Présidentielle : Sébastien Lecornu, le candidat qui monte en silence

BAROMÈTRE. La vague CSA pour le JDD crédite le Premier ministre d’un regain de popularité à 34% de satisfaits ; le présidentgagne 1 point à 27%. Les Français semblent plus intéressés par la façon dont Lecornu affronte les crises que par les slogans de tribune.
Antonin André 27/06/2026

Sébastien Lecornu. © Laurent Coust/ZUMA/REA
À l’Élysée, on commente la course des petits chevaux du bloc central avec amusement et circonspection : « Il y a forcément un candidat caché que personne n’attend, et qui créera la surprise… » entend-on dans les couloirs du Palais. À Matignon, on ne commente pas. On joue l’étonnement lorsque l’on sonde l’état d’esprit du Premier ministre. « Il est concentré sur les sujets qui touchent les Français, balaie un de ses proches. Ce samedi, il ne devait pas assister à la cellule de crise sur la canicule, mais il a choisi de la présider… »
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Cette constance dans la sobriété et dans l’application besogneuse à gouverner sans esbroufe, le nez dans les dossiers, réussit plutôt bien à Sébastien Lecornu. Depuis janvier, sa cote de satisfaction remonte, doucement, mais sûrement. Mieux, en ce mois de juin marqué par les soubresauts de la crise en Iran, l’affaire Lyhanna et la canicule, il reprend trois points d’un coup pour se hisser à 34 % de satisfaits.
L’indifférence des Français
Pendant que les uns se mettent en scène dans des meetings aussi spectaculaires qu’anachroniques – on se croirait dans la dernière ligne droite avant le premier tour –, on en viendrait presque à considérer que la vraie campagne se joue à Matignon. Crise des carburants et enjeu énergétique, affaire Lyhanna et enjeu du réarmement de l’État, canicule et enjeu de la transition écologique. Répondre à ces problématiques qui touchent les citoyens dans leur quotidien revient à imposer des thèmes de campagne présidentielle, loin des slogans de tribunes et des promesses à l’emporte-pièce. D’autant qu’à un an de l’échéance, « les Français ne sont pas encore entrés dans le supermarché », constate un conseiller de l’exécutif. Et pour ceux qui y ont mis un pied, « le casting n’est pas enthousiasmant », commente un député qui, chaque week-end, sur les marchés, mesure l’indifférence des Français malgré le tapage orchestré par Gabriel Attal, Bruno Retailleau et, bientôt, Édouard Philippe.

La vague CSA pour le JDD crédite le Premier ministre d’un regain de popularité à 34% de satisfaits ; le président gagne 1 point à 27%. © CSA
Même à l’Assemblée, les parlementaires sont dubitatifs sur la précocité de la compétition comme sur le casting. Chacun soutient passivement le leader de son parti sans trop se mouiller. Une configuration qui fait le jeu du Premier ministre qui s’attache à cultiver la sobriété. Pas de grandes déclarations ou invectives à l’Assemblée, pas de micros tendus pour dramatiser les dérèglements judiciaires révélés par l’affaire Lyhanna – le garde des Sceaux ayant parfaitement fait office de paratonnerre.
Quant à la perspective glaçante du débat budgétaire dans le contexte d’endettement record du pays, Sébastien Lecornu s’y prépare, sans alerter l’opinion publique à ce stade. Chacun de ses ministres a présenté sa feuille de route, toutes fondées sur des augmentations de leur budget respectif – mais des augmentations en baisse, ce qui était censé convaincre le Premier ministre d’un effort collectif. Ce dernier a déchiré les copies. « À revoir ! leur a-t-il dit en substance. Revenez avec une ou deux priorités et des choix clairs, sinon, c’est moi qui trancherai dans le vif ! » Une posture de président, n’est-il pas ? Lors de son entrée en fonction, au début de l’automne dernier, Sébastien Lecornu glissait à chacun de ses interlocuteurs – journalistes, visiteurs, députés – qu’il n’était pas candidat à la présidentielle. Il l’a répété dans la presse, début mars. Faut-il le croire ? « Pas un politique de ce niveau qui accède à Matignon peut affirmer sérieusement qu’il n’y pense pas », affirme un ancien Premier ministre.
Changera-t-il d’avis si la confiance que lui accordent les Français continue de croître au même rythme que décroît leur appétence pour les candidats déclarés ? « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage », dit la fable de La Fontaine.
Macron, l'effet drapeau
La France au centre du jeu international au sommet du G7, à Évian, et qui renoue un dialogue apaisé avec le président américain sous les ors de Versailles, contribue à polir l’image du président. En retrait sur l’affaire Lyhanna, à propos de laquelle Emmanuel Macron n’a pas surjoué la corde émotionnelle, il n’a pas non plus rué dans les brancards à propos de la polémique qui s’ensuivit sur les dysfonctionnements qui secouent le monde judiciaire. Cantonné aux affaires internationales, le président s’astreint à l’effacement sur le plan intérieur, et continue d’en engranger les gains : depuis janvier dernier, il remonte de façon continue dans notre baromètre CSA, pour atteindre 27 % de satisfaits. Dans une posture présidentielle plus conforme à l’esprit de la Ve République, il recueille notamment 30 % de satisfaits (+ 3) parmi les sympathisants RN.
