Manifester oui, saboter la France non

Résumé IA
Des dizaines de milliers de manifestants ultramarins défilent à Paris pour le deuxième week-end consécutif, samedi 24 octobre. La colère est jugée légitime, mais la dérive et la défiance envers les institutions sont dénoncées. Les contestations doivent se porter devant les élus et la justice, sans saboter la France.
Ultramarins dans la rue à Paris : la colère est légitime, la dérive ne l’est pas.
Car défendre ses territoires, c’est aussi défendre la France, pas l’abîmer.
Une jeunesse ultramarine qui mérite mieux que la posture
Disons-le d’emblée.
Le droit de manifester n’est pas négociable. Il appartient au patrimoine républicain, au même titre que le droit de vote ou la liberté de la presse. Personne de sérieux ne le conteste.
Mais un droit ne se résume pas à un défouloir. Et ce qui s’est donné à voir ce samedi 24 octobre à Paris mérite mieux que l’indulgence complaisante habituelle.
Pour le deuxième week-end d’affilée, des dizaines de milliers de manifestants ont arpenté la capitale. 110 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur, entre la porte d’Italie et la porte de Vincennes. Un cortège calme, cette fois.
Cette fois. Le mot compte.
Car si l’État a dû imposer un parcours contournant le centre de Paris, c’est bien parce que la semaine précédente avait tourné aux débordements. Les intersyndicales ont protesté contre ce tracé. Elles auraient pu, plus utilement, s’interroger sur ce qui l’avait rendu nécessaire.
Le calme de samedi n’est pas un cadeau des organisateurs. C’est le résultat d’une fermeté assumée.
Parmi les manifestants, des jeunes venus de Martinique, de Nouvelle-Calédonie, de La Réunion. Étudiants, pour la plupart. Certains installés dans l’Hexagone depuis quelques mois seulement.
Leurs constats ne sont pas tous infondés, loin de là.
L’école dans les Outre-mer accuse des retards réels. L’accès à l’eau reste un problème concret dans plusieurs territoires. La pauvreté, en Martinique comme ailleurs, n’est pas une invention militante : un jeune homme a raconté avoir côtoyé, enfant, des camarades qui dormaient sous des toits de tôle.
Ces réalités-là, la droite n’a aucune raison de les nier. Elle a au contraire toutes les raisons de les prendre à bras-le-corps, parce qu’elles touchent des Français à part entière.
Mais voilà le problème.
En descendant dans la rue aux côtés d’un mouvement dont ils n’ont pas écrit le cahier des charges, ces jeunes noient leurs causes dans un magma revendicatif. L’une d’elles l’a d’ailleurs reconnu sans détour en expliquant qu’il y avait tant à dénoncer qu’il fallait choisir une pancarte. Tout et rien à la fois.
L’eau à La Réunion, l’école en Martinique, le sort de la Nouvelle-Calédonie : chacun de ces dossiers mérite un combat précis, documenté, porté auprès des élus et des institutions. Pas un slogan perdu entre deux portes de Paris.
La visibilité n’est pas l’efficacité. Un étudiant martiniquais espérait être davantage entendu dans la capitale que depuis son île. On le comprend. Mais être vu dans un cortège n’a jamais construit une école ni posé une canalisation.
Le faire bruyamment non plus. Un manifestant soufflait dans sa conque pour, selon lui, forcer le pouvoir à écouter. Le bruit comme méthode de gouvernement. C’est exactement la logique qui épuise la France depuis des années.
Le procès de la police, ce réflexe qui ne passe plus
Et puis il y a l’autre refrain. Celui qu’on attendait.
La police.
Un jeune homme dit avoir peur des forces de l’ordre depuis l’enfance. Il affirme avoir subi, il y a trois mois, des violences et des menaces de mort de la part d’un policier, et évoque une scène qu’il compare à la mort de George Floyd.
Ces accusations sont graves. Si elles sont fondées, elles relèvent de la justice, de l’IGPN, d’une plainte en bonne et due forme. Une accusation de cette nature se plaide devant un juge, pas sur un trottoir.
Importer en France le récit américain de George Floyd, c’est plaquer sur notre pays une grille de lecture qui n’est pas la sienne. La France n’est pas les États-Unis. Ses policiers ne sont pas des ennemis de la jeunesse ultramarine.
Un CPE originaire de Nouvelle-Calédonie, lui, a qualifié de répression pure le maintien de l’ordre de la semaine précédente. Un éducateur, chargé de transmettre à des élèves le sens des règles collectives.
Rappelons simplement les faits. Le samedi précédent a connu des débordements. Le parcours a été modifié pour les éviter. Ce samedi, aucun heurt. Ce n’est pas la répression qui a ramené le calme, c’est l’ordre.
Les policiers et gendarmes qui encadraient le cortège sont, eux aussi, souvent issus des Outre-mer. Ils protègent ceux-là mêmes qui les accusent. Il serait temps de le dire.
Oui à la rue, non à la déliquescence
Le cœur du sujet est là.
Manifester, c’est exercer un droit. Entretenir la défiance envers les institutions, c’est participer, consciemment ou non, à l’affaiblissement du pays.
Cette jeunesse a des raisons d’être en colère. Elle n’a aucune raison de se laisser enrôler dans une contestation permanente qui promet de revenir chaque semaine, puis la suivante, et encore après, comme l’a annoncé l’un d’eux. La mobilisation sans fin n’est pas un projet politique. C’est une impasse.
Les Outre-mer n’ont pas besoin d’une génération de manifestants professionnels. Ils ont besoin d’ingénieurs pour l’eau, d’enseignants pour les écoles, d’élus pour porter leurs dossiers à Paris. De jeunes qui choisissent de bâtir plutôt que de dénoncer.
La Nouvelle-Calédonie, la Martinique, La Réunion sont la France. Les servir, c’est la renforcer, pas la fragiliser.
Le gouvernement devra répondre aux attentes exprimées. Mais il devra le faire sans céder à la rue, sans s’excuser d’avoir maintenu l’ordre, sans confondre écoute et capitulation.
Samedi, le cortège a défilé sans heurt. Que ce soit la norme, et non l’exception.
(Crédit photo : Emma Jaconelli)



