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Au delà du récif

30 % promis, moins de 1 % tenu

6 novembre 2026 à 10:00
4 min de lecture
30 % promis, moins de 1 % tenu

Résumé IA

La Cour des comptes européenne publie un rapport sévère sur la protection des mers de l’UE, jugeant l’objectif de 30 % de zones protégées d’ici à 2030 peu probable d’être atteint. Environ 14 % des eaux sont désignées protégées, mais moins de 1 % le sont strictement, et le réseau manque de cohérence.

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Bruxelles avait promis 30 % de mers protégées d’ici à 2030. Pour l’instant, la réalité est loin du compte.
La Cour des comptes européenne vient de publier un constat sévère pour la Commission.

Un réseau qui existe surtout sur le papier

Les annonces étaient ambitieuses. Les résultats, beaucoup moins.

Dans un rapport publié le 26 octobre 2026, la Cour des comptes européenne estime que l’Union européenne a « peu de chances » d’atteindre ses objectifs de conservation du milieu marin d’ici à 2030. Le jugement est sévère, et il vient d’une institution européenne, pas de ses détracteurs.

Il faut d’abord mesurer l’ampleur de ce qui est en jeu. Les mers de l’UE couvrent environ cinq millions de km². C’est à peu près un million de km² de plus que la superficie terrestre de l’Union.

En 2023, 13,7 % de ces eaux marines (hors territoires d’outre-mer) étaient désignées comme zones marines protégées. Sur le papier, la progression existe. Dans les faits, elle ne suffit pas.

Les outils ne manquent pas. En plus des sites Natura 2000, l’Union compte 6 610 zones marines protégées nationales, qui couvrent 243 600 km² et doivent préserver la biodiversité et les écosystèmes.

Leur superficie a augmenté. Mais pour les auditeurs de Luxembourg, ce n’est pas le problème.

Selon la Cour, « l’UE n’a pas encore mis en place de réseau d’aires marines protégées qui assure une protection efficace du milieu marin ». Elle relève un « décalage persistant » entre les objectifs réglementaires et les résultats obtenus en matière de conservation.

C’est le principal enseignement du rapport. Et c’est un défaut bien connu de la machine bruxelloise : on fixe des cibles, on multiplie les labels, puis on constate que le terrain n’a pas suivi.

30 % promis, moins de 1 % strictement protégé

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

La stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité prévoit de protéger 30 % des eaux marines de l’Union d’ici à 2030, dont 10 % sous protection stricte.

Où en est-on ? D’après les estimations disponibles, environ 14 % de ces eaux sont aujourd’hui désignées comme zones marines protégées. La protection stricte, elle, concerne moins de 1 % des eaux, bien en deçà des 10 % visés pour 2030.

À quatre ans de l’échéance, l’écart n’a rien d’un détail. Il ressemble à un échec annoncé, et la Cour des comptes européenne le dit sans détour.

Le retard ne s’explique pas seulement par des zones jamais désignées, ou désignées trop tard. Le rapport va plus loin : le label ne garantit pas une protection réelle, parce que le réseau existant manque de cohérence.

Les auditeurs évoquent ainsi « des résultats médiocres en matière de conservation ». Les habitats hauturiers et les eaux profondes sont particulièrement mal protégés.

Le rapport cite aussi la pêche, qui peut dégrader les fonds marins et nuire à la biodiversité. Or les restrictions de pêche ne s’appliquent qu’à une petite partie des zones protégées.

Autrement dit, une zone peut être classée « protégée » sans que les activités qui l’abîment y soient vraiment encadrées. C’est de l’affichage plus qu’une politique.

Les remèdes proposés par la Cour

Devant ce constat, la Cour des comptes européenne formule plusieurs recommandations.

Elle demande d’abord d’étendre le réseau des aires marines protégées. Elle insiste ensuite sur une exigence de bon sens : faire en sorte que les zones protégées le soient vraiment.

Elle recommande aussi de mieux associer les acteurs locaux, et d’améliorer la gestion adaptative et le suivi des zones.

Ce dernier point mérite d’être souligné. Une stratégie décidée loin des côtes, sans ceux qui vivent de la mer et la connaissent, peine à produire des effets durables. Le rapport ne l’écrit pas en ces termes, mais en demandant davantage d’implication locale, il pointe bien les limites d’une approche trop centralisée.

Une précision s’impose enfin pour le lecteur français : les chiffres européens excluent les territoires d’outre-mer. Or l’immense majorité de l’espace maritime de la France se situe justement outre-mer, dans le Pacifique, l’océan Indien ou l’Atlantique. Le bilan dressé par la Cour concerne donc avant tout les eaux du continent européen.

Ce rapport rappelle une règle simple : en matière d’environnement comme ailleurs, ce sont les résultats qui comptent, pas les annonces. Bruxelles a fixé l’objectif. Il lui reste quatre ans pour montrer qu’elle peut l’atteindre.

(Crédit photo : Lorraine Turci / Greenpeace)