Le Vanuatu veut convaincre les Fidji de revoir leur traité maritime avec la France

L'échec des négociations entre la France et le Vanuatu sur la souveraineté des îles Matthew et Hunter ouvre une nouvelle phase diplomatique. Faute d'accord avec Paris, Port-Vila semble désormais vouloir élargir le rapport de force en convainquant les Fidji de reconsidérer le traité maritime signé avec la France en 1983.
Une évolution qui pourrait transformer un différend bilatéral en véritable dossier régional.
Les discussions avec la France dans l'impasse
Les négociations menées à Paris n'ont pas permis de rapprocher les positions des deux pays. Le vice-Premier ministre vanuatais Johnny Koanapo a confirmé que les discussions étaient désormais dans une impasse.
Le gouvernement du Premier ministre Jotham Napat a rejeté les propositions françaises concernant la gestion du dossier et prépare désormais une stratégie juridique internationale, avec la possibilité de saisir une juridiction compétente pour contester la souveraineté française sur les deux îles volcaniques situées entre la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu.
Pourquoi les Fidji deviennent un acteur clé
Dans cette nouvelle stratégie, les regards se tournent vers les Fidji.
En 1983, Paris et Suva ont signé un traité de délimitation maritime qui fixe la frontière entre leurs zones économiques exclusives. Ce texte repose sur une ligne d'équidistance prenant en compte l'administration française de Matthew et Hunter, ce qui revient, dans les faits, à reconnaître la souveraineté française sur ces territoires.
Pour le Vanuatu, ce traité constitue aujourd'hui un obstacle diplomatique majeur.
L'objectif de Port-Vila serait donc de convaincre les autorités fidjiennes de réexaminer cet accord afin d'affaiblir la position française sur le plan régional.
Une clause juridique qui alimente le débat
Le traité de 1983 comporte une disposition souvent mise en avant par les juristes.
Le texte précise que la délimitation maritime est établie « sans préjudice des droits souverains des États concernés ». Selon plusieurs spécialistes du droit international, cette formulation pourrait permettre aux Fidji de revoir leur position sans remettre en cause l'ensemble de leurs relations maritimes avec la France.
À ce stade, aucune annonce officielle du gouvernement fidjien ne confirme toutefois une volonté de dénoncer ou de suspendre le traité de 1983.
Les appels à une révision proviennent principalement d'analystes régionaux et de responsables proches des positions défendues par le Vanuatu.
Une bataille diplomatique qui change de dimension
Si les Fidji décidaient un jour de modifier officiellement leur position, les conséquences dépasseraient largement le seul différend entre Paris et Port-Vila.
La contestation de l'accord de 1983 fragiliserait l'un des fondements juridiques de la délimitation maritime française dans cette partie du Pacifique et renforcerait la stratégie internationale du Vanuatu.
Pour la France, l'enjeu dépasse la souveraineté sur deux îlots volcaniques inhabités. Matthew et Hunter permettent de générer une vaste zone économique exclusive estimée à près de 350 000 km², avec des intérêts stratégiques en matière de pêche, de ressources marines, de recherche scientifique et de présence militaire dans le Pacifique.
Vers une régionalisation du dossier ?
La véritable évolution de ces dernières semaines est peut-être là.
Après avoir tenté de régler le différend directement avec Paris, le Vanuatu semble désormais chercher à construire un soutien régional autour de sa revendication. En mobilisant les États mélanésiens, Port-Vila espère isoler diplomatiquement la France avant un éventuel contentieux international.
Pour l'heure, les Fidji n'ont pas officiellement modifié leur position. Mais leur réponse pourrait devenir l'un des prochains épisodes d'un dossier qui dépasse désormais largement le cadre des seules relations franco-vanuatuaises.
