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Une ancienne cantine change 12 vies

21 octobre 2026 à 14:00
4 min de lecture
Une ancienne cantine change 12 vies

Résumé IA

Lundi 19 octobre, l’ancienne cantine de l’école Adolphe-Boutan à Yahoué devient le SAMSAH, un service d’accompagnement pour 12 adultes autistes de 18 à 30 ans. Lauréat du budget participatif 2026, le projet est porté par l’Association Soutien Autisme et soutenu par la province Sud.

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Deux millions de francs qui comptent, douze adultes qui gagnent un avenir.
À Yahoué, la province Sud mise sur l’autonomie, pas sur l’assistanat.

Une ancienne cantine devenue lieu d’avenir

Il y a des inaugurations qui relèvent du protocole. Et puis il y a celles qui changent concrètement des vies.

Ce lundi 19 octobre, à Yahoué, l’ancienne cantine scolaire de l’école Adolphe-Boutan a pris un nouveau visage. Les murs qui accueillaient autrefois les repas des écoliers abritent désormais le Service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés, le SAMSAH, entièrement tourné vers les troubles du spectre de l’autisme.

Pour Annie Beustes, présidente de l’Association Soutien Autisme, l’émotion était palpable. Elle a présenté la structure comme un engagement pris envers les adultes autistes et leurs familles : leur donner enfin les moyens de bâtir leur propre avenir.

Le mot est juste. Car trop longtemps, le passage à l’âge adulte a ressemblé à une impasse pour ces jeunes et pour leurs proches.

Le SAMSAH accueillera 12 adultes âgés de 18 à 30 ans, tous ayant besoin d’un accompagnement à la fois social et paramédical. Un chiffre modeste en apparence. Mais derrière chacun de ces douze parcours, il y a une famille, des années d’efforts, et l’espoir d’une place réelle dans la société.

Amandine Bui-Duyet, élue de la province Sud, a qualifié le projet d’avancée majeure. Selon elle, ce dispositif permettra à ces jeunes adultes de progresser vers l’autonomie et de s’insérer dans la vie active, dans une société qu’elle souhaite plus inclusive et plus humaine.

L’argent public au service du concret

Voilà un projet qui ne s’est pas contenté de belles intentions.

Lauréat du budget participatif 2026 de la province Sud, le SAMSAH a été financé à hauteur de 80 % par la collectivité. Concrètement, la province a apporté 19 131 057 francs CFP sur une enveloppe globale de 23 913 821 francs CFP.

Ce n’est pas un détail. Le budget participatif, ce sont les habitants eux-mêmes qui choisissent les projets à soutenir. Ce choix dit quelque chose de la province Sud : une population qui préfère financer des outils d’émancipation plutôt que des dispositifs de prise en charge sans perspective.

Aux côtés d’Annie Beustes, Virginie Dubourg, directrice de l’Institut spécialisé autisme, a assisté à cette ouverture. Ensemble, elles ont salué l’ensemble des partenaires mobilisés, à commencer par la province Sud et la Direction provinciale de l’action sanitaire et sociale, la DPASS, qui accompagnent l’association depuis ses débuts.

L’investissement se voit sur le terrain.

Un véhicule a été mis à disposition des professionnels. Il servira aux déplacements liés à l’accompagnement vers l’emploi, au suivi des jeunes encore scolarisés au lycée et aux démarches administratives, souvent un véritable parcours du combattant pour les familles.

Les locaux, eux, ont été pensés dans le moindre détail. Espaces aménagés, matériel adapté aux particularités sensorielles liées à l’autisme : rien n’a été laissé au hasard. Car un environnement mal conçu peut suffire à fermer des portes que l’accompagnement cherche justement à ouvrir.

Annie Beustes l’a rappelé : ce nouveau service vient compléter l’édifice construit pierre par pierre par l’ISA. Il prolonge une même ambition, celle de permettre à chaque jeune de trouver sa place.

Une place. Pas une assignation.

Les familles, actrices et non spectatrices

C’est peut-être le moment le plus fort de la cérémonie.

La maman d’Ava a pris la parole au nom des familles. Elle a connu l’ouverture de l’ISA en février 2014. Plus de dix ans de chemin parcouru, et une fierté intacte.

Son message tranche avec le discours habituel sur le handicap. Pas de plainte, pas de posture. Au contraire : elle a défendu l’idée que les parents sont des experts d’usage, capables, grâce à leur expérience quotidienne, de contribuer réellement à l’accompagnement de leurs enfants et à l’amélioration des dispositifs.

Elle s’est réjouie de voir la structure évoluer au rythme des besoins des jeunes. Et elle a remercié l’établissement d’avoir écouté les familles, en leur ouvrant une place dans son pilotage, notamment au sein du conseil d’établissement, qu’elle décrit comme une instance vivante et ouverte à tous.

C’est là toute la philosophie du projet.

Ici, les familles ne réclament pas la compassion. Elles demandent que leurs enfants soient reconnus pour ce qu’ils savent faire, pour leurs capacités, avec bienveillance mais sans condescendance. Annie Beustes l’a résumé en conclusion : c’est dans cet esprit que l’établissement a été conçu.

Une approche qui mérite d’être saluée.

À l’heure où tant de politiques publiques enferment les personnes en situation de handicap dans un statut de victime, le SAMSAH de Yahoué fait le pari inverse. Responsabiliser, accompagner, insérer. Faire confiance aux familles. Miser sur le travail et l’autonomie plutôt que sur la dépendance.

Douze adultes, pour commencer. Douze trajectoires qui pourront désormais s’écrire autrement.

Et une démonstration simple : quand l’argent public finance l’émancipation plutôt que l’assistance, il produit des résultats que chacun peut constater.

(Crédit photo : province Sud)