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Bouraké, le labo naturel qui fascine les chercheurs

21 octobre 2026 à 16:00
4 min de lecture
Bouraké, le labo naturel qui fascine les chercheurs

Résumé IA

À Wellington, des chercheurs de l’IRD et de Nouvelle-Calédonie participent à la 6ᵉ conférence Ocean in a High CO₂ World, où le consortium ICONA est présent. Layla Iijima et Britta Fielder remportent des prix pour leurs travaux sur les coraux. La baie de Bouraké, en Nouvelle-Calédonie, sert de laboratoire naturel pour étudier l’acidification des océans.

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Avant de crier à l’apocalypse, il faut des données. Et sur ce terrain, la France est en première ligne.

À Wellington, des chercheurs de l’IRD et de Nouvelle-Calédonie ont rappelé que la science sérieuse, elle, ne se contente pas de slogans.

Un phénomène silencieux, un enjeu bien réel

On parle beaucoup des vagues de chaleur marines. Beaucoup moins de l’acidification des océans.

Pourtant, le phénomène avance sans bruit. Il modifie peu à peu la chimie de l’eau de mer et touche des organismes dont dépendent des écosystèmes entiers. Les coraux en tête.

Le Pacifique est en première ligne. Pour les territoires de la région, et la Nouvelle-Calédonie au premier chef, comprendre comment les récifs réagissent n’a rien d’un exercice académique : c’est la condition pour anticiper et s’adapter, plutôt que subir.

C’est précisément l’objet de la 6ᵉ conférence internationale Ocean in a High CO₂ World, organisée cette année à Wellington, en Nouvelle-Zélande. Un rendez-vous qui compte parmi les plus importants au monde sur la question.

Et la recherche française n’y a pas fait de la figuration.

Le consortium ICONA, présent en force, était largement représenté. Ce réseau international, cofondé par des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), s’est imposé comme l’un des acteurs visibles de l’événement. Une présence qui tranche avec le discours ambiant selon lequel la France aurait décroché sur la scène scientifique.

Des prix qui récompensent le travail de terrain

Le palmarès parle de lui-même.

Layla Iijima, doctorante à l’UMR ENTROPIE, a décroché le prix Best Data Poster Presentation. Ses travaux portent sur l’hétérotrophie, c’est-à-dire la capacité des coraux à se nourrir en capturant des particules, et sur le rôle qu’elle joue dans leur réponse au stress thermique. Son terrain : des environnements naturellement extrêmes. Sa venue à Wellington a été financée par l’Ambassade de France en Nouvelle-Zélande. Un exemple concret de diplomatie scientifique qui fonctionne.

Autre distinction, autre profil. Britta Fielder, chercheuse à l’University of the Ryukyus, au Japon, et membre du consortium ICONA, a reçu le prix Best Overall Student Presentation.

Elle s’intéresse à la faune benthique, ces espèces qui vivent sur les fonds marins, autour des résurgences naturelles de CO₂ en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Une partie de ses recherches a été menée lors d’une mission à bord de l’Antea, navire de la flotte océanographique française.

Deux récompenses, un même constat : quand la recherche s’appuie sur l’observation de terrain plutôt que sur des projections alarmistes, elle produit des résultats salués par ses pairs.

Bouraké, laboratoire naturel made in Nouvelle-Calédonie

La conférence terminée, le travail a continué.

Près de 30 chercheurs, venus de plus de 14 pays, se sont retrouvés trois jours durant à Te Herenga Waka, Victoria University of Wellington. Objectif : fixer les prochaines orientations scientifiques du consortium ICONA.

La méthode du réseau mérite qu’on s’y arrête. Plutôt que de tout miser sur des modèles, ICONA étudie des laboratoires naturels. Autrement dit, des milieux où les organismes marins vivent déjà dans des conditions particulières. Observer comment ils s’en sortent aujourd’hui, c’est mieux comprendre comment ils pourraient répondre demain aux changements à venir.

Et l’un de ces sites de référence se trouve chez nous.

La baie de Bouraké, baie semi-fermée de Nouvelle-Calédonie, est devenue un terrain d’étude privilégié. On y observe la manière dont les récifs coralliens réagissent à des températures et à des concentrations en CO₂ élevées. Un atout scientifique que peu de territoires au monde peuvent revendiquer.

L’IRD était représenté à Wellington par Riccardo Rodolfo-Metalpa, Sylvain Agostini et Layla Iijima.

Le workshop ICONA, lui, a été organisé et soutenu conjointement par l’UMR ENTROPIE (IRD Nouvelle-Calédonie), Te Herenga Waka, Victoria University of Wellington, et le Seto Inland Sea Carbon-neutral Research Center de l’Université d’Hiroshima.

Une coopération France-Nouvelle-Zélande-Japon qui a le mérite d’exister. Et une Nouvelle-Calédonie qui, loin des clichés, sait aussi faire parler d’elle pour l’excellence de ce qu’elle produit.

(Crédit photo : Oneye Production)