Braconnage : la Province Nord hausse le ton

La Province Nord a décidé de rappeler fermement une évidence réglementaire : la chasse aux roussettes est aujourd’hui interdite sur l’ensemble du territoire. Une mise au point qui n’a rien d’anodin, tant les infractions persistent et menacent directement l’équilibre écologique local. Derrière ce rappel, c’est une réalité préoccupante qui se dessine : l’incapacité chronique à faire respecter des règles pourtant essentielles à la survie d’espèces emblématiques. Dans un contexte où l’autorité publique est régulièrement mise à l’épreuve, cette communication sonne comme un avertissement.
Une interdiction claire face à une pression persistante
Depuis le 27 avril, la période de chasse est officiellement close. Pourtant, les signalements de braconnage et d’infractions continuent d’alimenter les inquiétudes des autorités. Cette situation illustre une dérive bien connue : l’affaiblissement du respect des règles communes au détriment du patrimoine naturel. La Province Nord insiste donc sur la nécessité d’une vigilance collective, appelant chacun à signaler les comportements illégaux.
Cette fermeté s’explique par un constat chiffré sans appel. En 2020, la population de roussettes adultes était estimée à environ 580 000 individus. Chaque année, près de 70 000 naissances sont recensées. Mais dans le même temps, 52 000 roussettes sont chassées, légalement ou illégalement, auxquelles s’ajoutent 43 000 individus victimes des chats harets. Un déséquilibre qui, à terme, met en péril la capacité de renouvellement de l’espèce.
Face à ces chiffres, le respect de la fermeture de la chasse n’est plus une option, mais une nécessité absolue. La réglementation existe ; encore faut-il qu’elle soit appliquée. Et c’est précisément là que le bât blesse.
Un enjeu écologique majeur pour les forêts calédoniennes
Les roussettes ne sont pas de simples animaux. Elles sont des actrices clés de la biodiversité calédonienne, jouant un rôle déterminant dans la dispersion des graines et la pollinisation. Sans elles, c’est toute une chaîne écologique qui se fragilise. Les forêts, déjà soumises à de nombreuses pressions, perdraient un allié essentiel dans leur régénération.
La période actuelle est particulièrement critique. En pleine floraison des kapokiers, les femelles sont gestantes et vulnérables, ce qui rend toute chasse non seulement illégale, mais écologiquement destructrice. Protéger les roussettes à ce moment précis revient à garantir la survie des générations futures.
La Province Nord rappelle également qu’elle abrite les quatre espèces présentes en Nouvelle-Calédonie, dont certaines sont endémiques et donc intrinsèquement liées à l’identité du territoire. Leur disparition ne serait pas seulement une perte écologique, mais aussi culturelle.
Entre tradition et responsabilité : un équilibre à reconstruire
La chasse aux roussettes fait partie des pratiques ancrées dans la société calédonienne, notamment au sein de la culture kanak. Mais aucune tradition ne peut justifier la disparition d’une espèce. C’est là tout l’enjeu : concilier héritage culturel et responsabilité environnementale.
Aujourd’hui, force est de constater que les dispositifs actuels ne suffisent plus à garantir la préservation de ces populations. La pression de chasse, combinée à d’autres menaces comme la déforestation et la prédation animale, accentue les risques. Dans ce contexte, le laxisme n’est plus tolérable.
Ce rappel de la Province Nord s’inscrit donc dans une logique de responsabilisation collective. Il ne s’agit pas seulement de protéger une espèce, mais de défendre un patrimoine naturel et culturel face à des dérives qui pourraient devenir irréversibles.
Au-delà du message environnemental, c’est aussi une question d’autorité et de cohérence. Une réglementation non respectée perd toute crédibilité. Faire appliquer la loi, c’est aussi affirmer que la préservation de la nature n’est pas négociable.
(Crédit photo : province Nord)

