Bourses et pillages : l'UGPE sort les mouchoirs pour les casseurs

Résumé IA
L'UGPE accuse Sonia Backès de faire des aides sociales un « outil de vengeance politique » après les sanctions contre des pilleurs. L'association critique la condition de résidence, pourtant abrogée en juillet 2025, et attaque un soutien scolaire qu'elle dénigrait elle-même en juillet. Le communiqué omet l'insurrection du 13 mai et les pertes budgétaires de la province Sud.
L'Union des groupements de parents d'élèves accuse Sonia Backès de faire des aides sociales un « outil de vengeance politique ». Son communiqué s'apitoie sur des jeunes visés par des sanctions pour pillage, ressort un contentieux réglé depuis quinze mois et pleure un soutien scolaire qu'elle dénigrait elle-même en juillet. Derrière le parent d'élève, un tract politique qui ne dit pas son nom.
Des mouchoirs pour les casseurs, rien pour les commerçants
Le week-end du 17 octobre, les rues de métropole ont été mises à sac : près de 3 000 commerces saccagés ou pillés, près de 2 400 interpellations et près d'un millier de policiers et gendarmes blessés pour le seul samedi. Le gouvernement a réagi par une circulaire qui prive de leurs aides sociales ceux qui profitent du recel des marchandises volées. Dans la foulée, Sonia Backès demande à l'État d'identifier les Calédoniens concernés, pour que la province applique les mêmes conséquences à ses bourses et aides.
Face à cela, l'UGPE a choisi son camp. Pas celui du commerçant qui a vu des années de travail disparaître en une nuit. Pas celui du gendarme blessé. Celui des « jeunes manifestants » victimes de « violences policières ». La ficelle est grosse. Personne n'a proposé de sanctionner un lycéen parce qu'il a manifesté : il s'agit de pillage et de recel. En entretenant la confusion entre les deux, l'UGPE transforme des pilleurs en martyrs de la cause lycéenne.
L'association jure ne cautionner « ni les violences ni les dégradations ». Elle leur accorde pourtant une demi-phrase, coincée entre deux paragraphes de compassion. Quant aux « violences policières », le Premier ministre avait rejeté toute idée de répression dès le 6 octobre, en condamnant les violences commises en marge des cortèges. Depuis Nouméa, l'UGPE semble mieux renseignée que Matignon.
Les enfants en bouclier
Le communiqué joue ensuite sur l'émotion : les enfants ne doivent pas payer pour les actes « reprochés à leurs parents ». Sauf que personne ne parle des parents. Les sanctions visent les auteurs, pour leurs propres actes. Une bourse d'études supérieures versée à un étudiant en métropole n'est pas une allocation familiale. Celui qui la perdrait, c'est celui qui a pillé, pas son petit frère resté au pays. L'UGPE invente une victime pour ne pas avoir à parler du coupable.
Plus cocasse encore, elle écrit elle-même que la responsabilité individuelle doit être établie dans le respect du droit. C'est exactement l'objet d'une demande d'identification adressée à l'État. L'association approuve la méthode et crie au scandale devant le résultat.
Dix ans de résidence, quinze mois d'amnésie
Vient ensuite le principal grief : la condition de dix ans de résidence pour accéder aux bourses, votée en juillet 2024. L'UGPE la présente comme une mesure discriminatoire, sans jamais dire pourquoi elle a été adoptée. En 2024, la province Sud a perdu 28 % de ses recettes fiscales après l'insurrection du 13 mai, dont 98 % des dégâts se concentrent sur son territoire. Quand des aides scolaires ont dû être supprimées en février 2025, la majorité provinciale a désigné le responsable : les exactions de la CCAT. Le sigle n'apparaît pas une seule fois dans le communiqué. Pour l'UGPE, la province aurait vidé ses caisses toute seule.
