Ils voulaient tuer le roi

Résumé IA
Le complot catholique de la Conspiration des Poudres, mené par Robert Catesby et Guy Fawkes en 1605, vise à tuer le roi Jacques Ier et le Parlement à Londres. Une lettre anonyme à Lord Monteagle fait échouer le projet, et Guy Fawkes devient un symbole de révolte pour les militants d’Anonymous.
Ils voulaient pulvériser le roi, ses ministres et le Parlement d’un seul coup.
Quatre siècles plus tard, le visage de celui qui devait allumer la mèche est devenu une icône de la contestation.
Aux origines d’un complot : la foi devenue poudrière
Londres, 5 novembre 1605. Dans les caves du Parlement de Westminster, des barils de poudre attendent. Au-dessus, le roi doit ouvrir la séance inaugurale en présence de ses ministres. Il s’en faut de très peu pour que l’Angleterre perde d’un coup son souverain et tout son gouvernement.
Ce jour-là, on découvre ce que l’Histoire appellera la Conspiration des Poudres, le « Gunpowder Plot » des Anglais. Ses auteurs sont d’anciens officiers catholiques, et leur objectif tient en une phrase : décapiter l’État.
Pour comprendre leur geste, il faut remonter soixante-dix ans en arrière. En 1534, Henri VIII se proclame chef suprême de l’Église et du clergé d’Angleterre. Il rompt avec Rome, et l’Église anglicane voit le jour. À partir de ce moment, la question religieuse devient une question de pouvoir, et tout catholique est soupçonné d’obéir à un souverain étranger : le pape.
En 1603, Jacques Ier monte sur le trône et continue de persécuter les catholiques pour asseoir la suprématie anglicane dans son royaume. Plus ils sont persécutés, plus certains se radicalisent. C’est un engrenage connu. Il ne justifie rien.
Robert Catesby, le cerveau, et un plan pour tout faire sauter
Parmi ces catholiques radicalisés, un homme se détache : Robert Catesby. C’est lui qui conçoit le complot. Il réunit autour de lui une poignée de conjurés et leur projet ne laisse aucune place au doute : faire sauter le Parlement, tuer le roi, puis installer une régence favorable aux catholiques.
Il ne s’agit pas de protester ni de négocier. Ils veulent anéantir d’un seul coup les institutions d’un pays.
Le plan est méthodique. Les conjurés entreposent en secret des barils de poudre dans les caves de Westminster. Il faut quelqu’un pour mettre le feu. Ce sera Guy Fawkes, un ancien soldat, l’homme qu’on charge de la tâche la plus simple et la plus terrible.
Reste à attendre le bon jour.
Ce jour se fait désirer. La séance d’ouverture du Parlement, que Jacques Ier doit présider, est reportée plusieurs fois avant d’être enfin fixée au 5 novembre 1605. Chaque report met les nerfs des conspirateurs à l’épreuve, et leurs convictions avec.
La lettre qui a tout fait basculer
Le complot n’a pas été déjoué par un coup de génie policier. Il s’est effondré de l’intérieur.
Une lettre anonyme parvient à Lord Monteagle. Elle l’implore de ne pas se rendre au Parlement le 5 novembre. Monteagle est catholique, mais il est d’abord loyal à son roi, et il ne garde pas la lettre pour lui : il prévient Jacques Ier du complot qui se prépare contre lui.
Ce point mérite qu’on s’y arrête. Un catholique, membre de la communauté au nom de laquelle les conjurés prétendaient agir, choisit la fidélité à la Couronne plutôt que la complicité. Sa foi ne l’empêche pas d’être loyal envers son pays. Ce choix suffit à ruiner l’argument des comploteurs.
La suite va vite. Les sous-sols du Parlement sont fouillés. On y trouve les barils, et Guy Fawkes avec eux. Sous la torture, il donne le nom de ses complices. La Conspiration des Poudres a échoué.
Le roi est vivant, le Parlement debout, l’État intact. Chaque 5 novembre, les Britanniques fêtent toujours ce sauvetage avec des feux de joie, la « Bonfire Night ».
De la cave de Westminster aux masques d’Anonymous
L’histoire aurait pu s’arrêter là, avec l’échec d’une poignée de comploteurs. Elle a pris un tour bien plus étrange.
Le visage de Guy Fawkes est entré dans la culture populaire. Il sert aujourd’hui de masque au héros de V pour Vendetta, puis aux militants d’Anonymous. Le soldat qu’on avait chargé de faire exploser le cœur des institutions anglaises est devenu, pour toute une génération, le symbole stylisé de la révolte contre le pouvoir.
Le paradoxe est saisissant. Guy Fawkes ne défendait aucune liberté. Il devait servir un projet d’assassinat collectif, censé imposer par la terreur une régence choisie par une minorité. En faire une figure romantique, c’est oublier ce qu’il y avait dans ces barils.
Quatre siècles plus tard, il faut retenir autre chose de cet épisode : face à ceux qui voulaient la faire tomber, l’Angleterre a tenu bon. Un homme loyal a parlé, l’État a agi et le complot s’est arrêté dans une cave.
(Crédit photo : Havang/DP/Wikimédia commons)



