44 milliards : la facture des émeutes

Résumé IA
Le gouvernement de Nouvelle-Calédonie adopte des textes budgétaires, dont une décision modificative de plus de 6 milliards de francs, financée notamment par une aide de l’État de 7,3 milliards pour les retraites et l’assurance maladie. La facture des émeutes de mai 2024 s’élève à 44 milliards de francs, étalée sur dix ans avec un différé possible de six ans.
Sept milliards de francs venus de Paris pour tenir la retraite et l’assurance maladie.
Et une facture des émeutes de mai 2024 qu’il faudra étaler sur dix ans.
Premier dossier : les budgets annexes, des excédents remis au travail
Réuni en collégialité ce lundi 19 octobre, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a bouclé une série de textes budgétaires. Tous partent désormais au Congrès.
Sur le papier, c’est de la mécanique comptable. Affectation de résultats, budgets supplémentaires, décision modificative, autorisations de programme.
Dans les faits, ces documents disent beaucoup de l’état réel des finances calédoniennes. Et du rôle que joue la France pour les maintenir debout.
Commençons par le budget annexe de reversement.
L’exercice 2025 se clôt sur un excédent cumulé de 4 941 390 164 francs. Le gouvernement l’a ventilé sans détour : 3 750 377 772 francs pour les fonds de concours, 1 175 416 358 francs pour les taxes affectées, et 15 596 034 francs pour les centimes additionnels.
Ce résultat est repris dans un budget supplémentaire 2026 de 6 554 526 159 francs. Tout est logé en section de fonctionnement. L’investissement, lui, reste à zéro.
Une fois modifié, le budget annexe de reversement atteint 76 705 153 396 francs pour l’année 2026.
L’objectif affiché est clair. Reprendre le résultat 2025, assurer la continuité des opérations engagées et mieux couvrir le risque lié aux créances irrécouvrables.
Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Provisionner davantage contre les impayés, c’est reconnaître que certaines sommes dues ne rentreront pas.
Une note plus constructive, aussi. Huit autorisations d’engagement liées au fonds d’amélioration de la qualité de la construction sont ouvertes, pour 154 262 554 francs.
Elles doivent aider le secteur local du bâtiment à se structurer : obtention d’agréments, appui à des projets qui répondent aux problématiques de construction propres au territoire. Le total des autorisations d’engagement du budget de reversement s’établit ainsi à 3 329 585 471 francs.
Même logique du côté du budget annexe de répartition.
Son excédent de fonctionnement 2025 s’élève à 7 248 582 695 francs, reporté en totalité dans le budget supplémentaire 2026.
Ce budget supplémentaire pèse 8 067 629 892 francs, là encore uniquement en fonctionnement. Le budget annexe de répartition modifié grimpe à 121 590 342 661 francs.
Deuxième dossier : la DM1, ou quand Paris tient la caisse
Le cœur du sujet, c’est la décision modificative n° 1 du budget principal propre.
Les chiffres d’abord. La DM1 s’élève à 6 128 923 481 francs en recettes et 8 514 644 430 francs en dépenses.
En fonctionnement, 8 385 441 262 francs en recettes comme en dépenses. En investissement, les recettes reculent de 2 256 517 781 francs quand les dépenses progressent de 129 203 168 francs.
Après modification, le budget principal 2026 atteint 193 819 792 092 francs. Soit 111 714 499 882 francs en fonctionnement et 82 105 292 210 francs en investissement.
Le gouvernement présente lui-même ce texte comme un budget d’ajustement et de sécurisation de fin d’exercice. Il s’agit d’adapter les crédits, d’actualiser les recettes attendues, de recaler les échéanciers de paiement des investissements et de régulariser le traitement comptable du mécanisme dérogatoire de financement.
Mais derrière le vocabulaire technique, une réalité saute aux yeux.
Pour financer le régime de retraite et le RUAMM, la Nouvelle-Calédonie s’appuie sur une aide de l’État de 7,3 milliards de francs. Cinq milliards pour les retraites. 2,3 milliards pour l’assurance maladie.
Autrement dit, la protection sociale calédonienne passe par la solidarité nationale.
Ce n’est pas tout. La DM1 pérennise aussi les dispositifs du pacte de refondation économique et sociale financés par l’État, dont la prolongation du dispositif de maintien dans l’emploi et la prise en charge du report des cotisations patronales au RUAMM.
Le texte prévoit en outre de réaffecter 2,386 milliards de francs d’excédents et d’assurer la stabilité du système électrique.
Ceux qui contestent la place de la France dans l’archipel devraient regarder ces lignes de près. Quand il faut payer les pensions, soigner les malades et garder les salariés en emploi, c’est vers l’État que se tourne le budget calédonien.
Troisième dossier : la facture de mai 2024, étalée sur dix ans
Reste la mesure la plus lourde, et sans doute la plus parlante.
La DM1 met en œuvre un dispositif exceptionnel d’étalement des charges de 44 152 744 630 francs. Il concerne les dépenses liées à la crise de mai 2024.
Plus de 44 milliards.
Ce dispositif porte sur les dépenses de fonctionnement de l’exercice 2026 financées par le prêt garanti par l’État. L’étalement court sur dix ans, avec un différé d’amortissement qui peut aller jusqu’à six ans.
Dix ans pour absorber les conséquences de quelques semaines de violences. Le chiffre se passe de commentaire.
Les émeutes ont laissé des entreprises détruites, des emplois perdus, des recettes fiscales effondrées. Plus de deux ans après, elles continuent de dicter l’architecture des finances publiques du territoire.
Dernier volet, les autorisations de programme et d’engagement adossées à la DM1.
Le gouvernement propose d’ouvrir une autorisation de programme de 90 millions de francs et dix autorisations d’engagement pour 7 816 605 479 francs. Le but invoqué : soutenir les priorités stratégiques, assurer la continuité des services publics et accompagner la relance économique et sociale.
Huit autorisations de programme sont ajustées en dépenses, pour 4 281 767 954 francs, ainsi que cinq autorisations d’engagement, pour 1 994 115 766 francs.
Enfin, le ménage est fait. Onze autorisations de programme, représentant 2 330 919 488 francs, et vingt autorisations d’engagement, pour 4 977 986 756 francs, sont clôturées.
Tous ces textes doivent maintenant être examinés par les élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Ils y trouveront le portrait d’un territoire qui tient ses comptes à bout de bras. Avec, en filet de sécurité, une France qui continue de répondre présente.
(Crédit photo : Cabinet Plaisant)



