Enfants privés de cantine ? Le Congrès paie

Résumé IA
Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie vote 100 millions de francs pour renflouer la DDEC, menaçant de priver des enfants de cantine. Sonia Backès critique le manque de transparence de l'institution, tandis que Jordan Courtot exige des résultats. L'aide reste conditionnée à une meilleure gestion.
Cent millions de francs pour que des enfants puissent encore manger à midi. Et toujours pas l’ombre d’un compte rendu sérieux de la part de la DDEC.
Les Calédoniens paient, encore une fois
Il faut appeler les choses par leur nom.
Le vendredi 30 octobre, après une séance interminable, les 54 élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie ont voté une enveloppe de 100 millions de francs pour renflouer la trésorerie de la DDEC. Ils n’avaient guère le choix : la DDEC venait d’écrire aux familles qu’à partir du 16 novembre, les enfants dont les factures de cantine ne seraient pas à jour ne seraient plus servis.
Des enfants menacés de privation de repas. Voilà où mène la dérive d’une institution.
Philippe Blaise, membre du gouvernement chargé du budget, a tout résumé :
Il a fallu faire les fonds de tiroir.
Dans un budget 2026 déjà exsangue, il a fallu racler les dernières marges pour éponger les difficultés d’une structure qui, de toute évidence, ne sait plus tenir ses comptes.
L’amendement, porté par le groupe Les Loyalistes, a fait consensus. Il le fallait. On ne fait pas payer à un enfant de six ans les errements d’une direction.
Mais voter pour les élèves ne veut pas dire absoudre la DDEC, et l’hémicycle l’a rappelé avec force.
Sonia Backès refuse le récit du « tout va bien »
C’est Sonia Backès, présidente de la province Sud, qui a ouvert le feu. Elle soutient l’amendement, elle l’a dit clairement. Elle a pourtant tenu à « mettre un petit bémol » sur le prétendu caractère exemplaire des efforts de la DDEC : « On part de loin ».
Puis elle a posé le problème de fond. La province Sud n’a toujours pas les éléments « exigés et exigibles » pour verser correctement sa contribution. Une collectivité doit donc financer une institution qui ne lui fournit pas les pièces nécessaires. C’est inacceptable.
Revenue à la tribune, Sonia Backès a refusé que l’on quitte la salle avec l’illusion que tout était réglé. « Ce n’est pas ça la vérité », a-t-elle martelé. Lors de l’audit, la DDEC n’a pas fourni tout ce qui lui était demandé, et elle n’a pas pris toutes les mesures attendues. Elle a résumé d’une phrase : ils « ne jouent pas le jeu de manière systématique ».
Elle a aussi exigé une garantie concrète. La membre du gouvernement avait annoncé que la somme serait déduite de la contribution des communes. Sonia Backès a demandé que ce soit écrit dans l’amendement, pour que cet argent « ne se perde pas dans les couloirs » de la DDEC.
Pour obtenir que l’argent public arrive bien là où on l’a voté, il faut désormais l’inscrire dans le texte. Cela suffit à mesurer l’état de la confiance.
Elle n’est pas seule. Jordan Courtot, pour Le Rassemblement, a voté l’amendement tout en révélant que son groupe n’avait pas encore eu accès à l’audit. Il a appelé à « continuer à exiger de la transparence », du travail et des résultats. L’aide doit rester exceptionnelle et aller « pour les enfants et rien d’autre ». Il faut, selon lui, maintenir la pression.
Des parachutes dorés au-dessus des cantines vides
Rien de tout cela ne surprend.
Dès le début de l’année, la province Sud avait prévenu dans un communiqué : elle maintenait son financement, mais exigeait une transparence financière et une gestion claire. Sa doctrine tenait en une ligne, les subventions ne peuvent plus compenser une gouvernance déficiente.
Le malaise remonte d’ailleurs à 2025. La Dépêche de Nouméa avait alors révélé que des « parachutes dorés » estimés entre 50 et 60 millions F CFP auraient été versés à certains cadres dirigeants, et que des salaires mensuels dépassant 2 millions F CFP auraient été maintenus au sein de la direction.
On ne peut pas lire ces chiffres sans penser à ces familles prévenues que leurs enfants pourraient ne plus déjeuner à l’école.
Le contraste est indécent.
La Nouvelle-Calédonie traverse une période où chaque franc public doit être justifié. Les Calédoniens font des efforts et les collectivités serrent les dépenses. Le gouvernement en est réduit, de l’aveu même de son membre chargé du budget, à faire les fonds de tiroir. Dans ce contexte, une institution qui tarde à transmettre ses pièces et applique les recommandations de l’audit au compte-gouttes n’a plus droit à l’indulgence.
La solidarité envers les élèves n’est pas négociable. La complaisance envers ceux qui gèrent mal ne doit plus l’être non plus.
Les 100 millions sont votés. Il faut maintenant un audit transmis au Congrès, des comptes lisibles et une traçabilité totale de chaque franc versé. Sans cela, la prochaine fois, ce ne seront plus les fonds de tiroir qu’il faudra racler, mais la patience des Calédoniens.



