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Les maires sonnent l’alerte

6 novembre 2026 à 09:00
4 min de lecture
Les maires sonnent l’alerte

Résumé IA

Les maires de Nouvelle-Calédonie, réunis en assemblée générale à Païta le 5 novembre 2026, alertent sur une reprise économique fragile. L'ISEE et l'IEOM constatent un rebond de 0,7 % en 2025 après une chute historique du PIB, mais la consommation recule et l'investissement plonge. Les élus préparent leurs budgets sur un terrain instable, avec 31 % des entreprises craignant une défaillance.

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Pendant que d’autres commentent la crise, les maires gèrent ses conséquences au quotidien.
À Païta, ils ont regardé les chiffres en face, et ces chiffres ne laissent pas de place à l’autosatisfaction.

Les communes en première ligne

Ce jeudi 5 novembre 2026, la mairie de Païta a accueilli l’assemblée générale de l’Association Française des Maires de Nouvelle-Calédonie.

Autour de la table, les représentants des communes. À leurs côtés, plusieurs partenaires institutionnels venus partager leurs analyses.

Ce rendez-vous n’a rien d’une formalité. Depuis mai 2024, ce sont les maires qui encaissent, commune par commune, le choc d’une crise qu’ils n’ont pas provoquée. Ce sont eux qu’on appelle quand les services ne suivent plus, quand les entreprises ferment, quand les familles s’inquiètent.

La matinée a d’abord porté sur la vie interne de l’association. Son fonctionnement, sa place dans les organismes extérieurs, son calendrier des prochains mois. Des sujets techniques en apparence, mais qui conditionnent la capacité des élus locaux à peser là où les décisions se prennent.

Puis la parole a été donnée aux intervenants.

L’Institut de la statistique et des études économiques et l’Institut d’émission d’outre-mer ont dressé ensemble le tableau économique du territoire. Le chercheur Régis Pradal, de Social Fabric Lab, a présenté ses travaux. La Direction de la sécurité civile et de la gestion des risques du gouvernement a détaillé ses missions. Enfin, la Mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie a exposé l’état de ses travaux, rappelant au passage que l’État reste un acteur engagé auprès du territoire.

Économie, cohésion sociale, sécurité civile, présence de l’État. Une matinée qui couvrait, au fond, tout ce dont une commune a besoin pour tenir.

Après le choc de 2024, un rebond qui ne trompe personne

Le cœur de la rencontre, c’est la présentation conjointe de l’ISEE et de l’IEOM. Elle a remis les événements de mai 2024 à leur juste place : celle d’un séisme économique.

En 2024, le PIB calédonien s’est contracté de 13,5 %. Une chute historique.

Il faut mesurer ce que représente un tel chiffre. Des années de travail, d’investissements et d’emplois balayées en quelques mois. Les émeutes n’ont pas seulement détruit des bâtiments, elles ont abîmé l’outil productif de tout un territoire.

En 2025, l’économie a retrouvé un peu d’air, avec un rebond de 0,7 %. Modeste. Et surtout porté par les échanges extérieurs plutôt que par la vitalité intérieure.

Autre signal encourageant : le climat des affaires s’améliore. Son indicateur a atteint 105,6 points au deuxième trimestre 2026. C’est la première fois depuis plus de deux ans qu’il repasse au-dessus de sa moyenne de longue période.

Les chefs d’entreprise relèvent donc la tête. Ceux qui sont restés, ceux qui ont reconstruit, ceux qui ont refusé de baisser les bras méritent qu’on le souligne.

Mais il serait irresponsable de s’en tenir là.

La consommation des ménages recule encore de 0,9 %. L’investissement, lui, plonge de 12,5 %. Quand on n’investit plus, on prépare mal l’avenir. Et quand les ménages consomment moins, c’est le commerce de proximité qui souffre en premier.

Le chiffre le plus parlant est peut-être celui-ci : au deuxième trimestre 2026, 31 % des entreprises interrogées craignaient encore une défaillance dans les douze mois suivants. Près d’une sur trois.

Voilà la réalité. Une reprise existe, mais elle reste fragile, et elle ne doit rien au hasard. Elle tient à la résistance de ceux qui produisent.

Des budgets communaux à bâtir sur un terrain instable

Pour les maires, ces données sont tout sauf abstraites. C’est sur ce socle qu’ils doivent construire leurs politiques publiques, boucler leurs budgets et continuer à accompagner leurs administrés.

Préparer un budget quand l’investissement recule et que les entreprises doutent, c’est faire des choix difficiles. Il faut maintenir les services essentiels sans alourdir la charge qui pèse sur des contribuables déjà fragilisés.

Les communes n’ont pas le luxe des postures. Elles doivent gérer, avec sérieux, ce qui leur est confié.

C’est aussi tout l’intérêt de ce type de rencontre. Partager des chiffres fiables, entendre les services de l’État et du gouvernement, échanger entre élus de toutes les communes. Le pragmatisme plutôt que la plainte.

La présence de la sécurité civile n’était pas anodine non plus. Gérer les risques, anticiper les crises, protéger la population : ce sont des missions dans lesquelles les maires jouent un rôle de premier plan.

La Nouvelle-Calédonie se relève lentement. Elle le fera grâce au travail, à la stabilité et à l’engagement de ceux qui, sur le terrain, refusent de se résigner.

Les maires, eux, ont déjà rendez-vous. La prochaine réunion de l’AFM-NC se tiendra le 11 décembre 2026 à l’Île des Pins.

(Crédit photo : AFM-Association Française des Maires de Nouvelle-Calédonie)