Le Caillou, champion de France du rodéo ?

Résumé IA
Le 14 novembre, Boulouparis célèbre les 50 ans du rodéo en Nouvelle-Calédonie, un événement organisé par l’UAR-NC. Le premier rodéo du territoire a eu lieu à Pouembout en 1976, initié par le cavalier Patrick Ardimani. La province Sud finance les aménagements du site, dont les gradins, réalisés par l'entreprise locale FKO.
Cinquante ans de poussière, de cornes et de cran. Le 14 novembre, c’est à Boulouparis que la Brousse fêtera les noces d’or de son rodéo.
Boulouparis met le site en ordre de bataille
Il y a des anniversaires qui ne se ratent pas.
Le samedi 14 novembre, Boulouparis accueillera les 50 ans du rodéo en Nouvelle-Calédonie, un événement organisé par l’UAR-NC, l’Union des associations de rodéo de Nouvelle-Calédonie.
Au programme, l’esprit cowboy et l’ambiance américaine. Mais derrière les chapeaux et les bottes, c’est surtout un demi-siècle d’histoire calédonienne que la commune s’apprête à honorer.
Une histoire de Brousse, de bétail et de familles.
Une histoire qui ne doit rien aux modes.
Sur place, les équipes communales travaillent depuis plusieurs semaines pour préparer le terrain et recevoir le public dans de bonnes conditions.
Le chantier le plus visible ? Les gradins.
C’est une entreprise du cru, FKO, basée à Boulouparis, qui façonne actuellement des gradins naturels autour du carré. L’objectif est simple : que chaque spectateur puisse suivre les rodéomen sans perdre une seconde du spectacle.
Et des secondes, justement, il n’y en a que huit à tenir.
Ces aménagements sont financés à 100 % par la province Sud, que la commune a tenu à remercier publiquement pour son soutien.
Une entreprise locale, une commune qui retrousse ses manches, une collectivité qui assume de soutenir une tradition populaire : voilà un schéma que beaucoup aimeraient voir plus souvent.
Pas de grands discours. Du travail, du terrassement, et un rendez-vous fixé.
Pouembout, 1976 : la naissance d’un rodéo « sauvage »
Pour comprendre ce que l’on fêtera le 14 novembre, il faut remonter le temps.
Direction Pouembout, le 25 septembre 1976.
Ce jour-là se tient le tout premier rodéo de Nouvelle-Calédonie. À l’origine de l’initiative, le cavalier Patrick Ardimani. Sur les clichés d’époque, publiés dans le quotidien La France australe, on aperçoit notamment le rodéoman Mario Metzdorf en pleine action.
Les conditions n’ont rien à voir avec celles d’aujourd’hui.
Le bétail était attrapé directement dans les paddocks. Les cornes n’étaient même pas coupées. Et la plupart des hommes qui montaient ce jour-là n’avaient jamais vraiment pratiqué le rodéo.
Pas de casque. Pas de gilet. Pas d’assurance.
Les blessures étaient fréquentes, bras et jambes cassés compris, mais l’objectif restait le même qu’aujourd’hui : tenir huit secondes sur le dos de l’animal. Le soir, tout se terminait par un bal, et presque toutes les familles de Pouembout étaient de la partie.
Philippe Bertoni, éleveur de la vallée de Cibou, avait 16 ans à l’époque. Spectateur de ce premier rodéo, il a confié aux Nouvelles calédoniennes son émotion en redécouvrant ces images : « Ça rappelle tous nos vieux qui ont lancé le rodéo. »
Tout est dit.
Ces photos ont d’ailleurs été exhumées des archives de la Nouvelle-Calédonie par la bibliothèque Bernheim, puis exposées cette année au château Grimini, à Pouembout, avec le soutien de la mairie.
Un patrimoine que la Brousse n’a pas oublié.
D’un défi entre éleveurs à un sport encadré
Cinquante ans plus tard, le rodéo est devenu l’un des piliers de l’identité calédonienne.
La discipline rayonne sur tout le territoire et s’est imposée comme l’animation phare des foires agricoles. La Foire de Bourail, qui réunit environ 25 000 visiteurs chaque année, en a fait l’un de ses temps forts.
Un chiffre mérite d’être retenu : selon France Télévisions, le Caillou compte le plus grand nombre de pratiquants de rodéo de tout le territoire français.
Ici, les cow-boys calédoniens montent des chevaux sellés, des bœufs, et des taureaux qui pèsent parfois près de 900 kilos. Un sport qui se transmet de génération en génération, au sein des familles.
Le temps du rodéo improvisé est révolu.
Aujourd’hui, les concours se jouent devant deux juges, l’un de l’UAR-NC, l’autre de la Fédération calédonienne de rodéo. Les concurrents doivent avoir au moins 18 ans, être adhérents et assurés. Les éperons sont contrôlés avant chaque monte pour ne pas blesser l’animal, les cornes des bœufs sont coupées, et les rodéomen passent un test d’alcoolémie avant d’entrer dans le carré.
La formation, elle, reste un défi. Faute de structures suffisantes sur place, des professionnels sont régulièrement invités d’Australie pour accompagner les jeunes.
Le cadre réglementaire a lui aussi évolué.
La délibération n° 184/CP du 3 octobre 2025, adoptée par la commission permanente du Congrès sur les manifestations sportives, intègre désormais le rodéo. Un arrêté du gouvernement du 6 mai 2026 en a fixé les règles techniques et de sécurité : certificat médical obligatoire pour les participants, femelles en gestation exclues, carré d’au moins 50 mètres sur 30, sans angle droit.
De quoi protéger les hommes comme les bêtes, sans dénaturer l’esprit.
Car au fond, rien n’a changé.
Le rodéo calédonien reste ce qu’il était en 1976 : l’expression d’un monde rural qui travaille, qui prend des risques et qui ne demande à personne la permission d’exister. Une culture de stockmen, de paddocks et de courage, fièrement calédonienne et pleinement française.
Le 14 novembre, à Boulouparis, ce sont ces cinquante années que le public viendra applaudir.
Huit secondes à la fois.
(Crédit photo : U.A.R-N.C)