L'association passe aussi sous silence un jugement gênant. Avant le référé de juin 2025 qu'elle met en avant, le tribunal administratif avait jugé la mesure légale sur le fond, au moins pour les nouveaux arrivants. Le référé n'était qu'une suspension provisoire, pas un désaveu définitif.
Elle oublie enfin la fin de l'histoire. La province a elle-même abrogé la condition le 31 juillet 2025, si bien qu'en mars 2026 le tribunal a constaté que le recours de l'UGPE n'avait plus d'objet. En octobre 2026, l'association présente donc comme une plaie ouverte un dossier réglé depuis quinze mois. Son bilan judiciaire est d'ailleurs moins glorieux qu'elle ne le laisse croire : en novembre 2025, sa requête contre la fermeture du collège de Rivière-Salée a été rejetée.
Pleurer le soutien scolaire après l'avoir piétiné
L'UGPE déplore la « déstructuration » du soutien scolaire et de l'aide aux devoirs. Or fin juillet, Sonia Backès a présenté « Bien avec mon école », un programme de cinq ans qui renforce enseignants, éducateurs spécialisés et travailleurs sociaux dans les écoles prioritaires dès l'élémentaire, avec 199 millions de francs apportés par l'État. C'est précisément le soutien scolaire que l'association dit regretter.
La réponse de l'UGPE, trois jours plus tard, a été d'attaquer ce dispositif. Elle l'a présenté comme une idée d'Européens destinée à « formater les petits Kanak et Océaniens ». La province y avait vu des propos racistes, qui assignent les enfants à leur origine ethnique. On a donc une association qui, en juillet, classe les uns comme Européens et les autres comme Kanak ou Océaniens, et qui vient en octobre donner des leçons de non-discrimination.
Le reste du réquisitoire est du même niveau. Les « 40 places » de l'internat de la réussite, présentées comme le seul bilan ? L'internat de Dumbéa-sur-Mer est le troisième de la province, après ceux de La Foa et de Bourail. La FASEM « stoppée » ? La province a cessé de la financer en 2021, mais la commune du Mont-Dore a pris le relais dans huit écoles, en partenariat avec la province et avec la FASEM elle-même. Pour l'UGPE, un dispositif transféré est un dispositif détruit.
Parent d'élève, sur le papier
Reste la question de la casquette. L'UGPE se présente comme la voix des parents, mais ses actes disent autre chose. Aux provinciales de 2026, elle a appelé à voter pour les listes centristes et indépendantistes. Son combat judiciaire contre la condition de résidence, elle reconnaît elle-même dans ce communiqué l'avoir mené avec le MNIS, parti indépendantiste. Ses responsables revendiquent trente-cinq ans de lutte pour la décolonisation.
Le texte confirme cette ligne. Parti des bourses, il dérive vers l'Accord de Nouméa et la décolonisation de l'école, puis interpelle nommément trois groupes politiques, dont l'un porte le nom de Kanaky dans son intitulé même. Même la forme dessert l'association : un texte truffé de coquilles n'est pas la meilleure vitrine pour une organisation qui prétend défendre l'école.
Une association a le droit d'avoir une ligne politique. Elle n'a pas le droit de la présenter au nom de « l'intérêt supérieur de l'enfant ».
Le 13 mai, grand absent
L'UGPE accuse Sonia Backès d'alimenter « la colère et les rancœurs » et se pose en gardienne de la paix sociale. Pourtant, son communiqué ne dit pas un mot de l'insurrection du 13 mai 2024. Pas un mot des écoles fermées, alors que la présidente de la province chiffrait à l'époque à plus de 8 000 le nombre de jeunes Calédoniens privés de scolarité. Pas un mot du trou budgétaire qui a forcé la province à réduire ses aides. Pour cette association de parents, l'école n'a été menacée qu'une fois, par une délibération provinciale.
« Les bourses scolaires ne sont pas une récompense politique », écrit l'UGPE. C'est vrai. Elles ne sont pas non plus une prime au pillage.
À suivre.
La Dépêche de Nouméa
(Crédit photo : UGPE)


