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Au delà du récif

Le Pen : « On rentre dans l’URSS »

6 novembre 2026 à 05:00
4 min de lecture
Le Pen : « On rentre dans l’URSS »

Résumé IA

Jeudi, une mobilisation interprofessionnelle a réuni des manifestants à Paris et en province, avec des chiffres très divergents entre le ministère de l'Intérieur et la CGT. Le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce une conférence sociale lundi, tandis que Marine Le Pen refuse toute hausse autoritaire du SMIC, préférant des incitations aux entreprises.

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Jeudi, la rue a fait le plein. L’écart entre les chiffres de l’État et ceux des syndicats, lui, reste énorme.

Et à Paris, les casseurs étaient encore dans le cortège.

Une mobilisation hétéroclite, des chiffres qui ne se ressemblent pas

C’était le premier appel de la rentrée à toucher à la fois le public et le privé. Les syndicats voulaient une démonstration de force. Ils ont eu du monde.

Autour d’eux, un attelage disparate. Les lycéens et les étudiants, mobilisés depuis la mi-septembre. Les gilets jaunes, qui ont relancé la contestation contre la vie chère depuis trois samedis. Les agriculteurs de la Confédération paysanne, entre autres.

Puis vient la question qui revient à chaque journée de ce genre : combien étaient-ils vraiment ?

La CGT a revendiqué « près de 1,6 million de manifestants partout en France, dont 350.000 à Paris ». Le ministère de l’Intérieur, lui, comptait près de 600.000 manifestants dans tout le pays à 17 heures, sur un chiffrage non définitif.

Presque un rapport de un à trois.

Seul point d’accord entre les deux camps : c’est la plus forte mobilisation sur une seule journée cet automne. Les autorités attendaient de 500.000 à 700.000 personnes hors de Paris et de 40.000 à 80.000 dans la capitale. Les prévisions officielles ont donc été globalement tenues.

Pour comparer, en 2023, la contestation avait rassemblé certains jours près de 1,3 million de personnes selon les autorités, pendant plusieurs mois. Le compteur de jeudi reste loin de ce niveau.

Côté fonction publique, le ministère de l’Action et des Comptes publics a publié ses propres chiffres. À la mi-journée, 9,89 % des agents de l’État étaient en grève. Le taux tombe à 4,60 % dans la territoriale et à 3,93 % dans l’hospitalière.

Autrement dit, plus de neuf agents de l’État sur dix travaillaient.

Fermeté affichée, cagoules dans le cortège

Mercredi soir, Laurent Nuñez n’a pas cherché à arrondir les angles. Le ministre de l’Intérieur a mobilisé 70.000 policiers et gendarmes et promis « une réponse d’une extrême fermeté » face à d’éventuels « débordements ».

Ces moyens n’ont pas servi à rien.

À Paris, la préfecture de police a signalé la présence de « fauteurs de troubles » dans le cortège. Peu avant 16 heures, l’intersyndicale descendait de la place de la République vers la place de la Nation par le boulevard Voltaire. Sur ce trajet, des individus cagoulés ont commis des dégradations, selon la préfecture.

Les forces de l’ordre sont intervenues pour les « isoler ».

Le scénario est désormais familier. Les syndicats défilent pour les salaires, quelques groupes masqués s’en prennent à la ville, et les policiers doivent faire le tri au milieu de la foule. Les Parisiens connaissent la chanson.

Matignon ouvre la porte, Le Pen refuse la contrainte

Le soir même, l’exécutif a réagi. Dans un communiqué, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce une « conférence sociale » lundi 9 novembre à Matignon, avec les syndicats et le patronat.

Les deux parties autour de la même table. Il reste à voir ce qui en sortira.

La réponse politique la plus nette est venue d’ailleurs. En visite au salon Euronaval, à Villepinte, en Seine-Saint-Denis, Marine Le Pen a fermé la porte à la principale revendication de la CGT.

Pas question pour la candidate du RN à la présidentielle d’imposer aux entreprises une hausse du SMIC de 10 %. « On est dans une situation trop fragile pour imposer (aux entreprises) en quelque sorte, de manière autoritaire » une telle augmentation, a-t-elle déclaré à la presse.

Son argument tient à l’économie réelle. Les entreprises « ne peuvent pas y faire face », a-t-elle prévenu, et « on va assister à une vague de licenciements ».

Elle a aussi employé une formule qui a fait mouche. Forcer les patrons à augmenter les salaires, ce serait « changer de régime ». Ce serait « rentrer dans l’URSS », a-t-elle lancé, avant d’ajouter, ironique, ne pas être « absolument convaincue de l’efficacité de l’URSS ».

Marine Le Pen ne rejette pas pour autant toute hausse. Elle se dit favorable à une incitation : les entreprises qui augmenteraient les salaires de 10 % seraient exonérées des charges correspondantes. Selon elle, on peut aussi « expliquer » aux employeurs « qu’il est absolument nécessaire de le faire » et qu’il faut faire « attention à leurs salariés ».

Elle préfère donc l’incitation à l’obligation.

Ce jeudi a laissé un rapport de force réel dans la rue, des chiffres syndicaux très éloignés de ceux de l’État, et des dégradations commises une nouvelle fois en marge d’un cortège parisien. Lundi, à Matignon, chacun viendra avec ses propres chiffres.

(Crédit photo : Abdul SABOOR / REUTERS)