5,85 millions d’agents publics, un record

Résumé IA
Le rapport 2026 de la DGAFP, publié le 15 octobre, recense 5,85 millions d’agents publics au 31 décembre 2024, en hausse de 0,6 % sur un an. Les agents publics se disent moins exposés aux contraintes physiques que ceux du privé, mais 41 % s’estiment mal payés et 46 % jugent leurs perspectives de promotion insatisfaisantes.
Toujours plus d’agents, et pourtant un malaise qui ne faiblit pas. Le rapport 2026 de la DGAFP livre une photographie de la fonction publique qui mérite d’être regardée de près.
Une machine administrative qui grossit encore
Le chiffre tombe, et il pèse.
Au 31 décembre 2024, la fonction publique française emploie 5,85 millions d’agents. Entre 2023 et 2024, ses effectifs ont encore progressé de 0,6 %, soit 37 000 agents supplémentaires en une seule année.
C’est l’un des enseignements de l’édition 2026 du rapport annuel sur l’état de la fonction publique, publié le 15 octobre 2026 par la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP). Effectifs, rémunérations, flux de personnels, formation : le document passe au crible les trois versants, pour les années 2024 et 2025, et compare leurs conditions de travail à celles du secteur privé.
L’État reste de loin le premier employeur. La fonction publique d’État (FPE) compte 2,58 millions d’agents, en hausse de 0,8 %. La fonction publique territoriale (FPT) suit avec 2,02 millions d’agents, soit une progression de 0,5 %. La fonction publique hospitalière (FPH) en rassemble 1,25 million, elle aussi en hausse de 0,5 %.
Rapporté à l’ensemble du pays, le poids devient considérable. Contrats aidés compris, la sphère publique représente 19,8 % de l’emploi total en France, salariés et non-salariés confondus.
Près d’un actif sur cinq.
À l’heure où la maîtrise de la dépense publique s’impose comme un impératif national, la donnée mérite d’être gardée en tête. Car la question n’est pas seulement celle du nombre. C’est aussi celle de ce que vivent, concrètement, ceux qui font tourner la machine.
Moins de pénibilité que dans le privé
Voilà un constat qui tranche avec un discours souvent entendu.
Selon la DGAFP, les contraintes physiques sont moins fréquentes dans la fonction publique que dans le secteur privé. Longue station debout, postures fatigantes, port de charges lourdes, mouvements douloureux : 36 % des agents publics déclarent en subir au moins trois. Dans le privé, la proportion grimpe à 40 %.
L’écart n’est pas spectaculaire. Mais il est réel, et il va à rebours d’une certaine complainte.
Encore faut-il regarder dans le détail, car derrière la moyenne se cachent des réalités très éloignées les unes des autres. À l’hôpital, le quotidien est rude : 56 % des agents de la FPH cumulent au moins trois contraintes physiques. La territoriale se situe à 38 %. L’État, lui, ferme nettement la marche avec 25 %.
Certains métiers paient le prix fort. Aides-soignants, employés d’accueil de la petite enfance, agents de service et ouvriers sont les plus exposés : 70 % d’entre eux subissent au moins trois contraintes physiques.
Policiers, militaires et pompiers ne sont pas épargnés. La moitié d’entre eux sont dans cette situation.
Ceux qui soignent, protègent et entretiennent portent donc l’essentiel de la charge physique du service public. Le reste de l’administration, et en particulier l’État, en est sensiblement préservé.
Utiles, mais en manque de reconnaissance
C’est là que le rapport devient le plus intéressant. Car si les agents publics sont globalement moins exposés physiquement, ils s’estiment en revanche plus mal reconnus que les salariés du privé.
En 2024, 41 % d’entre eux se jugent mal payés au regard du travail réalisé, contre 31 % dans le privé. Ils sont 26 % à estimer être évalués par des personnes peu au fait de leur travail, contre 17 % de l’autre côté. Près de trois sur dix, 29 % exactement, affirment ne pas recevoir l’estime et le respect que leur travail mérite, contre 22 % des salariés du privé.
Et sur les carrières, la frustration est encore plus nette : 46 % jugent leurs perspectives de promotion insatisfaisantes au regard des efforts consentis, contre 35 % dans le secteur privé.
Les enseignants concentrent une large part de ce mécontentement. Près de six sur dix considèrent que leurs perspectives d’avancement ne sont pas à la hauteur de leurs efforts, quand seul un tiers des cadres administratifs partagent ce sentiment. Ils déclarent aussi plus souvent manquer d’estime, être évalués par des personnes peu au fait de leur métier et être mal rémunérés.
Chez les aides-soignants et les employés d’accueil de la petite enfance, la moitié jugent leur rémunération insuffisante au regard du travail fourni. Ce sont les plus nombreux à le dire.
Et pourtant.
Les mêmes agents se sentent profondément utiles. 86 % des agents publics déclarent faire des choses utiles aux autres, contre 76 % des salariés du privé. Chez les aides-soignants et les employés de la petite enfance, le chiffre atteint 94 %.
Viennent ensuite, à 92 %, les professions de l’enseignement primaire et professionnel, de la formation continue et du sport, ainsi que les professions intermédiaires de la santé et du travail social. Les enseignants du secondaire, du supérieur et de la recherche, comme les agents de service, se situent à 84 %.
Le paradoxe est saisissant. Ceux qui portent la charge la plus lourde sont aussi ceux qui se sentent les plus utiles, et parmi les plus mal payés. Le défi posé par ce rapport n’est donc pas tant celui du nombre d’agents que celui de la reconnaissance accordée à ceux qui, sur le terrain, font réellement tenir le service public.
(Crédit photo : LP/ Guillaume Georges)



