Une ex-cadre de la CCAT nommée à la DITTT, l'affaire judiciaire pas encore close

À compter du 29 juin 2026, Frédérique Muliava intègre la Direction des infrastructures, de la topographie et des transports terrestres (DITTT) du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, comme « chargée de mission » auprès de la direction. L'ancienne directrice de cabinet de Roch Wamytan, mise en examen dans le dossier de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), bénéficie depuis le 5 juin d'une ordonnance de non-lieu - frappée d'appel par le parquet de Paris.
La nomination
Un courriel adressé le 26 juin par le secrétariat de direction de la DITTT aux agents du service annonce : « Nous avons le plaisir de vous annoncer l'arrivée d'un nouvel agent au sein de notre direction à compter du 29 juin 2026, Madame Frédérique Muliava, chargée de mission à la direction. Elle sera installée dans l'ex-bureau de Valérie S. »
Contrairement à son précédent poste - directrice de cabinet, fonction politique liée au mandat de Roch Wamytan et appelée à s'arrêter avec lui - celui-ci relève de la fonction publique territoriale, statut nettement plus stable et durable. La DITTT, qui dépend du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, est animée par Gilbert Tyuienon, membre du gouvernement en charge des transports depuis plus d'une décennie.
Le parcours judiciaire de Frédérique Muliava
Frédérique Muliava avait été interpellée en juin 2024 dans le cadre de l'enquête sur les émeutes de mai 2024, qui ont fait 14 morts et causé plus de 260 milliards de francs CFP de dégâts. Elle avait été transférée et incarcérée à la maison d'arrêt de Riom, près de Clermont-Ferrand, avant d'être placée sous contrôle judiciaire, puis autorisée à revenir en Nouvelle-Calédonie en juin 2025.
Le 5 juin 2026, les juges d'instruction parisiens ont rendu un non-lieu général dans le dossier CCAT, écartant la qualification d'insurrection pour les quatorze mis en examen, dont Christian Tein. Son avocat, Maître François Saint-Pierre, a salué auprès de l'AFP « une belle démonstration de ce qu'est un État de droit ».
Le parquet de Paris a toutefois fait appel de cette décision dès le lendemain, estimant nécessaire de procéder à des actes d'investigation complémentaires sur un dossier de plus de 11 500 pièces. La procédure reste donc pendante devant la cour d'appel.
Une nomination qui suscite des interrogations en interne
Selon des échanges internes consultés par La Dépêche de Nouméa, cette nomination n'aurait pas été souhaitée par la direction du service elle-même. Des messages internes évoquent une décision « imposée » à la direction et aux équipes de la DITTT.
Un parcours qui n'est pas isolé
Le cas de Frédérique Muliava s'inscrit dans une tendance plus large observée en Nouvelle-Calédonie : nombre de cadres et de militants issus des mouvements indépendantistes radicaux occupent, au fil des années, des postes de chargés de mission au sein des institutions et collectivités locales - elles-mêmes financées pour une large part par les transferts de l'État, dont l'IEOM évalue le poids à 30 % du PIB territorial. Pour beaucoup de cadres indépendantistes, le secteur public et parapublic demeure le seul horizon professionnel stable sur le territoire.

