Moins d’argent, plus de résultats

Résumé IA
L’Institut agronomique néo-calédonien (IAC) présente son rapport d’activité 2025, marqué par une baisse des dépenses à 487 millions de francs CFP et une hausse des recettes de 39 %. Les financements sur projets atteignent un niveau record, portés par 22 nouveaux contrats, et le président Charles Washetine prône une sortie de la logique purement comptable pour relancer l’institut.
Moins de dépenses, plus de projets et des résultats concrets dans les champs comme dans les assiettes.
Le rapport d’activité 2025 de l’Institut agronomique néo-calédonien montre ce que produit une gestion rigoureuse.
Un redressement payé au prix de l’effort
L’année avait tout pour mal tourner. Au sortir d’un exercice 2024 éprouvant, l’Institut agronomique néo-calédonien devait faire deux choses à la fois : tenir ses missions et remettre ses comptes d’aplomb. Il a choisi la voie la moins confortable, celle des économies réelles.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les dépenses tombent à 487 millions de francs CFP, contre 528 l’année précédente. Le fonctionnement courant passe de 104 à 62 MF, une coupe de près de 40 %. Sur la même période, les recettes bondissent de 39 % pour atteindre 716 MF CFP.
Le moteur de cette remontée tient en un mot : les contrats. Les financements obtenus sur projets passent de 64 MF en 2024 à 307 MF en 2025, un niveau que l’Institut n’avait jamais atteint. Vingt-deux nouveaux projets ont été acceptés, pour un total de 43. Le seul programme ResiCo, financé par l’Initiative Kiwa avec l’AFD, représente 167 MF, soit plus de la moitié des recettes contractuelles.
Dans le paysage des financeurs, l’État reste le premier contributeur public avec 205,8 MF, devant le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie (101,8 MF) et les trois provinces. Un rappel utile, à l’heure où l’on oublie parfois d’où vient l’argent.
La contrepartie existe, et le rapport ne la cache pas. Sur 66 postes permanents prévus au budget, seuls 43 sont occupés. Fin 2025, dix agents sont partis à la retraite, dans le cadre d’un plan de restructuration négocié tout au long de l’année. Aucun n’a été remplacé.
Le président du conseil d’administration, Charles Washetine, rend hommage à ces départs dans son éditorial. Mais il ne s’attarde pas sur la plainte. Il fixe un cap : sortir de la seule logique comptable pour que l’Institut puisse de nouveau se projeter. Il rappelle aussi que l’IAC est « le seul institut de recherche agronomique de Nouvelle-Calédonie », et que tout rapprochement avec la Technopole devra se faire avec clarté et vigilance.
De la science utile, pas des rapports sur étagère
Ce qui frappe dans ce bilan, c’est son caractère concret. Ici, la recherche se mesure en plants, en tonnes et en assiettes.
À la station de Pocquereux, à La Foa, l’Institut a fourni 19 000 semences d’agrumes, 2 705 greffons et 190 boutures aux pépiniéristes des trois provinces. Quarante cultivars différents ont été diffusés. Orange Washington navel, mangue Nam doc mai : les variétés plébiscitées par les producteurs calédoniens sont bien là.
Sur la même station, l’essai Jaunet livre un résultat qui mérite l’attention. Après cinq cycles de production, les orangers nourris uniquement au compost ont produit plus de 33 tonnes par hectare en cumulé, soit près de 42 kilos de fruits par arbre. Ils dépassent les parcelles traitées aux engrais minéraux. Moins d’importations d’intrants, plus de production locale : c’est exactement ce dont l’agriculture calédonienne a besoin.
Autre dossier, plus sensible. Le projet METALICA-Aliment, financé par le CNRT, a analysé près de 450 denrées produites ou prélevées sur le territoire. Une première. Bonne nouvelle : aucun dépassement réglementaire n’a été observé pour l’arsenic, le cadmium, le mercure et le plomb dans les végétaux. Les viandes d’élevage présentent des teneurs globalement faibles.
Les points de vigilance sont ailleurs. Le nickel dépasse plus souvent les seuils dans les légumes-feuilles. Le gibier, lui, peut présenter des concentrations problématiques en plomb et en cadmium, probablement liées aux munitions de chasse. La réponse des chercheurs est pragmatique, sans alarmisme : laver ses légumes à l’eau claire et peler les denrées réduit sensiblement l’exposition.
Biosécurité et souveraineté alimentaire en première ligne
Un territoire insulaire se protège d’abord à ses frontières. Le Laboratoire d’entomologie appliquée de l’IAC a traité 541 spécimens interceptés en 2025. Quatre nouveaux organismes ont fait l’objet de signalements officiels à la DAVAR, dont le termite souterrain asiatique et la punaise jaune ponctuée, repérée à Nouméa.
Le scarabée rhinocéros du cocotier reste une menace sérieuse. Les analyses génétiques menées avec un institut néo-zélandais révèlent deux profils distincts, l’un sur la Grande Terre, l’autre à Lifou. Autrement dit, l’insecte n’est probablement pas arrivé en une seule vague. Les premiers tests de lutte biologique par champignons sont lancés.
La souveraineté alimentaire, elle, passe par la connaissance du terrain. Avec le CIRAD, l’IAC a mené l’enquête NAAP auprès de 1 064 ménages vivant en tribu, répartis dans 42 districts tirés au sort. L’objectif initial était de 1 040. Pendant quatre mois, neuf enquêteurs et superviseurs ont sillonné le pays pour mesurer ce que produisent les familles, ce qu’elles consomment et ce qu’elles échangent.
Le taro, culture de base dans tout le Pacifique, fait l’objet d’un protocole de tolérance au sel désormais publié. La montée des eaux et la salinisation des nappes menacent les cultures littorales ; mieux vaut sélectionner dès maintenant les variétés capables d’y résister. Côté canne à sucre, le projet RECAPE évoque la possible existence d’un pool génétique original en Nouvelle-Calédonie.
Sur le plan scientifique, la production remonte nettement : 107 publications en 2025, contre 71 en 2024. Près de 70 % ont été réalisées avec des partenaires nationaux, CIRAD, IRD et INRAE en tête. La recherche calédonienne s’appuie sur le réseau français, et elle en tire sa force.
Reste l’essentiel pour la suite. L’IAC cherche des financements pour sécuriser l’eau de ses collections et renouveler ses parcs à bois en 2026-2027. Les subventions des collectivités membres continuent de reculer, de 486 MF en 2023 à 396 MF en 2025. L’Institut a démontré qu’il savait se réformer. Aux décideurs, désormais, de mesurer ce que vaut un outil de recherche qui produit autant avec si peu.
(Crédit photo : IAC NC)



