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Au delà du récif

Émeutes : l’État veut couper les réseaux

31 octobre 2026 à 05:55
4 min de lecture
Émeutes : l’État veut couper les réseaux

Résumé IA

Après les émeutes du 17 octobre, filmées en direct sur les réseaux sociaux, l’État veut pouvoir bloquer les plateformes qui ne retirent pas les appels à l’insurrection. La décision relève toutefois de Bruxelles, et des manifestants se tournent déjà vers BitChat, une application fonctionnant sans Internet.

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Le 17 octobre, des pilleurs ont filmé leurs méfaits en direct, et des millions d’internautes ont regardé. Certains ont même rejoint les pilleurs. L’État veut maintenant frapper les plateformes, mais il découvre que la décision se prend à Bruxelles.

Quand les réseaux sociaux servent de quartier général aux pilleurs

Il suffit de quelques clics. Un message, une heure, un lieu, et la meute se forme.

C’est le problème qui obsède aujourd’hui les autorités : comment empêcher casseurs et pilleurs de se coordonner en temps réel, sous le nez des forces de l’ordre, grâce aux plateformes que tout le monde a dans la poche ?

Le 17 octobre a servi de démonstration grandeur nature. Ce soir-là, les images d’affrontements et de pillages ont submergé les réseaux sociaux. Certaines scènes étaient filmées en direct, sans gêne, comme on filme un concert. Après le passage des émeutiers, la directrice générale de Maison Nicolas a parlé d’une « scène de guerre ».

Ces vidéos ont été vues des millions de fois. Elles ont surtout produit l’effet que redoutent tous ceux qui ont la charge de l’ordre public : elles ont donné envie à des internautes de rejoindre le mouvement. Le pillage diffusé en direct devient une invitation, et le smartphone fait office de mégaphone.

Le gouvernement en tire une conclusion simple. Il envisage de pouvoir bloquer les plateformes qui ne retirent pas rapidement les appels à l’insurrection. Il ne s’agit pas de couper Internet par principe. Il s’agit de cesser de tolérer que des entreprises privées, souvent étrangères, laissent circuler pendant des heures des messages qui organisent le saccage de nos villes.

Paris veut agir, Bruxelles tient les clés

L’idée paraît de bon sens. Un État souverain devrait pouvoir couper un canal qui sert à préparer des violences sur son propre sol.

Ce n’est pourtant pas le cas.

La France ne peut pas décider seule de bloquer les réseaux sociaux pendant des manifestations. La question relève de l’échelon européen, et le constat a de quoi agacer ceux qui sont attachés à la souveraineté nationale. Fabrice Epelboin, spécialiste des réseaux sociaux, l’explique sans détour : « Ce sont des fonctions qui ont été déléguées à l’Europe. »

Selon lui, l’annonce du gouvernement sert donc aussi à autre chose : « C’est une façon de mettre la pression à l’Europe de manière à ce que l’UE s’empare du sujet à mesure où il y a des émeutes dans plusieurs pays européens. »

Plusieurs pays européens connaissent des émeutes. Chacun subit les mêmes scènes, les mêmes vidéos virales et les mêmes rendez-vous lancés en ligne. Aucun ne peut répondre seul.

Le spécialiste va plus loin. Au micro d’Europe 1, il estime qu’« il n’est pas interdit de penser que l’Europe s’engage très rapidement dans la voie de la censure des réseaux sociaux ».

Le mot est lâché, et il soulève un vrai débat. Il faut protéger l’ordre public sans offrir à Bruxelles un pouvoir de contrôle de l’expression qui dépasserait largement le cas des pilleurs. La ligne de crête est étroite. Elle mérite qu’on la regarde en face plutôt que de la contourner.

BitChat, la parade déjà trouvée par les manifestants

Pendant que les institutions débattent, ceux qu’elles visent ont déjà pris de l’avance.

Avant même qu’un éventuel blocage soit décidé, des manifestants s’organisent. Le mot d’ordre circule : il faut passer sur BitChat. Cette application permet de communiquer dans un rayon de moins de 300 mètres, sans connexion Internet et sans numéro de téléphone.

Elle ne passe pas par un serveur central ni par une plateforme à qui l’on pourrait demander de retirer un contenu. Les messages vont d’un téléphone à l’autre, de proche en proche.

Le succès est déjà visible. Ces derniers jours, BitChat figure parmi les applications sociales les plus téléchargées.

Il y a là une leçon que l’État ne peut pas ignorer. Bloquer les grandes plateformes ne gênera que ceux qui jouent selon les règles. Les autres ont déjà changé d’outil, sans attendre Bruxelles ni personne.

La bataille de l’ordre public se joue désormais aussi dans les téléphones. Le 17 octobre a montré que les casseurs l’avaient compris avant les autorités.

(Crédit photo : Charlotte SIEMON / AFP)