15 pays à Nouméa contre la cocaïne

Résumé IA
Nouméa accueille les 4 et 5 novembre un séminaire régional contre le narcotrafic, rassemblant une quinzaine de délégations du Pacifique. Cette initiative du haut-commissaire Jacques Billant et du parquet général vise à coordonner la lutte après des saisies records, dont 2,5 tonnes de cocaïne interceptées en juin 2025.
Des tonnes de cocaïne qui frôlent le Caillou, des ballots qui s’échouent sur nos plages, des dealers jusque sur le marché de Nouméa.
L’État a décidé de ne plus attendre : Nouméa devient, le temps d’un sommet, la capitale de la riposte contre le narcotrafic dans le Pacifique.
Le Caillou sur la route de la cocaïne
Le message est clair. La France ne laissera pas le Pacifique Sud devenir une autoroute de la drogue.
Les 4 et 5 novembre, Nouméa accueille un séminaire régional consacré à la lutte contre le narcotrafic en mer. L’initiative vient du parquet général près la cour d’appel et du haut-commissaire de la République, Jacques Billant, qui en a présenté les contours ce mardi 27 octobre depuis la base navale.
Autour de la table, une quinzaine de délégations. L’Australie, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, Fidji, le Vanuatu, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Salomon, les Tonga, Samoa, Palaos, les îles Cook, mais aussi la Polynésie française et Wallis-et-Futuna. S’y ajoutent l’OFAST, l’OCO et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.
Une centaine de professionnels au total. Magistrats, douaniers, policiers, gendarmes, marins.
Pourquoi un tel rassemblement ? Parce que le haut-commissaire considère le narcotrafic comme une menace directe pour la sécurité des territoires. Et parce qu’aucun État, aussi puissant soit-il, ne peut surveiller seul des millions de kilomètres carrés d’océan face à des cartels qui se moquent des frontières.
Il faut regarder la carte. À l’est, l’Amérique du Sud, qui produit. À l’ouest, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui consomment et paient le prix fort. Entre les deux, le Pacifique. Et au milieu du chemin, la Nouvelle-Calédonie.
Selon le bureau de l’action de l’État en mer, ce sont plusieurs dizaines de tonnes de stupéfiants qui transitent chaque année sur cet axe Est-Ouest.
Le 25 juin 2025, la Marine nationale en a apporté la démonstration la plus spectaculaire. À environ 400 milles nautiques de Nouméa, le patrouilleur Auguste-Bénébig a intercepté le SM Dante, un navire parti du Panama et filant vers l’Australie. À bord : 2,5 tonnes de cocaïne, pour une valeur estimée à près de 60 milliards de francs. Un record absolu pour le territoire.
Le procès des membres d’équipage se tiendra à Nouméa en janvier.
Ce coup de filet n’est pas un accident. Depuis 2012, la Marine a arraisonné six navires chargés de drogue dans la zone. Après une accalmie à partir de 2017, les autorités constatent une nette reprise depuis 2024-2025. La Polynésie française est en première ligne : début février 2026, la Marine y a saisi 4,24 tonnes de cocaïne en haute mer, quelques jours après une première prise record, tandis que la douane de Papeete découvrait près d’une demi-tonne dans un conteneur à destination de l’Australie. Le haut-commissaire en Polynésie a évoqué plus de 11 tonnes retirées du marché.
Chez nous, la mer rejette aussi ses colis. Fin 2024, des habitants de l’île des Pins ont récupéré des ballots échoués sur les rochers. Au lieu de les remettre aux autorités, certains ont monté leur petit commerce. Bilan de l’opération conjointe police-gendarmerie de mai 2025 : plus de 42 kilos de cocaïne et 2,8 millions de francs saisis, une dizaine de personnes renvoyées devant le tribunal.
En novembre 2025, ce sont des pêcheurs de Maré qui ont repêché des pains de cocaïne. Ceux-là ont eu le bon réflexe : prévenir les forces de l’ordre.
Des réseaux locaux déjà sous pression
Il serait naïf de croire que la drogue ne fait que passer.
Le bilan de la délinquance 2025 montre que le cannabis reste largement dominant, mais que la cocaïne gagne du terrain. Sur le territoire, la poudre arrive surtout par colis postaux, a rappelé le parquet de Nouméa.
Les forces de sécurité ne restent pas les bras croisés. En novembre 2025, la police nationale, appuyée par la gendarmerie et les douanes, a contrôlé un nakamal de Rivière-Salée et démantelé un trafic. En mars 2026, un réseau opérant entre Nouméa et le Mont-Dore tombait, avec une découverte inquiétante : de la méthamphétamine, cet « ice » qui ravage la Polynésie et qui reste, pour l’instant, rare en Calédonie.
Le 15 mai dernier, la brigade anti-criminalité intervenait en plein marché municipal de Port-Moselle, alertée par des commerçants excédés. Trois vendeurs interpellés en flagrant délit.
Une semaine plus tard, le 22 mai, un simple contrôle douanier sur la RP4 à Boulouparis permettait de remonter toute une filière jusqu’à un fournisseur du quartier de Tuband. 237 grammes de cocaïne et plus de 1,8 million de francs en liquide saisis. Le principal trafiquant, déjà connu de la justice, a écopé de 18 mois ferme avec incarcération immédiate.
Voilà la réponse qui fonctionne. Contrôler, remonter, condamner. Sans état d’âme.
Frapper avant que l’engrenage ne s’installe
Le scénario redouté par les autorités porte un nom : la plaque tournante.
L’exemple de Fidji sert d’avertissement. Simple point de passage au départ, l’archipel a vu s’installer la consommation, puis la corruption. C’est ce glissement que les services de l’État veulent empêcher en Nouvelle-Calédonie, tant qu’il est encore temps.
Car traverser un océan avec une cargaison de cocaïne ne s’improvise pas. Les trafiquants procèdent désormais par étapes, avec des relais et des points d’appui logistiques. Les identifier suppose de partager le renseignement entre pays, vite et sans frilosité.
C’est tout l’enjeu du séminaire de Nouméa : cartographier les routes, comprendre les méthodes des narcos, et surtout articuler l’intervention en mer avec la suite judiciaire. Le procureur général Camille Miansoni l’a souligné : le milieu maritime obéit à des règles juridiques spécifiques. Qui intervient, dans quel cadre, que faire de l’équipage et de la cargaison ? Tout doit être pensé en amont, dans le respect du droit national et international.
La dynamique est régionale. Lors du 55e Forum des îles du Pacifique, à Palaos en septembre, les dirigeants ont acté le renforcement du renseignement et de la coopération maritime contre la drogue. L’Australie a mis sur la table l’équivalent de 44 milliards de francs pour aider ses voisins insulaires à intercepter les semi-submersibles des cartels.
Dans ce dispositif, la France n’est pas un acteur parmi d’autres. Avec ses territoires, sa Marine et ses magistrats, elle est l’une des rares puissances capables d’agir concrètement, de la haute mer jusqu’au tribunal.
La Nouvelle-Calédonie n’est pas encore un narco-territoire. L’objectif des 4 et 5 novembre est simple : faire en sorte qu’elle ne le devienne jamais.
(Crédit photo : AFP - Ludovic MARIN)



