40 % de votre salaire envolé

Résumé IA
Plus de 13 000 emplois ont disparu en deux ans en Nouvelle-Calédonie et plus de 30 000 personnes sont éloignées du travail. La FEINC estime que la reconstruction de l’emploi doit devenir la priorité des politiques publiques, en relançant notamment la construction, la production locale et le tourisme.
Plus de 13 000 emplois rayés de la carte en deux ans. Plus de 30 000 Calédoniens tenus à l’écart du travail.
Et si la réponse au pouvoir d’achat n’était pas une aide de plus, mais tout simplement une fiche de paie ?
Le travail, grand oublié du débat sur le pouvoir d’achat
On parle beaucoup de pouvoir d’achat en Nouvelle-Calédonie.
On parle moins de ce qui le fabrique.
Dans sa dernière note « L’info Cagou », publiée le 22 octobre 2026, la Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie remet les pendules à l’heure. Son constat tient en un chiffre, brutal : après deux années de crise, le territoire a perdu plus de 13 000 emplois.
Ajoutez à cela les demandeurs d’emploi déjà inscrits et ceux qui gravitent dans le halo du chômage. Le total dépasse 30 000 Calédoniens éloignés de l’emploi.
Derrière ces statistiques, il y a des foyers. Des revenus qui ont disparu ou qui tiennent à un fil. Des commerces qui voient leur clientèle fondre. Des entreprises qui n’ont plus de débouchés.
La FEINC le rappelle sans détour : le travail reste la première source de revenus des ménages calédoniens. Un emploi, c’est un salaire. C’est aussi de la consommation, et donc de l’activité pour d’autres. C’est enfin une contribution au financement de la protection sociale.
Supprimez l’emploi, et c’est toute cette chaîne qui se grippe.
Le plus troublant, selon l’organisation patronale, tient à l’atmosphère générale. Des dizaines de milliers de personnes restent sans travail, et la mobilisation ne semble pas à la mesure de l’urgence économique et sociale. Le sujet devrait occuper le haut de l’agenda. Il reste trop souvent relégué derrière d’autres priorités.
La conclusion de la fédération est claire : la reconstruction de l’emploi doit devenir la priorité des politiques publiques.
Relancer là où l’emploi peut renaître vite
Les demi-mesures ne suffiront pas.
C’est le message central de la FEINC face à l’ampleur des dégâts. Colmater les brèches ici ou là ne reconstruira pas une économie qui a perdu des milliers de postes depuis les émeutes de mai 2024. Il faut, selon elle, une politique courageuse et ambitieuse, capable d’actionner tous les leviers à la fois.
Produire plus. Investir plus. Embaucher plus.
Trois verbes simples, qui résument une philosophie : la richesse se crée par l’activité, pas par la redistribution d’une richesse qui s’évapore.
Pour y parvenir, la fédération propose de concentrer en priorité les efforts de relance sur les secteurs capables de recréer rapidement des emplois. Dans ses supports, elle cite notamment la construction, la production locale et le tourisme. Des filières où chaque chantier relancé, chaque atelier remis en route et chaque visiteur accueilli se traduisent vite en postes concrets.
L’idée n’a rien de révolutionnaire. Elle relève du bon sens économique. Quand les moyens publics sont comptés, mieux vaut les diriger là où ils produisent le plus d’emplois, le plus vite.
40 % de prélèvements : quand le travail paie pour tout le monde
Reste le cœur du réquisitoire. Et il concerne directement la fiche de paie de chaque salarié.
Aujourd’hui, d’après la FEINC, près de 40 % du coût d’un salarié est prélevé pour financer la protection sociale. Le Ruamm, la retraite, le chômage, les allocations familiales : tout repose en grande partie sur le travail.
La fédération illustre l’ordre de grandeur avec une image parlante. Sur 100 francs que coûte un salarié à son entreprise, environ 40 partent en cotisations, employeur et salarié confondus. Il en reste à peu près 60 pour le salarié, en net. Quatre pièces sur dix s’envolent avant même d’arriver dans la poche de celui qui a travaillé.
Ce système, juge l’organisation, pénalise l’économie deux fois.
Le salarié, d’abord, qui touche un net plus faible et voit son pouvoir d’achat rogné. L’entreprise, ensuite, qui supporte un coût du travail élevé, au détriment de sa compétitivité et donc de sa capacité à embaucher.
Mais la FEINC pointe un paradoxe plus dérangeant encore. Le financement de la protection sociale pèse surtout sur les revenus du travail, y compris ceux des plus modestes. Des revenus que la collectivité doit ensuite soutenir… à coups d’aides sociales. On prélève d’une main pour reverser de l’autre.
D’où sa proposition : réduire les charges sociales sur le travail pour redonner du pouvoir d’achat aux Calédoniens. Un salarié mieux payé consomme davantage. Une entreprise plus compétitive investit et recrute. Et à terme, selon la fédération, les recettes fiscales suivent.
Pour appuyer son propos, l’organisation regarde vers nos voisins. L’Australie et la Nouvelle-Zélande, explique-t-elle, ne font pas reposer leur modèle sur la taxation du travail et privilégient l’impôt. Résultat mis en avant : des entreprises plus compétitives et des salariés mieux rémunérés. La FEINC cite le salaire minimum australien, qui avoisine 300 000 F CFP brut par mois sur la base d’un dollar australien à 70 francs.
La demande est donc formulée noir sur blanc : engager une réforme du financement de la protection sociale pour alléger les charges sur le travail et augmenter les salaires nets. Autrement dit, faire reposer ce financement sur la fiscalité plutôt que sur les revenus de ceux qui travaillent.
« Il est temps de changer de lunettes », lance la fédération, qui invite à regarder sans complexe ce qui fonctionne ailleurs.
Son mot d’ordre résume tout : pour relancer l’économie, il faut libérer le travail et ses revenus.
Dans un territoire qui cherche encore à se relever, l’appel a le mérite de rappeler une évidence. Le premier des pouvoirs d’achat, c’est un emploi.
(Crédit photo : Colas NC)



