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7 % : le chiffre qui fait mal

5 novembre 2026 à 09:00
5 min de lecture
7 % : le chiffre qui fait mal

Résumé IA

À fin juin 2026, la Nouvelle-Calédonie compte 78 200 salariés, en hausse de 0,7 % sur un trimestre, portée par le secteur privé qui progresse de 1,1 %. Malgré trois trimestres consécutifs de croissance, les effectifs restent inférieurs de 14 % à leur niveau de juin 2023, et les gains ne compensent que 7 % des pertes subies.

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Trois trimestres de hausse d’affilée. Et pourtant, le compte n’y est toujours pas.
Le privé tire l’emploi calédonien, mais il manque encore 14 % des salariés de 2023.

Le privé remet la machine en route

Les chiffres sont tombés. Ceux de l’Isee, établis à partir des déclarations Cafat, et ils racontent une histoire à double tranchant.

À fin juin 2026, la Nouvelle-Calédonie compte 78 200 salariés. C’est 0,7 % de plus qu’au trimestre précédent, en données corrigées des variations saisonnières. C’est aussi le troisième trimestre consécutif de hausse.

Une bonne nouvelle ? Oui. Une reprise ? Pas encore.

Car le moteur de cette progression a un nom, et ce n’est pas l’administration. C’est le secteur privé, qui gagne 1,1 % en un trimestre pour atteindre 56 670 salariés. Le public, lui, se contente de +0,2 %, à 21 530 agents tous statuts confondus.

Autrement dit, ce sont les entreprises, les patrons, les artisans et leurs équipes qui recommencent à embaucher. Après deux trimestres de croissance timide, l’emploi privé accélère enfin.

Et la dynamique touche tout le monde. Les cinq grands secteurs du privé progressent en même temps.

L’industrie ouvre la marche avec +1,3 % et 12 170 salariés, portée par les industries manufacturières (+1,6 %). Les industries extractives, en revanche, reculent légèrement de 0,3 %. Sur le Caillou, la nuance n’est pas anodine.

L’agriculture et la construction suivent, à +0,9 % chacune. Le BTP totalise désormais 4 260 salariés et retrouve une quasi-stabilité sur un an, après deux années consécutives de baisse.

Les services hors commerce, qui pèsent à eux seuls 53 % de l’emploi privé avec 30 040 salariés, avancent de 0,6 %. Les services administratifs et de soutien bondissent de 3,1 %. L’information et la communication gagnent 3,7 %, les transports 1,3 %.

Tout ne monte pas pour autant. L’hébergement-restauration perd 2,6 %, les activités spécialisées, scientifiques et techniques 2,8 %.

Quant au commerce, il plafonne : +0,2 % sur le trimestre, 8 640 salariés. La reprise y est engagée depuis septembre 2025, mais l’emploi reste à un niveau bas.

Un gouffre encore loin d’être comblé

C’est ici que l’optimisme doit s’arrêter net.

Entre juin 2025 et juin 2026, l’emploi salarié a progressé de 940 personnes, soit +1,2 % en données brutes. Sur le papier, c’est encourageant. Dans les faits, cela ne compense que 7 % des pertes enregistrées entre 2023 et 2025.

Sept pour cent. Le chiffre mérite d’être relu.

Les effectifs restent inférieurs de 14 % à leur niveau de juin 2023. La courbe publiée par l’Isee est sans appel : les pertes se concentrent en 2024, l’année des émeutes de mai, et le redressement amorcé fin 2025 reste modeste face à ce plongeon.

Dans le privé, le constat est encore plus cru. Les 700 emplois gagnés en un an ne représentent que 6 % de ceux détruits entre juin 2023 et juin 2025. Le niveau d’avant-crise est encore très loin.

Même les services hors commerce, pourtant en meilleure forme, n’ont rattrapé que 12 % de leurs pertes malgré 520 emplois regagnés sur un an.

L’industrie gagne 100 salariés sur douze mois, mais demeure l’un des secteurs les plus touchés depuis 2023. L’agriculture, elle, perd encore une vingtaine de salariés sur un an.

Et un signal discret devrait inquiéter : le nombre d’employeurs privés continue de baisser. 9 120 employeurs à fin juin, soit -0,7 % après -0,3 % au trimestre précédent. Plus de salariés, mais moins d’entreprises pour les faire travailler.

Côté public, la progression est plus régulière depuis le troisième trimestre 2025. Sur un an, la sphère publique gagne 240 salariés. Mais l’essentiel vient des contractuels, avec 200 recrues, notamment dans les activités hospitalières. Les fonctionnaires territoriaux progressent de 50, ceux de l’État restent globalement stables.

Des entreprises qui y croient, d’autres qui tiennent à peine

Le climat économique, lui, souffle le chaud et le froid.

D’un côté, le moral des chefs d’entreprise remonte nettement. L’indicateur du climat des affaires de l’IEOM gagne 5,2 points et atteint 105,6, son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2022. Près de quatre ans qu’on n’avait pas vu ça.

De l’autre, les créations d’entreprises reculent de 3,9 % sur le trimestre. Les cessations chutent plus fortement encore, de 21 %. Moins de fermetures, donc, mais aussi moins d’audace.

Les liquidations judiciaires, elles, repartent à la hausse avec 56 dossiers sur le trimestre. L’Isee appelle toutefois à la prudence : les volumes restent faibles et ces variations sont à lire avec précaution.

Reste un indicateur qui ne trompe pas sur la fragilité du tissu économique.

Au deuxième trimestre, 217 entreprises ont sollicité l’allocation exceptionnelle de maintien dans l’emploi, l’AEME. Elles concernent 2 755 salariés potentiellement indemnisables. Au trimestre précédent, elles étaient 194, pour 2 674 salariés.

Ce dispositif a pris le relais du chômage partiel exceptionnel en juillet 2025. Qu’il soit encore autant sollicité dit tout des difficultés de certaines entreprises, deux ans après la crise.

Le message est donc clair. Ceux qui créent la richesse sont repartis au travail. Ils ont retrouvé une partie de leur confiance, et ils embauchent.

Mais 78 200 salariés, ce n’est pas la Calédonie de 2023. Pour refermer la plaie, il faudra bien plus qu’une reprise modérée trimestre après trimestre.

(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)