Sous perfusion de l’État

Résumé IA
Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie adopte une enveloppe de 7,3 milliards de francs de l’État pour financer les comptes sociaux jusqu’en février et prolonge les règles d’urgence de la commande publique. Les élus débattent des réformes à mener pour l’autonomie financière du pays.
Le Congrès sauve les comptes sociaux jusqu’en février et prolonge les règles d’urgence de la commande publique.
Derrière ce soulagement budgétaire, la Nouvelle-Calédonie tient toujours grâce à Paris.
Un chèque de Paris pour éviter le décrochage
La session extraordinaire du Congrès de la Nouvelle-Calédonie devait être purement technique. Elle a pourtant dit beaucoup de l’état du pays. Ce vendredi 30 octobre, en séance publique, les élus ont examiné une série de textes budgétaires. Le principal tenait en une somme : 7,3 milliards de francs venus de l’État.
Le gouvernement présentait une délibération pour inscrire cette enveloppe au budget principal propre 2026 de la collectivité. L’argent ne tombe pas du ciel. Il fait partie des 55 milliards que la délégation transpartisane a obtenus à Paris en septembre, après des semaines de négociations.
À quoi servira-t-il ? D’abord à boucler l’exercice 2026 à l’équilibre, ce qui n’était pas acquis. Ensuite à combler le trou des comptes sociaux : 1,3 milliard pour le mois de décembre et 6 milliards pour janvier. Le Ruamm et le régime des retraites sont donc financés jusqu’en février. Au-delà, tout dépendra du budget 2027 que la Nouvelle-Calédonie doit encore adopter.
La délibération tient aussi compte d’un autre risque, venu cette fois de l’Hexagone. Les 7,3 milliards dépendent de la loi de finances de fin de gestion, dont l’examen au Parlement commence en novembre. Avec l’instabilité politique nationale, son adoption n’a rien de certain. Le texte calédonien prévoit donc une solution de repli. Si la loi n’est pas votée, la somme pourra arriver sous forme d’avances remboursables à reverser à la Cafat, qui seraient ensuite converties en subventions l’année prochaine. La prudence n’est pas de trop quand la survie des comptes sociaux dépend d’un vote à Paris.
Une partie de l’enveloppe financera d’autres priorités. Un milliard ira à la composante de stabilité du système électrique. Près de 900 millions reviendront aux dispositifs du pacte de refondation économique et sociale. Le reste sera réparti entre plusieurs subventions et participations : la bibliothèque Bernheim, la continuité pays assurée par le Betico, la Sécurité civile et les préparatifs des Jeux du Pacifique 2027.
Philippe Blaise, chargé du budget au gouvernement, ne cache pas que cette décision modificative a été difficile à construire. Pour lui, l’adopter aujourd’hui rassure à la fois l’État, la société civile et les entreprises. Le message est clair : malgré la tempête, la Nouvelle-Calédonie reste capable de prendre ses responsabilités.
Commande publique : les règles d’exception prolongées
Avant de parler argent, les élus avaient réglé un autre dossier, moins visible mais essentiel pour l’économie réelle. Il s’agissait de prolonger le régime exceptionnel de la commande publique.
Ce cadre dérogatoire a été créé en avril 2025, au lendemain des violences insurrectionnelles de 2024. Il fallait reconstruire vite, et les procédures habituelles ralentissaient les chantiers. Le dispositif a donc donné de la souplesse aux entreprises et aux collectivités.
Le texte reconduit ce cadre et le modifie sur plusieurs points. Une collectivité peut désormais conclure sans publicité ni mise en concurrence un contrat allant jusqu’à 10 millions de francs, contre 8 millions auparavant. Une limite demeure : elle ne doit pas confier systématiquement ses contrats à la même entreprise.
Pour les travaux, le plafond passe à 100 millions de francs, avec deux niveaux de procédure. Les marchés compris entre 10 et 40 millions suivent une procédure simplifiée. Ceux compris entre 40 et 100 millions relèvent d’une procédure adaptée.
Le texte vise aussi les petits patrons. Toute entreprise titulaire d’un marché de travaux de plus de 40 millions doit confier, directement ou non, au moins un dixième de l’exécution à des structures de moins de 15 salariés. C’est un bon moyen de faire profiter l’artisanat local de la commande publique.
Les loyalistes ont déposé un amendement dans la matinée pour éviter un effet pervers. Il permettrait aux collectivités de lever cette obligation, notamment lorsque les petites entreprises n’ont pas les moyens de réaliser le travail. Une règle doit pouvoir s’appliquer concrètement.
Le gouvernement voulait prolonger le dispositif pendant deux ans. Un amendement suggérait de s’en tenir à une seule année, puis d’évaluer les résultats. L’idée est simple : un régime dérogatoire doit prouver son utilité avant d’être reconduit.
Le vrai débat : en finir avec la perfusion
Le vote a été unanime, mais les élus n’en tirent pas les mêmes conclusions.
Florentin Dedane, élu indépendantiste du groupe Kanaky NC, y voit la preuve que la crise est profonde et qu’elle dure. Selon lui, le pays ne peut pas vivre d’un budget de survie à l’autre. Il demande au gouvernement de mener les réformes annoncées dans le discours de politique générale du 24 août et d’accélérer la préparation du contrat de désendettement.
Milakulo Tukumuli a répété que des textes seraient déposés avant le 31 décembre. Il a aussi averti qu’aucun remède miracle ne ferait disparaître les déficits structurels. Le président du gouvernement s’est donc engagé publiquement sur un calendrier et devra le tenir.
Sonia Backès est allée plus loin. Pour la présidente de la province Sud, ce nouveau soutien montre que le pays n’a jamais autant dépendu de l’État. Elle défendait déjà cette idée lors du débat d’orientation budgétaire de la Maison Bleue : il faut se donner les moyens de l’autonomie financière.
Pour la cheffe de file des Loyalistes, cela passe par l’argent qui vient de l’extérieur, donc par les exportations, en particulier minières. Cela suppose aussi de rendre de nouveau le territoire attractif, car il manque désormais de consommateurs.
Le diagnostic est sévère, mais il est juste. La solidarité nationale a encore joué son rôle. Elle ne remplacera jamais une économie qui produit, exporte et retient ses habitants. Les comptes sociaux sont financés jusqu’en février. D’ici là, les élus devront montrer qu’ils ont compris le message.
(Crédit photo : Congrès de la Nouvelle-Calédonie)



