La police accuse l’État

Résumé IA
Le syndicat Alliance Police Nationale, par la voix de son secrétaire général Fabien Vanhemelryck, publie une tribune accusant l'État et l'ensemble de la classe politique de laxisme et de renoncement face aux violences. Il dénonce l'impunité des casseurs et une inversion des responsabilités, appelant au rétablissement de l'autorité.
Alliance Police Nationale frappe fort et reprend le cri de Zola. Un syndicat de policiers accuse, et c’est toute la classe politique qui est visée.
Des années de renoncement devenues un système
Le titre seul suffit à poser le décor. En 1898, Émile Zola choisissait ces deux mots pour dénoncer une injustice d’État. En octobre 2026, c’est un policier qui les reprend. Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance Police Nationale, signe une tribune en marge de la mobilisation du 17 octobre. Le ton est sans détour. La cible aussi.
Ce texte n’est pas un communiqué syndical comme les autres. C’est un réquisitoire.
Le premier grief donne la mesure de la colère. Pour le responsable syndical, ce qui se joue aujourd’hui n’est pas un accident. C’est l’aboutissement de longues années de laxisme, de lâcheté politique et de reculs successifs.
Le résultat, il le décrit sans fard. L’impunité est devenue la norme. La violence, une habitude.
Et les casseurs ? Ils ne prennent même plus la peine de cacher leur visage pour piller, incendier ou détruire. Le détail dit tout. Quand on ne craint plus d’être reconnu, c’est qu’on ne craint plus d’être puni.
Vanhemelryck pointe aussi ceux qui trouvent des excuses à l’inexcusable. Ceux qui justifient les violences. Ceux qui préfèrent charger les policiers plutôt que condamner leurs agresseurs. Dans sa bouche, c’est une inversion des responsabilités pure et simple : les voyous deviennent des victimes, les forces de l’ordre deviennent des coupables.
Ce renversement, beaucoup de Français le constatent depuis longtemps. Il est rare qu’un syndicat de police le formule aussi frontalement.
Un État qui exige tout et ne protège plus
Le cœur de la tribune est là. Et c’est sans doute la partie la plus dure.
Le secrétaire général d’Alliance accuse un État qui laisse ses policiers seuls face à une violence de plus en plus décomplexée. Un État qui leur demande d’encaisser, de se taire, de tenir la ligne. Sans rien donner en retour.
Il vise directement la République elle-même. Celle qui réclame des sacrifices à ceux qui la servent, mais qui recule au moment de leur offrir protection, autorité et soutien.
Puis vient cette formule, lourde de sens : une chaîne de responsabilités où chacun se défausse, où personne n’assume, et où ce sont toujours les mêmes qui, sur le terrain, paient le prix du sang.
Le constat suivant est peut-être le plus glaçant. Les policiers blessés, les attaques contre les commissariats, la haine de l’uniforme : tout cela serait devenu presque ordinaire. Banal. Une ligne de plus dans l’actualité du jour.
C’est précisément cette banalisation que la tribune refuse.
La liberté de manifester confisquée par les violents
L’angle est habile, et il mérite qu’on s’y arrête. Vanhemelryck ne défend pas seulement ses collègues. Il défend aussi les citoyens.
Car les premiers à perdre une liberté, selon lui, ce sont les Français eux-mêmes. Par la violence, la destruction et l’intimidation, une minorité leur confisque un droit fondamental : celui de manifester pacifiquement.
Le raisonnement est implacable. Quand les casseurs imposent leur loi, ce sont les manifestants honnêtes qui restent chez eux, par peur du chaos. La rue n’appartient plus à ceux qui veulent s’exprimer. Elle appartient à ceux qui veulent tout casser.
Trois phrases résument la position du syndicat, et elles claquent comme des slogans : « La violence n’est pas une opinion. L’émeute n’est pas une liberté. Attaquer un policier n’est pas un acte militant ! »
La revendication qui suit est simple. Rétablir l’autorité. Appliquer la loi. Et faire en sorte que les auteurs de violences répondent réellement de leurs actes.
Réellement. Le mot n’est pas choisi au hasard.
Reste la dernière accusation, la plus large, écrite en lettres capitales. Fabien Vanhemelryck accuse enfin tous les responsables politiques qui se sont succédé d’avoir laissé pourrir la situation, d’avoir laissé le chaos s’installer, et de porter l’entière responsabilité de ce que les policiers subissent aujourd’hui.
Personne n’est épargné. Ni la gauche, ni la droite, ni le centre. Ce sont « tous ces politiques successifs » qui sont mis au banc des accusés.
Le message est clair : les forces de l’ordre ne veulent plus servir de fusible. Elles veulent un État qui tienne debout.
(Crédit photo : Niglaut Kevin / ABACA)



