17 octobre : l’ombre de Moscou

Résumé IA
La France découvre que des images des violences du 17 octobre provenaient de manifestations à Tbilissi, en Géorgie, datant de 2024, et non de son territoire. La Commission européenne s'est entretenue avec l'Arcom pour vérifier si des opérations d'influence étrangères, comme les réseaux prorusses Storm-1516 et Matriochka, ont exploité ces événements.
La France a vécu ses violences du 17 octobre. Elle découvre maintenant qu’une partie des images qui les ont accompagnées venait d’ailleurs.
Quand la manipulation s’invite dans le chaos
Une vidéo. Des manifestants, des feux d’artifice tirés à hauteur d’homme, une ambiance d’émeute. Sur X, la séquence circule comme une preuve de ce qui se serait passé en France lors des violences du 17 octobre. Près de six millions de vues.
Le problème, c’est que rien de tout cela n’a été filmé en France.
Le Financial Times a retrouvé l’origine des images : des manifestations à Tbilissi, en Géorgie, en 2024. Deux ans d’écart, plusieurs milliers de kilomètres de distance, et pourtant des millions d’internautes ont cru voir le visage de notre pays.
Ce simple exemple résume l’enjeu. Les Français ont le droit de savoir ce qui se passe réellement dans leurs rues. Ils ont aussi le droit de ne pas être manipulés par des contenus fabriqués ou détournés, qui sèment la confusion au moment précis où le pays a besoin de lucidité.
Le quotidien britannique cite deux réseaux prorusses : Storm-1516 et Matriochka. Ces noms ne sortent pas de nulle part. Tous deux ont déjà été associés à des campagnes de désinformation. Leur présence dans ce dossier n’a donc rien d’anecdotique.
Bruxelles et l’Arcom en première ligne
La Commission européenne a réagi. Selon le Financial Times, elle s’est entretenue lundi 19 octobre avec l’Arcom, le régulateur français des médias et du numérique. L’échange précédait une réunion des autorités nationales compétentes, prévue le lendemain.
Deux questions sont sur la table. D’abord, savoir si des opérations d’influence étrangères ont exploité les événements. Ensuite, déterminer si les plateformes ont facilité la circulation de ces contenus.
C’est là que le sujet devient sérieux.
Car l’examen européen ne se limite pas aux auteurs des manipulations. Il vise aussi la mécanique qui leur donne de l’ampleur : les algorithmes, ces outils qui choisissent les publications mises sous les yeux des utilisateurs. Une fausse vidéo ne devient pas virale par hasard. Elle est poussée, recommandée, amplifiée.
La Commission veut donc vérifier un point précis : la coopération des plateformes pour éviter qu’elles ne favorisent les appels à la violence. Autrement dit, les géants du numérique sont attendus au tournant. Ils ne peuvent plus se présenter comme de simples hébergeurs neutres lorsque leurs systèmes de recommandation propulsent des contenus trompeurs devant des millions de personnes.
Souveraineté française et responsabilité des plateformes
Reste une question que beaucoup se posent : qui décide, et à quel niveau ?
En France, l’Arcom demeure l’interlocuteur compétent. C’est elle qui garde la main sur ce dossier. Bruxelles ne se substitue pas à l’autorité nationale. Elle ne pourrait intervenir directement que dans un cas de figure bien défini : si le risque devenait « systémique » et si les plateformes refusaient de coopérer.
Ce partage des rôles a son importance. La protection de l’information des Français relève d’abord de la France, de ses institutions et de ses régulateurs. L’échelon européen n’a vocation à entrer en jeu que si les outils nationaux se heurtent au mauvais vouloir des plateformes.
Il faut aussi regarder les choses en face. Les violences du 17 octobre sont une réalité française, qui appelle des réponses françaises. Mais les images détournées venues de Géorgie et l’ombre de réseaux prorusses montrent que d’autres acteurs ont tout intérêt à fragiliser le pays en jetant de l’huile sur le feu.
Défendre la France passe aussi par la défense de son espace informationnel. Cela suppose des régulateurs vigilants, des plateformes qui assument leurs responsabilités, et des citoyens qui gardent un œil critique sur ce qu’ils partagent.
La réunion des autorités nationales doit permettre d’y voir plus clair. Les conclusions de cet examen diront si les géants du numérique ont joué le jeu ou s’ils ont laissé leurs algorithmes servir de caisse de résonance à ceux qui veulent affaiblir la France.
(Crédit photo : STEPHANE FERRER / HANS LUCAS VIA AFP)


