Îles Cook : les minerais des grands fonds au cœur d’un choix économique et environnemental

Résumé IA
Les Îles Cook, riches d'environ 6,7 milliards de tonnes de nodules polymétalliques dans leur zone économique exclusive, débattent de l'exploitation minière sous-marine. En 2026, les États-Unis renforcent leur coopération avec le pays, notamment via un financement de 101 millions de dollars pour le port de Penrhyn, visant à sécuriser les minerais critiques.
Les Îles Cook disposent de ressources sous-marines considérables, avec environ 6,7 milliards de tonnes de nodules polymétalliques estimées dans leur zone économique exclusive. Riches en cobalt, nickel, cuivre et manganèse, ces minerais attirent l’attention alors que les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en matières premières critiques.
Mais à Rarotonga, le débat est loin d’être tranché. Entre perspectives économiques, intérêts stratégiques américains et inquiétudes environnementales, le pays doit désormais déterminer jusqu’où il souhaite aller dans l’exploration de ses fonds marins.
6,7 milliards de tonnes de nodules polymétalliques
La zone économique exclusive des Îles Cook s’étend sur environ 1,96 million de kilomètres carrés. À des profondeurs comprises entre 4 000 et 6 000 mètres reposent d’importantes concentrations de nodules polymétalliques.
Ces formations contiennent notamment du cobalt, du cuivre, du nickel et du manganèse, des métaux particulièrement recherchés pour la fabrication de batteries et de nombreux équipements technologiques.
Les estimations évoquent environ 6,7 milliards de tonnes de nodules présents dans les eaux du pays, plaçant les Îles Cook parmi les territoires les mieux dotés au monde dans ce domaine.
Pour le gouvernement, ces ressources pourraient à terme permettre de diversifier une économie largement dépendante du tourisme et de l’aide extérieure.
Une exploitation commerciale qui n’a pas encore commencé
Pour l’heure, aucune exploitation minière commerciale des grands fonds n’a débuté.
En 2022, les autorités des Îles Cook ont accordé des licences d’exploration de cinq ans à plusieurs entreprises, notamment Moana Minerals Limited, Cook Islands Cobalt Limited et American Ocean Minerals Corporation.
Ces sociétés sont actuellement autorisées à conduire des travaux de recherche : cartographie du plancher océanique, prélèvement de nodules, analyses environnementales ou encore étude de la biodiversité des grands fonds.
L’objectif est notamment de disposer d’un état des lieux suffisamment précis avant toute éventuelle décision concernant une exploitation commerciale.
Une importante campagne scientifique menée en 2026
Entre le 19 juillet et le 13 août 2026, le navire américain Okeanos Explorer, exploité par la National Oceanic and Atmospheric Administration américaine, a mené une campagne scientifique dans les eaux des Îles Cook.
Les chercheurs ont découvert des zones présentant des concentrations de nodules polymétalliques particulièrement importantes.
Plus de 400 échantillons ont été recueillis au cours de l’expédition, parmi lesquels des nodules, des spécimens biologiques et même des dents fossilisées de mégalodon.
Ces travaux doivent notamment permettre de mieux comprendre les écosystèmes présents dans les zones où une future exploitation pourrait être envisagée.
Les États-Unis veulent sécuriser leurs minerais critiques
Au-delà des enjeux économiques locaux, le dossier possède également une dimension géopolitique importante.
L’ambassadeur américain aux Îles Cook, Jared Novelly, a expliqué que Washington cherchait à diversifier ses chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.
Ces ressources peuvent être utilisées aussi bien pour des technologies grand public que pour des besoins liés à la sécurité nationale américaine.
Les Îles Cook pourraient ainsi devenir l’un des maillons de la stratégie américaine visant à réduire la dépendance des États-Unis vis-à-vis de certaines chaînes d’approvisionnement internationales.
Un projet de 101 millions de dollars pour Penrhyn
Cette coopération s’est renforcée en 2026.
En marge du Forum des îles du Pacifique organisé à Palau, le Premier ministre des Îles Cook Mark Brown, le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères Winston Peters et le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau ont annoncé un financement destiné au développement du port de Penrhyn.
Le projet représente environ 101 millions de dollars néo-zélandais.
Cette annonce intervient alors que les Îles Cook et les États-Unis ont également signé un cadre de coopération concernant les minerais critiques.
Le bassin de Penrhyn abrite justement certaines des plus fortes concentrations connues de nodules polymétalliques riches en cobalt.
Une population très partagée
L’éventualité d’une exploitation minière sous-marine reste cependant fortement contestée.
Un récent sondage réalisé par Cook Islands News montrait que plus de 50 % des personnes interrogées étaient opposées à l’exploitation minière des fonds marins.
Environ 22,9 % se déclaraient favorables au projet et 21,9 % restaient indécises.
Les opposants craignent notamment les conséquences potentielles sur la biodiversité marine, les ressources halieutiques et certaines pratiques traditionnelles.
Le biologiste marin Teina Rongo estime notamment que l’océan subit déjà de nombreuses pressions liées au changement climatique, au blanchissement des coraux, à la pollution et à la surpêche.
Des retombées économiques encore incertaines
La rentabilité réelle d’une exploitation des nodules reste également une question centrale.
Une étude publiée en 2016 avait estimé que l’exploitation minière sous-marine pourrait générer environ 467 millions de dollars américains de bénéfices nets pour les Îles Cook.
Cette estimation avait toutefois été critiquée, certains chercheurs estimant qu’elle ne prenait pas suffisamment en compte les conséquences environnementales ou les coûts liés à la modification des écosystèmes.
Fin 2025, une autre étude évaluait la valeur des nodules entre 100 et 140 dollars américains par tonne sèche, un niveau jugé insuffisant pour garantir la rentabilité d’une industrie à grande échelle.
Un fonds souverain déjà créé
Même si aucune décision définitive n’a encore été prise, les autorités se préparent à l’éventualité de futures recettes minières.
En juin 2026, le Parlement des Îles Cook a adopté le Sovereign Wealth Fund Act 2026.
Ce fonds souverain doit permettre de protéger et d’investir pour les générations futures les éventuels revenus provenant des minerais sous-marins et des ressources halieutiques.
Le gouvernement envisage notamment que ces recettes puissent financer les retraites, les infrastructures, les transports entre les îles, l’éducation ou encore les services de santé.
Mark Brown : « Aucune décision d’exploiter n’a été prise »
Le Premier ministre Mark Brown insiste cependant sur le fait que le pays se trouve toujours dans une phase de recherche et d’exploration.
Selon lui, aucune décision concernant une exploitation commerciale n’a encore été prise.
La décision dépendra notamment de la faisabilité technique de l’extraction, de sa rentabilité économique et de sa compatibilité avec les exigences environnementales du pays.
Les Îles Cook se retrouvent ainsi face à un choix particulièrement stratégique : transformer leurs immenses ressources sous-marines en nouvelle source de revenus ou préserver des écosystèmes dont une partie reste encore largement méconnue.



