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Au delà du récif

Ils ne savent pas lire

1 novembre 2026 à 10:00
5 min de lecture
Ils ne savent pas lire

Résumé IA

En 2025, la Journée défense et citoyenneté révèle que 6 % des jeunes sont en situation d’illettrisme et 13,7 % ont des difficultés de lecture, des chiffres stables ou en légère hausse. Les garçons sont plus touchés que les filles, et les difficultés se concentrent dans le nord de l’Hexagone et les outre-mer, avec des pointes à Mayotte et en Guyane.

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Un jeune Français sur sept a encore du mal à lire à l’âge où il passe le permis.

Les résultats de la JDC 2025 sont publiés, et ils n’ont presque pas bougé depuis l’an dernier. C’est bien ce qui inquiète.

Ça ne s’améliore pas.

En 2025, 6 % des jeunes passés par la Journée défense et citoyenneté sont en situation d’illettrisme. C’est exactement le chiffre de 2024. Pour les difficultés de lecture, la part monte même un peu, de 13,4 % à 13,7 %. Une hausse légère, mais une hausse quand même.

Ces chiffres ne viennent pas d’un sondage. 785 600 jeunes ont passé le test d’évaluation de la lecture, qui fait partie de la JDC. Cette journée est obligatoire pour tous les jeunes de nationalité française âgés de 16 à 18 ans. La photographie couvre donc une génération entière.

Ils sont publiés dans une note d’information du service statistique ministériel de l’Éducation nationale, datée du 8 octobre 2026. Ses conclusions sont claires : les garçons sont plus touchés que les filles, et la moitié nord de l’Hexagone comme les outre-mer s’en sortent nettement moins bien que le reste du pays.

La maîtrise du français n’est pas une compétence parmi d’autres. On en a besoin pour lire un contrat, comprendre une loi, remplir un formulaire, voter en sachant pour quoi. Un jeune qui ne lit pas correctement à 17 ans entre dans la vie de citoyen avec un vrai handicap. La République ne peut pas s’y résigner.

Le niveau d’études, facteur décisif

Un fait ressort plus que les autres : plus on avance dans les études, moins on a de difficultés en lecture. Le constat n’a rien d’étonnant, mais il est accablant.

Chez les jeunes en difficulté de lecture, 55 % n’ont pas dépassé le collège. Un peu plus d’un tiers, 35 %, ont un niveau CAP ou BEP. Seuls 5 % suivent une filière générale ou technologique au lycée, ou des études supérieures.

Le cas des décrocheurs est encore plus frappant. Parmi les jeunes de la JDC 2025, 6 % ont quitté l’école sans diplôme supérieur au brevet. Dans ce groupe, 37 % ont des difficultés de lecture et 19 % sont en situation d’illettrisme. Près d’un sur cinq.

Le redoublement en dit long, lui aussi. Chez les jeunes qui ont un an de retard, 26 % ont des difficultés de lecture, dont 12 % en situation d’illettrisme. Chez ceux qui n’ont pas de retard, la proportion tombe à 9 %, dont 3 % d’illettrés.

Le constat est simple. Les difficultés apparaissent tôt, elles s’aggravent avec le temps et elles finissent par exclure.

On ne parle pas ici de fatalité sociale ni d’un discours d’excuse. On parle de l’apprentissage de base, le plus élémentaire qui soit : lire. C’est la première mission de l’école, avant tout le reste.

Il y a aussi un écart entre les sexes. 16 % des garçons ont des difficultés de lecture, contre 12 % des filles. Chez les jeunes encore scolarisés, l’écart se maintient : 13 % des garçons et 10 % des filles.

Il faut aussi le dire, ce n’est pas tout noir. 76 % des jeunes sont jugés « lecteurs efficaces ». La grande majorité lit donc bien. Cela prouve que l’école sait transmettre quand elle s’en donne les moyens, et cela rend d’autant plus difficile à accepter qu’une partie de la jeunesse reste en arrière.

Nord, Seine-Saint-Denis, outre-mer : une carte qui fâche

Les difficultés ne sont pas réparties de la même façon sur le territoire.

Elles sont plus fréquentes dans la moitié nord de l’Hexagone et dans les départements autour de l’Île-de-France. Elles touchent 19 % des jeunes dans l’Aisne, 18 % dans l’Aube, 17 % dans la Somme et dans l’Oise.

En Île-de-France, l’écart d’un département à l’autre est énorme. À Paris, 7 % des jeunes ont des difficultés. En Seine-Saint-Denis, c’est 19 %, presque trois fois plus. Les deux territoires sont voisins, mais leurs résultats sont très éloignés.

Puis viennent les outre-mer, où les chiffres sont d’un tout autre niveau.

À La Réunion, 32 % des jeunes ont des difficultés de lecture. 33 % en Guadeloupe, 36 % en Martinique. À Mayotte et en Guyane, on dépasse la moitié : 52 % à Mayotte, 53 % en Guyane.

Dans ces deux territoires, plus d’un jeune Français sur deux ne lit pas correctement au moment de sa Journée défense et citoyenneté.

Ces chiffres ne doivent pas servir d’excuse ni de prétexte au découragement. Ils doivent pousser à agir. Ces jeunes sont Français, comme ceux de Paris ou de Lyon. Ils ont droit à la même école et aux mêmes exigences.

L’égalité républicaine se joue concrètement, en classe, devant un texte qu’il faut savoir lire.

La JDC a été pensée comme un moment de citoyenneté. Elle sert désormais aussi de révélateur. Chaque année, elle mesure ce que l’école a transmis ou n’a pas transmis. En 2025, cette mesure montre que rien n’a bougé.

(Crédit photo : Adobe Stock)