousser chaque investissement, à laisser chaque famille douter du lendemain.

L'indépendance n'est pas une « trajectoire » à poursuivre. C'est une question tranchée. Que La France insoumise le regrette, c'est son droit. Qu'elle tente de la rouvrir par la bande, à coups de « trajectoires », de « Kanaky » et de référendums organisés à 17 000 kilomètres, c'est son affaire. Mais ce n'est pas à l'électorat de Jean-Luc Mélenchon de décider de l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Ceux qui vivent ici, qui ont traversé mai 2024 et qui reconstruisent aujourd'hui, l'ont déjà fait. Trois fois.

À suivre.

La Dépêche de Nouméa

(Crédit photo : AFP - THEO ROUBY)