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Au delà du récif

Le travail paie de nouveau

26 octobre 2026 à 10:00
5 min de lecture
Le travail paie de nouveau

Résumé IA

Selon l'Insee, le salaire net moyen dans le privé atteint 2 797 euros par mois en 2025, en hausse de 1,5 % en euros constants, portant le pouvoir d'achat au-dessus de son niveau de 2019. Les hauts salaires progressent le plus, et l'écart femmes-hommes recule à 12,8 %, tandis que le salaire médian s'établit à 2 238 euros.

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Moins d’inflation, plus d’argent sur la fiche de paie. Pour la deuxième année d’affilée, le travail rapporte davantage aux salariés du privé.

Le pouvoir d’achat retrouve son niveau d’avant-Covid

Le chiffre tombe au cœur de l’automne, et il redonne un peu d’air. Selon la dernière étude de l’Insee, publiée en octobre 2026, un salarié du secteur privé a touché en moyenne 2 797 euros net par mois en 2025, en équivalent temps plein. En brut, cela fait 3 693 euros.

Sur le papier, la hausse paraît modeste. +2,5 % en euros courants, un peu moins qu’en 2024.

Mais l’essentiel est ailleurs.

L’inflation a continué de reculer : +0,9 % seulement en 2025, contre 2,0 % l’année précédente et 4,9 % en 2023. Une fois les prix pris en compte, le salaire net moyen progresse donc de 1,5 % en euros constants. C’est la deuxième année consécutive de gain réel, après +0,8 % en 2024.

Il faut se rappeler d’où l’on vient. En 2022, le pouvoir d’achat des salaires reculait de 1,3 %. En 2023, encore de 1,0 %. Deux années de rabot, pendant lesquelles les fiches de paie couraient derrière les étiquettes sans jamais les rattraper.

Le rebond de 2025 compte parmi les plus nets mesurés depuis 1996. Seule 2020 fait mieux, mais l’Insee rappelle qu’il s’agissait alors d’un effet lié aux bouleversements de l’emploi pendant la crise sanitaire.

Surtout, le salaire net moyen dépasse désormais son niveau de 2019. Une première depuis la sortie du Covid.

Faut-il crier victoire ? Pas encore. Entre 2019 et 2025, le pouvoir d’achat n’a gagné que 0,2 % par an en moyenne, contre 0,6 % par an sur la période 1996-2019. La France a comblé son retard. Elle n’a pas retrouvé son élan.

Détail révélateur : brut et net évoluent presque au même rythme. Les taux de cotisations salariales n’ont pas bougé et la prime de partage de la valeur s’est stabilisée. Cette PPV a été versée à 15,1 % des salariés, pour 3,4 milliards d’euros au total, soit 881 euros par an en moyenne pour ceux qui l’ont perçue.

Qualification, carrière, ancienneté : l’effort est récompensé

C’est l’enseignement le plus frappant de l’étude. En 2025, ce sont les salaires les mieux placés qui ont le plus progressé.

Les 10 % les moins payés gagnent 1,0 % de pouvoir d’achat. Le 9e décile, 1,6 %. Au 99e centile, la hausse atteint 2,2 %.

Rupture nette avec les années précédentes. En 2022 et 2023, seuls les bas salaires avaient été protégés, portés par les revalorisations automatiques du Smic, pendant que l’inflation grignotait tout le reste. Résultat : trois années de tassement de l’échelle salariale entre 2021 et 2023, puis une stabilisation en 2024.

En 2025, le mouvement s’inverse, timidement. Le rapport entre le 9e et le 1er décile passe de 2,91 à 2,92 et reste nettement inférieur à celui de 2019.

Autre signal : la qualification paie. Un tiers de la hausse du salaire moyen s’explique par l’évolution des postes occupés, à commencer par la part croissante des cadres. Cet effet de structure pèse 0,5 point. Le reste, 1,1 point, correspond à la progression des salaires à poste comparable, et là, toutes les catégories avancent au même pas, entre +1,0 % et +1,1 %.

Les cadres reviennent de loin : +1,1 % de pouvoir d’achat, après +0,1 % en 2024. Les professions intermédiaires passent de -0,1 % à +1,0 %, les employés de +0,4 % à +1,1 %. Les ouvriers conservent le même rythme qu’un an plus tôt, +1,1 %.

Le bâtiment tire son épingle du jeu avec +2,3 % en euros constants, contre 1,5 % dans l’industrie comme dans le tertiaire.

La stabilité dans l’entreprise rapporte aussi. Les salariés restés sur le même poste pendant deux ans, avec un temps de travail comparable, voient leur rémunération grimper de 2,8 % en euros constants. Pour les cadres, c’est 3,3 %. Ancienneté et progression de carrière font la différence.

À l’inverse, les jeunes qui entrent sur le marché du travail démarrent plus bas, à 2 132 euros en moyenne, que les partants à la retraite, à 2 872 euros. Cet « effet de noria » freine mécaniquement la moyenne.

Salaire médian, écart femmes-hommes : ce que disent vraiment les chiffres

Moyenne ne veut pas dire norme. La moitié des salariés du privé gagne moins de 2 238 euros net par mois en équivalent temps plein, un salaire médian inférieur de 20 % à la moyenne. Les rémunérations restent concentrées vers le bas.

Un salarié sur dix touche moins de 1 519 euros. Un sur dix dépasse 4 441 euros. Le 1 % le mieux payé franchit les 10 552 euros, soit 7,4 fois le Smic net, fixé à 1 426 euros en 2025. Sous les 1 300 euros, on trouve surtout des apprentis et des stagiaires, non soumis aux règles générales du Smic.

Reste l’écart entre femmes et hommes. Il s’établit à 12,8 % en 2025. Il recule encore de 0,3 point sur un an, et de 5,2 points en dix ans. Le salaire des femmes progresse d’ailleurs plus vite : +1,7 % en euros constants, contre +1,4 % pour les hommes.

D’où vient l’écart restant ? L’Insee est clair. La comparaison se fait à temps de travail égal, le temps partiel n’y joue donc aucun rôle. L’écart tient d’abord au fait que femmes et hommes n’occupent pas les mêmes emplois, dans les mêmes secteurs ni dans les mêmes entreprises.

Le sommet de la pyramide pèse lourd. Les femmes ne représentent que 24,7 % du 1 % le mieux rémunéré, alors qu’elles forment 42 % des salariés du privé. Retirez ce sommet du calcul et l’écart tombe à 9,0 %.

Loin du discours misérabiliste, le constat est donc limpide. Le travail a repris l’avantage sur l’inflation, les carrières se paient et l’écart entre femmes et hommes se resserre année après année. Reste à retrouver le rythme d’avant 2019. C’est à cette aune que se mesurera la solidité de la reprise.

(Crédit photo : FOTOLIA)