8 ans, 0 baisse des prix

Résumé IA
La FEINC réclame la dissolution de l’Autorité de la concurrence de Nouvelle-Calédonie, jugée coûteuse et inefficace depuis sa création en 2018. Le patronat dénonce un manque de résultats sur les prix, avec un écart persistant de 31 % avec la métropole en 2022, et propose de recourir à l’autorité nationale.
Huit ans, 1,35 milliard de francs, et des prix qui n’ont presque pas bougé.
Le patronat calédonien remet le sujet sur la table et ne mâche pas ses mots.
Un bilan qui ne convainc plus personne
La Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie ne lâche rien. Dans un communiqué publié ce 22 octobre 2026, la FEINC demande une nouvelle fois la dissolution de l’Autorité de la concurrence de Nouvelle-Calédonie. Ce n’est pas une première. L’organisation patronale l’avait déjà exigé en octobre 2024, puis en novembre 2025.
Le reproche tient en une phrase. Installée en 2018 avec, entre autres missions, celle de faire baisser les prix, l’ACNC n’aurait selon la FEINC ni tenu sa promesse ni rempli son rôle.
Et la fédération pose une question simple, presque brutale : pourquoi les Calédoniens et les entreprises devraient-ils continuer à financer une institution qui ne produit pas de résultats ?
Sa solution est pragmatique. Plutôt qu’un organisme local coûteux, il suffirait, lorsque c’est nécessaire, de faire appel à l’expertise de l’Autorité de la concurrence nationale. Celle-là même qui supervise déjà de petites économies comme celles des départements d’outre-mer.
Pendant longtemps, la critique de l’ACNC est restée cantonnée aux organisations professionnelles. Ce n’est plus le cas.
Les chiffres de l’ISEE sont têtus. L’écart de prix avec la métropole atteignait 34 % en 2010. Il était encore de 31 % en 2022. Quatre ans après la création de l’Autorité, la différence est à peine perceptible.
Plus révélateur encore : le membre du gouvernement chargé de l’économie reconnaît lui-même que l’Autorité ne remplit pas sa mission. Quand l’exécutif partage le constat du patronat, le débat change de nature.
Reste la question de l’argent public. Entre 2018 et 2025, l’ACNC a coûté près de 1,35 milliard de francs. Pour la seule année 2025, la dépense s’élève à 186 millions. En face, les sanctions prononcées cette même année représentent 5,45 millions de francs.
Le rapport parle de lui-même.
Pour la FEINC, ces données confirment ce qu’elle dénonce depuis le départ : une institution coûteuse, éloignée des réalités calédoniennes et, selon ses termes, dysfonctionnelle.
Vie chère : le travail qui n’a jamais été fait
Le pouvoir d’achat figurait pourtant en tête des priorités de l’ACNC.
Sa feuille de route prévoyait une analyse de la structuration des prix et des marges. Le Congrès avait adopté un vœu en ce sens. Le gouvernement l’avait saisie. Et pourtant, à en croire la fédération, rien n’a été fait à ce jour.
C’est là que le bât blesse. Cette analyse est précisément l’outil qui permettrait de mesurer les prix, puis de les faire baisser durablement, sans mettre en danger les entreprises qui créent de l’emploi sur le territoire.
Les relevés publiés récemment sur prix.nc illustrent le problème avec une netteté troublante. Un même produit fabriqué localement peut afficher un écart de près de 60 % d’un magasin à l’autre.
Même produit. Même usine. Même coût de fabrication.
La conclusion de la FEINC est sans ambiguïté : ce ne sont pas les coûts de production qui expliquent ces différences, mais les marges et les circuits de distribution. Autrement dit, le cœur du sujet que l’Autorité devait examiner.
Une Autorité accusée d’avoir choisi ses propres combats
Au lieu de s’attaquer à ce chantier, l’ACNC aurait, selon la fédération, privilégié d’autres batailles.
La FEINC lui reproche d’avoir cherché à aligner l’économie calédonienne sur les normes européennes, en ciblant surtout la production de biens et de services, qu’ils soient privés ou publics. Une vision dans laquelle la baisse des prix passerait uniquement par la « libre concurrence ».
Le problème, c’est que la Nouvelle-Calédonie n’est pas un marché continental. C’est une île. Petite taille du marché, éloignement géographique, normes sociales et fiscales propres, enjeu de l’emploi local : autant de contraintes structurelles que le dogme concurrentiel tend à ignorer, estime la fédération.
L’organisation patronale va plus loin. Elle qualifie de « pseudo-étude » un travail publié par l’ACNC sur ce thème, jugé orienté et dépourvu de chiffrage comme d’objectivation.
En face, la FEINC brandit l’étude VERSO, commandée par le gouvernement et réalisée en 2026. Ce travail aurait démontré tout le poids de l’outil productif calédonien, mais aussi celui du dispositif de régulation de marché.
Le message est clair. Défendre la production locale et les mécanismes de régulation, ce n’est pas protéger des rentes. C’est protéger des emplois, un savoir-faire et une forme de souveraineté économique.
Après huit ans et plus d’un milliard de francs, la balle est désormais dans le camp des décideurs publics.




