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L'actualité locale

Chantiers à moitié prix : qui paie ?

6 novembre 2026 à 08:05
5 min de lecture
Chantiers à moitié prix : qui paie ?

Résumé IA

Des marchés publics en Nouvelle-Calédonie sont attribués avec des écarts atteignant -50 % par rapport aux estimations, un phénomène que la CPME-NC dénonce comme du dumping. L'organisation patronale réclame l'application de garde-fous, notamment l'exclusion des offres jugées anormalement basses, et des critères favorisant les entreprises locales.

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Des chantiers attribués à moitié prix, en pleine reconstruction. Ce n’est pas une bonne affaire pour le contribuable, c’est une bombe à retardement pour l’économie calédonienne.

Le moins-disant, une fausse économie

Au lendemain des événements de 2024, personne ne contestait le diagnostic.

Les entreprises calédoniennes encaissaient des surcoûts considérables. Il fallait reconstruire des outils de travail partis en fumée, absorber la flambée des charges, tenir dans un contexte économique sans équivalent.

Les premières concertations avaient d’ailleurs tranché la question noir sur blanc : il fallait intégrer un ajustement d’environ +20 % dans les estimations pour coller à cette nouvelle réalité.

Quelques mois plus tard, le tableau est méconnaissable.

Des marchés sont aujourd’hui attribués avec des écarts de -20 %, de -30 %, et parfois même de -50 % par rapport aux estimations. Comment justifier un tel grand écart ? La question mérite d’être posée, et elle l’est désormais publiquement.

Dans son mémorandum pour une commande publique responsable, la CPME Nouvelle-Calédonie ne mâche pas ses mots.

L’organisation patronale relève que certaines offres retenues correspondent à des niveaux de prix comparables à ceux du début des années 2000. Depuis, le coût des matériaux, du transport, de l’énergie, des assurances et de la main-d’œuvre a pourtant fortement augmenté. Cherchez l’erreur.

Avec l’effondrement de la commande privée et des trésoreries exsangues, la commande publique est devenue l’un des derniers leviers capables de maintenir l’activité. L’utiliser pour organiser une course au rabais, c’est scier la branche sur laquelle tout le monde est assis.

Encore faut-il avoir le courage de regarder la réalité en face.

Les entreprises elles-mêmes participent parfois à cette spirale du prix le plus bas pour décrocher un contrat. La CPME-NC ne le cache pas. Mais à force de casser les prix, c’est toute l’économie locale qui se fragilise.

Pour l’organisation, ces tarifs ne traduisent aucune efficacité supérieure. Elle parle sans détour d’un dumping qui détruit les compétences locales, condamne des entreprises à la faillite et dégrade la qualité comme la pérennité des ouvrages publics.

Le constat va plus loin. Certaines consultations exigent des niveaux de chiffre d’affaires hors de portée du tissu calédonien, alors que les savoir-faire existent sur place. Résultat : de grands groupes ou des filiales de groupes internationaux raflent la mise… avant de sous-traiter une large part des prestations à des entreprises locales qui auraient pu répondre directement.

Ajoutez à cela des procédures complexes, des délais de paiement dépassant fréquemment les 30 jours réglementaires et des appels d’offres parfois publiés hors de la plateforme marchespublics.nc. Le cocktail est explosif pour les petites structures.

Emploi, recettes, trésorerie : ce que coûte vraiment le prix cassé

Attribuer au juste prix n’a rien d’un caprice corporatiste. Il s’agit de protéger trois piliers sans lesquels aucune reconstruction ne tient debout.

Le premier, c’est l’emploi. Une entreprise qui travaille sans marge ne peut ni garder ses équipes, ni préserver ses compétences, ni verser des rémunérations correctes. Comme le rappelle la CPME-NC, une entreprise saine est une entreprise qui dégage des bénéfices pour durer et valoriser ses salariés. Une évidence qu’il semble utile de rappeler.

Le deuxième, ce sont les recettes du pays.

Moins de valeur créée localement, c’est mécaniquement moins de TGC, moins d’impôt sur les sociétés et donc moins de moyens pour financer les services publics. Le rabais d’aujourd’hui se paie demain, dans les comptes de la collectivité.

Le troisième, enfin, c’est la trésorerie des entreprises. Aucun artisan, aucune TPE-PME ne peut travailler durablement à perte. Personne.

L’argent public mobilisé pour la relance doit servir à reconstruire pour longtemps. Pas à financer une concurrence qui détruit la valeur.

Les propositions de la CPME-NC pour remettre de l’ordre

L’organisation ne se contente pas de dénoncer. Elle rappelle d’abord que la Nouvelle-Calédonie dispose déjà de garde-fous contre les offres anormalement basses, et réclame qu’ils soient enfin appliqués avec rigueur.

Sa ligne rouge est claire : toute offre inférieure de plus de 25 % à l’estimation de la maîtrise d’œuvre ou à la moyenne des offres recevables devrait être considérée comme anormalement basse, entraîner son exclusion et faire l’objet d’une analyse approfondie. Une simple confirmation écrite du candidat ne suffit plus.

La CPME-NC plaide aussi pour des critères pondérés, y compris pour les marchés de moins de 100 MF. Un critère « entreprise locale » de 3 points garantirait que le titulaire paie ses impôts ici. Un critère de performance sociale récompenserait les entreprises en règle avec la CAFAT, et une attestation CAFAT récente serait exigée dès le dépôt de l’offre, et non après l’attribution.

Côté transparence, l’organisation demande une base de données centralisée des pièces administratives des marchés, sur le modèle d’un suivi numérique de type CHORUS, ainsi que la publication systématique de tous les appels d’offres sur marchespublics.nc.

Il ne s’agit pas de fermer la porte à la concurrence. L’objectif affiché est de faire enfin peser l’intérêt économique du territoire dans les décisions d’attribution.

La CPME-NC parle de « mirage » à propos des prix cassés. Le mot est juste.

La commande publique doit irriguer l’économie réelle, soutenir ceux qui emploient en Calédonie et permettre à la reconstruction de créer de la valeur ici. Sortir du moins-disant à tout prix n’est pas un luxe. Le juste prix est une condition de la reconstruction.

(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)