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Mémoire

Sans 1962, vous ne voteriez pas pour le président

28 octobre 2026 à 12:00
4 min de lecture
Sans 1962, vous ne voteriez pas pour le président

Résumé IA

En 1962, le général de Gaulle instaure l'élection du président de la République au suffrage universel direct par référendum, malgré l'opposition des partis. Adoptée avec 61,7% de oui, la réforme survit à une motion de censure et confirme la légitimité du peuple. La première élection directe a lieu en 1965.

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Soixante-quatre ans plus tard, chaque Français qui glisse son bulletin dans l’urne présidentielle le doit à un seul homme.
Et à une victoire arrachée contre tous les partis.

Le peuple contre les partis

Le 20 septembre 1962, le général de Gaulle apparaît à la télévision. Le ton est solennel. Un mois plus tôt, le 22 août, il a survécu presque par miracle à l’attentat du Petit-Clamart, sa DS criblée de balles par un commando de l’OAS. Le pays a eu peur. Lui en tire une conclusion politique.

Ce soir-là, il annonce aux Français qu’il veut leur confier directement le choix de leur chef de l’État. Jusque-là, le président est désigné par un collège de grands électeurs, parlementaires et principaux élus locaux. Un système de notables. De Gaulle veut le remplacer par l’élection du président au suffrage universel direct.

Ses mots sont restés célèbres :

Quand sera terminé mon propre septennat ou si la mort ou la maladie l’interrompaient avant le terme, le président de la République sera dorénavant élu au suffrage universel.

La France n’a connu ce mode de scrutin qu’une seule fois. En 1851, le prince Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier, avait été élu ainsi premier président de la République. On connaît la suite : le coup d’État du 2 décembre, la fin de la IIe République, l’avènement de Napoléon III.

Ce souvenir hante la classe politique. Pour les partis, rendre la parole directement au peuple, c’est ouvrir la porte au césarisme. Pour de Gaulle, c’est exactement l’inverse : c’est arracher l’État aux combinaisons d’appareils qui avaient paralysé la IVe République.

Le problème est juridique. Une révision de la Constitution passe normalement par l’article 89, qui exige un vote conforme de l’Assemblée nationale et du Sénat. Or le Parlement n’en veut pas. De Gaulle le sait. Il choisit donc l’article 11 et s’adresse directement aux Français par référendum.

La riposte est violente. Le président du Sénat, Gaston Monnerville, parle de « forfaiture ». Le mot fait date. Il ne fait pas reculer le Général.

La censure, la dissolution, la riposte

Le 4 octobre 1962, tous les groupes de l’Assemblée, à l’exception des gaullistes, déposent une motion de censure contre le gouvernement de Georges Pompidou. Elle est adoptée par 280 voix sur 480, au-delà de la majorité absolue.

C’est la première motion de censure de la Ve République. Il faudra attendre décembre 2024 et le gouvernement de Michel Barnier pour qu’une autre soit votée.

Pompidou remet sa démission, comme l’exigent les usages. De Gaulle la refuse. Et dans la foulée, il dissout l’Assemblée nationale.

Le message est limpide. Les députés ont parlé ; c’est désormais au pays de trancher. Le Premier ministre reste en place, les partis se retrouvent face aux électeurs. La censure a été votée, mais elle n’a renversé personne.

Le verdict des urnes

Le référendum se tient le 28 octobre 1962, sans attendre les législatives. La question posée est simple :

Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République et relatif à l’élection du président de la République au suffrage universel ?

Réponse : 61,7 % de oui, contre 38,2 % de non.

Les partis avaient fait bloc. Les Français ont tranché dans l’autre sens.

Saisi par Gaston Monnerville, le Conseil constitutionnel se déclare incompétent pour juger une loi adoptée directement par le peuple. La réforme entre en vigueur.

Puis viennent les législatives des 18 et 25 novembre 1962. Nouveau désaveu pour les opposants : les gaullistes sortent renforcés et, avec leurs alliés, disposent de la majorité absolue à l’Assemblée. En quelques semaines, de Gaulle a gagné deux fois.

La première élection présidentielle au suffrage universel direct a lieu en 1965. Elle reconduit le général de Gaulle à l’Élysée pour un second septennat, qu’il interrompra lui-même par sa démission en 1969, après l’échec d’un autre référendum.

Depuis, aucun président n’est revenu sur cette réforme. Aucun grand parti n’a réellement proposé de rendre le choix du chef de l’État aux élus. Ceux qui criaient à la forfaiture en 1962 ont tous fini par briguer l’Élysée selon les règles qu’ils avaient combattues.

C’est peut-être la meilleure preuve que de Gaulle avait vu juste : en matière de légitimité, le dernier mot appartient au peuple.

(Crédit photo : AFP - photo officielle)