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Le tourisme électoral commence le 3 Juillet

1 juillet 2026 à 16:00
6 min de lecture
Le tourisme électoral commence le 3 Juillet
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La France insoumise annonce dix jours sur le Caillou, du 3 au 12 juillet, au nom de « la poussée électorale récente du camp indépendantiste ». Le problème, c'est que cette poussée n'existe pas. Le 28 juin, les électeurs ont fait l'inverse exact de ce que Mathilde Panot et Bastien Lachaud viennent leur faire dire.

Il faut partir de l'intention, parce qu'elle éclaire tout le reste. Ce scrutin, le camp indépendantiste et ses relais parisiens l'attendaient comme un vote sanction. L'occasion de retirer à Sonia Backès sa légitimité avant les discussions institutionnelles, de faire du Sud un référendum contre sa gestion. En face, Nicolas Metzdorf parlait d'une chance historique de voir enfin les non-indépendantistes majoritaires. Les urnes n'ont pas hésité entre ces deux paris : elles ont pulvérisé le premier et validé le second. La délégation insoumise débarque donc pour contester une légitimité que les électeurs viennent, très précisément, de renforcer.

L'offensive sur le Sud, repoussée

L'ambition indépendantiste avait un nom : la province Sud. Celle qui concentre 75 % de la population et l'essentiel de l'économie, la seule que ce camp n'a jamais dirigée. L'ancien président du gouvernement Louis Mapou y était même candidat. Résultat : 4,13 % des voix, aucun élu.
En face, la liste de Sonia Backès, Les Loyalistes et Le Rassemblement, recueille 50,14 % des suffrages, 41 294 voix, et rafle 28 des 40 sièges de l'assemblée provinciale. La majorité absolue à elle seule, et 12 500 bulletins de plus qu'en 2019. Nicolas Metzdorf a résumé la soirée d'une formule : une majorité jamais atteinte dans le Sud depuis le RPCR de Jacques Lafleur. Ce n'est pas une image. Depuis le séisme de 2004, chaque scrutin provincial avait provoqué une alternance dans le Sud. Backès est la première responsable, en vingt-deux ans, à être reconduite. Voilà l'événement politique du 28 juin, et il ne va pas dans le sens du communiqué insoumis.

Le centre a disparu, la ligne ferme a gagné

L'autre grand fait du scrutin achève de démonter le récit de la « poussée ». Le centre non-indépendantiste, celui du dialogue et des compromis, s'est effondré. Calédonie ensemble, qui présida le Sud, ne compte plus un seul élu. Ses figures historiques avaient déjà quitté la scène. La liste de Philippe Dunoyer est restée sous la barre. L'électorat modéré ne s'est pas dispersé : il s'est rallié, en masse, à la ligne la plus ferme. Ce n'est pas la marée indépendantiste qui a monté le 28 juin, c'est le vote loyaliste qui s'est unifié et durci.

Un bloc indépendantiste en trompe-l'œil

Reste le Congrès, et c'est là que se niche le tour de passe-passe. Vingt-six sièges pour les indépendantistes, vingt-quatre pour le bloc loyaliste : à qui se contente du chiffre brut, on peut faire croire à un statu quo, voire à un avantage. La réalité est autre. Ces vingt-six sièges sont exactement ceux de 2019, aucune progression, et ils sont désormais fracturés en trois listes rivales qui ont passé la soirée à se compter les unes contre les autres.

Les tractations qui viennent, ou le vrai rapport de force

C'est en regardant la suite que l'on mesure à quel point ce camp est en position de dépendance, et non de force.

Dans le Nord, d'abord. L'Union calédonienne de Pascal Sawa arrive en tête avec dix sièges, devant l'UNI de Paul Néaoutyine (neuf) et les trois élus loyalistes, sur vingt-deux. Il en faut douze pour la présidence. L'UNI, qui vient de perdre d'un siège une province qu'elle dirigeait depuis 1999, va-t-elle voter pour installer au fauteuil l'UC qui l'a détrônée ? On imagine mal Paul Néaoutyine offrir de bonne grâce à son rival la province de sa vie. Et si l'UC cherche ses douze voix du côté des trois loyalistes, c'est le récit même de l'unité indépendantiste qui vole en éclats. Dans les deux cas, la fracture est actée.

Aux Îles, ensuite. Six sièges pour Mickaël Forrest, six pour sa sœur Omayra Naisseline, quatre-vingt-onze voix d'écart. Ce n'est pas un camp uni, c'est une affaire de famille.

Au Congrès, enfin, et c'est le vrai enjeu. La présidence se gagne à vingt-huit voix sur cinquante-quatre. Le bloc loyaliste en a vingt-quatre, les indépendantistes vingt-six, l'Éveil océanien quatre. Personne ne franchit la barre sans l'EO. Autrement dit, ce ne sera ni une poussée indépendantiste ni un raz-de-marée loyaliste qui décidera de la présidence de l'institution et de la formation du gouvernement, mais l'arbitre wallisien-futunien. Et il faut se garder d'en faire un supplétif du camp loyaliste : en 2021, c'est le positionnement de l'Éveil océanien qui a permis de porter pour la première fois un indépendantiste, Louis Mapou, à la présidence du gouvernement. L'EO ne doit rien à personne et vendra cher son ralliement.

Une réserve, par honnêteté. Le FLNKS a une longue tradition de rivalités féroces dans les urnes suivies d'unité de dernière minute au moment d'occuper les institutions ; Paul Néaoutyine lui-même vantait naguère des délibérations « presque toujours à l'unanimité ». Cette solidarité peut resurgir. Mais elle ne réglera pas le Nord, qui est un duel à somme nulle entre deux hommes pour un seul siège. Sur ce terrain, le rafistolage a ses limites.

La championne de l'écologie et le kérosène

Il y a enfin ce que le communiqué ne dit pas. Mathilde Panot est régulièrement présentée, y compris par des associations environnementales, comme la députée la plus écologiste de l'Assemblée. Deux allers-retours Paris-Nouméa en quatorze mois, cela fait beaucoup de kérosène pour un mouvement qui a fait de l'empreinte carbone son étendard, d'autant qu'une partie de ce dialogue peut se tenir dans la capitale : c'est là que Panot a reçu le président du FLNKS en décembre dernier. Reste la question, légitime, du financement : ces déplacements de groupe parlementaire reposent sur des fonds publics. Le contribuable a le droit de savoir ce que coûte une « mission » dont la conclusion semble écrite avant le départ.

Le vrai sujet, et le vrai respect des urnes

Pendant que la délégation refait le procès du dégel du corps électoral et des « coups de force » de l'exécutif, l'urgence calédonienne est ailleurs. Elle est budgétaire, sociale, immédiate. Les élus que LFI vient « consulter » devront trouver, dès l'an prochain, des dizaines de milliards pour boucler des comptes en ruine. Sur ce mur-là, le communiqué insoumis n'a rien à dire. Il importe des slogans là où le pays réclame des solutions.

Reste la démocratie, dont la délégation se réclame. Les Calédoniens ont voté le 28 juin. Ils n'ont pas dit ce que Panot et Lachaud viennent leur faire dire. Plaquer sur un scrutin un récit qu'il contredit, c'est cela, au fond, le vrai manque de respect pour le suffrage. Nos deux députés annoncent venir défendre leurs positions « auprès des forces politiques locales ». La première d'entre elles, en nombre de voix, s'appelle désormais Sonia Backès. Quelque chose nous dit que le programme des dix jours ne s'y attardera pas.

bastien lachaud

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