Feux : septembre s'emballe

Résumé IA
L’Observatoire de l’environnement recense 187 incendies depuis janvier, un chiffre dans la norme, mais septembre s’emballe avec 58 feux en trois semaines, dont un à Koumac de 630 hectares. Plus de 87 % des incendies se concentrent en province Nord. Alors qu’El Niño se renforce, la moitié de la saison reste à venir.
Pas de saison hors norme, mais un feu qui prend de la vitesse. Le dernier point de situation de l'OEIL remet les chiffres à leur place, et la vigilance au premier rang.
Une saison dans la norme, et il faut le dire
Il y a des chiffres qu'on brandit pour faire peur. Ceux-là n'en font pas partie.
Au 21 septembre 2026, l'Observatoire de l'environnement en Nouvelle-Calédonie recense 187 incendies détectés par le satellite VIIRS-SNPP depuis le début de l'année. À la même date, la moyenne des années 2012 à 2025 atteint 213 feux, la médiane 203.
Le capteur MODIS, dont les archives remontent à 2001, en compte 18. Sa médiane historique est de 25.
Verdict des deux sources : la plage habituelle. VIIRS classe 2026 au 8e rang sur 15 années, soit exactement au milieu. MODIS la place 9e sur 26, dans la moitié basse.
L'OEIL est clair : rien ne permet, à ce stade, de parler de saison exceptionnelle. Dans un paysage médiatique où l'alarme précède souvent les faits, cette rigueur mérite d'être saluée. Elle ne doit pas pour autant endormir qui que ce soit.
Car le rapport ne s'arrête pas au cumul annuel.
Septembre, le mois où tout s'accélère
Juillet : 21 nouveaux feux. Août : 41. Entre le 1er et le 21 septembre : 58.
La cadence journalière passe de 1,32 incendie en août à 2,76 en septembre. Une hausse de 108,8 %, autrement dit plus du double en trois semaines.
Autre signal, plus inquiétant encore : les records glissants de l'année tombent tous au moment où les données sont arrêtées. 28 incendies en sept jours, 39 en quatorze, 68 en trente. La courbe ne montre aucun signe de fléchissement.
À Koumac, le feu le plus étendu de 2026 s'est déclaré le 20 septembre. Son emprise, reconstituée à partir des détections satellitaires, avoisine 630 hectares. Il brûlait toujours lorsque l'OEIL a rédigé son bilan, le 22 septembre.
La majorité des départs reste pourtant fugace. Six incendies sur dix n'ont été repérés qu'une seule fois par le satellite. Une poignée d'entre eux, en revanche, s'installe dans la durée : trois ont dépassé les dix détections.
Et le calendrier ne joue pas en faveur du territoire. Selon la chronique VIIRS, 44,8 % des feux d'une année surviennent en moyenne après le 21 septembre. MODIS, sur une période plus longue, monte à 57,7 %.
Près de la moitié de la saison reste donc à venir. Le bilan actuel n'est qu'une étape.
Le Nord en première ligne, El Niño en embuscade
La géographie des flammes est sans ambiguïté. Plus de 87 % des incendies recensés se concentrent en province Nord, contre 11 % en province Sud. Ouégoa arrive en tête des communes touchées, suivie de Pouébo, Kaala-Gomen, Koné, Poindimié, Hienghène et Thio.
Le patrimoine naturel calédonien n'est pas épargné. Un premier croisement des données fait apparaître 18 feux dans des périmètres de protection des eaux et 14 dans des zones d'alerte liées à des espèces végétales menacées. Quatre concernent des secteurs de forêt sèche. Quatre autres se situent dans ou tout près d'espaces protégés : la réserve du Mont Panié, le Parc des Grandes Fougères et la zone tampon de l'aire de gestion durable des ressources de Hyabé-Lé Jao.
L'OEIL prend soin de le préciser : il s'agit de signaux préliminaires, pas d'un inventaire des dégâts. Le capteur VIIRS travaille à une résolution d'environ 375 mètres. Les images Sentinel-2, précises à 10 mètres, permettront de consolider le bilan écologique.
Reste le contexte climatique, et il n'a rien de rassurant.
Le 17 septembre, Météo-France Nouvelle-Calédonie signalait un épisode El Niño en phase croissante. Son bulletin d'août faisait état d'une température supérieure de 0,2 °C à la normale et d'un déficit de pluie de 67 %. Août 2026 se classe ainsi au 7e rang des mois d'août les plus secs depuis 1955.
Le Bureau australien de météorologie va plus loin. Le 15 septembre, il jugeait El Niño fermement établi, avec les caractéristiques d'un épisode fort. L'indice Niño 3.4 atteignait +2,51 °C pour la semaine close le 13 septembre, et un renforcement restait probable au printemps austral.
Mais le climat ne fait pas tout. L'OEIL le rappelle : la pluie, le vent, l'état de la végétation, les pratiques humaines et la prévention pèsent tout autant. La sécheresse charge le terrain. La suite relève de la responsabilité de chacun.
Le territoire dispose d'ailleurs d'un outil solide. Le dispositif développé par l'OEIL repère les anomalies thermiques, alerte les acteurs concernés et suit chaque événement, notamment via le géoportail Vulcain PRO. Il ne remplace ni la sécurité civile ni les alertes à la population, mais il donne à la Calédonie une lecture fiable et rapide de sa saison des feux.
Ni panique, ni insouciance. Les chiffres disent une saison ordinaire. Le rythme, le ciel et le calendrier disent que rien n'est joué.
(Crédit photo : mairie de Koumac)



