Nickel : la Calédonie respire, le déficit explose

Résumé IA
Au premier semestre 2026, les échanges extérieurs calédoniens repartent à la hausse, portés par le NHC et le minerai de nickel. Les exportations atteignent 73,1 milliards de F.CFP, mais les importations, tirées par le soufre et les équipements, s'élèvent à 120,5 milliards, creusant le déficit commercial à 47,4 milliards. Le taux de couverture reste figé à 60,7 %, illustrant un déséquilibre persistant.
Le nickel calédonien reprend des couleurs. Mais la facture des importations grimpe plus vite que les recettes.
Un rebond réel, un déséquilibre persistant
La machine économique calédonienne redémarre. Après une année 2025 que l’Isee qualifie lui-même d’historiquement basse, les échanges extérieurs du territoire repartent nettement à la hausse au premier semestre 2026.
C’est une bonne nouvelle. Ce n’en est pas une entière.
Car si le pays vend davantage, il achète encore plus. Et la note s’alourdit.
Sur les six premiers mois de l’année, les exportations atteignent 73,1 milliards de F.CFP, en progression de 16 % sur un an. Les importations, elles, s’élèvent à 120,5 milliards, soit une hausse de 15,7 %.
Les rythmes sont presque identiques. Les montants, eux, ne jouent pas dans la même catégorie.
Résultat mécanique : le déficit commercial se creuse de 6,3 milliards pour atteindre 47,4 milliards de F.CFP, une aggravation de 15,2 % en un an. Le taux de couverture des importations par les exportations reste quasiment figé à 60,7 %, en hausse de 0,1 point seulement.
Autrement dit, la Calédonie couvre à peine six de ses achats sur dix par ce qu’elle produit et vend au reste du monde. Ce constat n’a rien de nouveau. Il n’en est pas moins structurel.
Le deuxième trimestre illustre parfaitement ce décalage. Les importations bondissent de 27,5 % et franchissent de nouveau le seuil des 60 milliards, à 67,3 milliards de F.CFP. Elles ne retrouvent pas les records de 2021 à 2023, mais s’éloignent clairement du creux de 2025 pour se rapprocher de leur moyenne de long terme.
La hausse des cours mondiaux du pétrole et de certaines matières premières y contribue. Mais l’Isee le souligne : les volumes importés repartent eux aussi. Le territoire recommence à s’équiper, à produire, à consommer.
Le NHC, locomotive d’une économie encore trop dépendante du nickel
Côté exportations, le constat est limpide. Au deuxième trimestre, les ventes atteignent 37,5 milliards de F.CFP, en hausse de 9,4 % sur un an. Ce redressement repose avant tout sur deux produits : le NHC, qui progresse de 23 %, et le minerai de nickel, en hausse de 22 %.
Sur le semestre, le NHC, l’hydroxyde de nickel et de cobalt, affiche une progression spectaculaire de 70 %. Il demeure de loin le premier moteur de la croissance des exportations.
Le reste du tableau est moins flatteur.
Les ferronickels reculent de 7,3 % sur six mois. Les produits de la mer et de l’aquaculture fléchissent de 11,6 % au deuxième trimestre. Ceux de la terre et de l’élevage s’effondrent de 77 %, sur des volumes certes très modestes. La plupart des autres postes sont orientés à la baisse.
Seule éclaircie hors nickel : les huiles essentielles, dont les ventes progressent de 57 % sur le semestre après une année 2025 de ralentissement. Un signal encourageant pour une filière de niche, qui reste toutefois marginale dans le total.
La leçon est connue de tous ceux qui suivent l’économie calédonienne. Le nickel fait vivre le territoire. Quand il se redresse, tout se redresse. Quand il tousse, c’est l’ensemble du pays qui s’enrhume. La diversification reste, plus que jamais, un chantier ouvert.
Soufre, équipements, fournisseurs : ce que révèlent les importations
Derrière l’envolée des achats, un produit se détache : le soufre.
Indispensable aux procédés de la métallurgie, ce coproduit du raffinage pétrolier et du traitement du gaz naturel fait exploser le poste des matières brutes non comestibles, en hausse de 160 % au deuxième trimestre. Pour ce seul produit, la valeur importée a été multipliée par quatre, tandis que les quantités ont doublé. Effet-volume et effet-prix se cumulent.
Le contexte international pèse lourd. Les tensions persistantes au Moyen-Orient, région qui concentre une part importante de la production mondiale de soufre, maintiennent son prix orienté à la hausse.
Les machines et le matériel de transport progressent de 40 %, portés par d’importantes livraisons d’équipements professionnels et un doublement des importations de véhicules de tourisme. Les produits manufacturés de base gagnent 24 %, avec des matériaux de construction comme les briques réfractaires, les panneaux en plâtre ou les barres d’acier. Les combustibles augmentent de 12 %, essentiellement en raison d’achats de houille destinés à l’industrie.
Sur l’alimentaire, le semestre affiche un recul de 4 %, principalement dû à la chute de 33 % des achats de viandes et abats de volailles. L’explication est simple : 2025 avait été exceptionnellement élevée. Les perturbations du fret aérien après les émeutes de 2024 et la grippe aviaire en Nouvelle-Zélande et en Australie avaient privé le territoire d’œufs fécondés, freinant la production locale de volailles.
Les émeutes de 2024, encore elles. Deux ans plus tard, leurs conséquences continuent d’apparaître dans les statistiques.
Un détail interpelle par ailleurs : les importations de produits destinés au vapotage bondissent de 147 %. L’Isee reste prudent et y voit une recomposition partielle des approvisionnements, sans conclure à une hausse équivalente de la consommation.
Reste la question des partenaires. L’Europe demeure la première zone d’approvisionnement, avec 43 % de la valeur totale des importations. Mais la part de la France y recule, pendant que celle des États-Unis progresse fortement, avec des ventes doublées en un an, là encore portées par le soufre. Les importations venues du continent américain atteignent leur plus haut niveau depuis six ans.
L’Asie conserve la deuxième place avec 26 % des achats, Singapour s’imposant comme principal fournisseur d’hydrocarbures. L’Océanie pèse 16 % et retrouve un niveau proche de celui d’avant les émeutes.
Au total, l’Europe, l’Asie et l’Océanie concentrent près de 85 % des importations calédoniennes.
Et malgré la reprise, les achats auprès des principaux fournisseurs restent inférieurs à leurs niveaux d’avant la crise du nickel. Le territoire remonte la pente. Il ne l’a pas encore gravie.
(Crédit photo : AFP)


