Aller au contenu
0%
Mémoire

Le dernier mort d’ETA était français

20 octobre 2026 à 12:00
4 min de lecture
Le dernier mort d’ETA était français

Résumé IA

Le 20 octobre 2011, l'ETA annonçait l'arrêt définitif de son activité armée après un demi-siècle de violences. Le brigadier-chef Jean-Serge Nérin, tué à Dammarie-lès-Lys en 2010, reste la dernière victime de l'organisation.

Aa

Quinze ans. Quinze ans que les armes d’ETA se sont tues. Mais la paix n’efface ni les morts, ni les responsabilités.

Un demi-siècle de sang au nom d’une cause

C’était un jeudi soir. Le 20 octobre 2011, le groupe séparatiste basque ETA annonçait « l’arrêt définitif de son activité armée ». Trois militants cagoulés, assis derrière une table, face caméra. Le décor habituel. Le message, lui, ne l’était pas.

Après plus de cinquante ans de violence, l’organisation fondée en 1959 sous le franquisme renonçait aux attentats. Pas aux revendications. Pas à son récit. Seulement aux armes.

Il faut le dire clairement : ce jour-là, ce n’est pas ETA qui a gagné. C’est l’État de droit.

Le bilan, d’abord. Parce qu’il est le seul point de départ honnête.

Plus de 800 personnes ont été tuées par ETA en un demi-siècle. Des policiers, des gardes civils, des militaires. Des élus, des juges, des journalistes. Et des anonymes, nombreux, fauchés au mauvais endroit.

Barcelone, juin 1987. L’attentat de l’hypermarché Hipercor fait 21 morts, dont des enfants. Ermua, juillet 1997. Le jeune conseiller municipal Miguel Ángel Blanco est enlevé puis exécuté, après un ultimatum de 48 heures. L’Espagne entière descend dans la rue.

La France n’a pas été épargnée.

Le 16 mars 2010, à Dammarie-lès-Lys, en Seine-et-Marne, le brigadier-chef Jean-Serge Nérin est abattu lors d’une fusillade avec un commando d’ETA. Il reste à ce jour la dernière victime de l’organisation. Un policier français, tué en service, sur le sol français.

Trois ans plus tôt, en décembre 2007, deux gardes civils espagnols avaient été assassinés à Capbreton, dans les Landes.

Voilà ce qu’était ETA. Non pas des « militants », non pas des « combattants », mais une organisation terroriste. Les mots comptent. La complaisance sémantique a longtemps servi de paravent.

Une défaite arrachée par la fermeté, pas par la négociation

Le récit qui s’est parfois imposé est celui d’une paix négociée, presque gracieusement consentie. Il est faux.

Trois jours avant l’annonce, le 17 octobre 2011, une conférence internationale s’était tenue à Saint-Sébastien, avec notamment l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan. Elle appelait ETA à renoncer à la violence. Le calendrier n’était pas un hasard.

Mais la réalité est ailleurs.

ETA est arrivée en 2011 exsangue. Ses chefs successifs arrêtés, ses caches démantelées, ses financements asséchés. La coopération policière et judiciaire entre Paris et Madrid a été décisive. Le sanctuaire français, longtemps toléré dans les années 1970 et 1980, s’était refermé. Les arrestations s’enchaînaient de part et d’autre des Pyrénées.

En Espagne, l’interdiction de Batasuna, la vitrine politique du mouvement, avait par ailleurs coupé une partie de ses relais légaux.

Autrement dit, ETA ne s’est pas arrêtée par conviction. Elle s’est arrêtée parce qu’elle ne pouvait plus continuer.

Le chef du gouvernement espagnol de l’époque, le socialiste José Luis Rodríguez Zapatero, avait salué une victoire de la démocratie, du droit et de la raison. Sur ce point au moins, le constat faisait consensus.

Car le communiqué de 2011 n’avait rien d’une reddition. Aucune excuse aux familles. Aucune remise d’armes immédiate. Au contraire, ETA y réclamait un dialogue direct avec les gouvernements espagnol et français. Comme si l’on pouvait traiter d’égal à égal avec ceux qui avaient posé des bombes.

Désarmement, dissolution, et une mémoire qui reste à défendre

Il faudra encore des années pour clore le chapitre.

Le 8 avril 2017, l’organisation livre aux autorités françaises la localisation de ses caches d’armes, au Pays basque français. Puis, en mai 2018, ETA annonce sa dissolution. Fin officielle.

Fin, vraiment ?

Pour les familles de victimes, la question ne s’est jamais posée en ces termes. Beaucoup d’assassinats restent non élucidés. Les associations de victimes, en Espagne, le rappellent sans relâche. Et elles s’inquiètent, régulièrement, des hommages publics rendus à d’anciens détenus de l’organisation à leur sortie de prison.

C’est là que se joue désormais l’essentiel.

Le terrorisme a perdu militairement. Il ne doit pas gagner la bataille du récit. Réécrire cette histoire en conflit symétrique, en « violence de part et d’autre », c’est insulter la mémoire de ceux qui sont tombés. Un policier abattu à Dammarie-lès-Lys n’était pas partie prenante d’un « conflit ». Il faisait son métier.

Quinze ans après, la leçon reste d’une actualité brûlante. Face au terrorisme, ce sont la fermeté de l’État, le travail des forces de l’ordre et la constance de la justice qui finissent par l’emporter. Pas les concessions.

Le 20 octobre 2011 restera une date. Celle où ETA a admis qu’elle ne pouvait plus tuer.

À nous de ne pas oublier ceux qu’elle a tués.

(Crédit photo : AFP)