La relance touristique ne se décrète pas à coups de slogans.
Elle se construit dans la durée, par la cohérence, la crédibilité et le retour de la confiance.
Une nouvelle marque touristique pour tourner la page
Dans le cadre de son plan de relance du tourisme international, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a engagé une refonte de sa marque touristique internationale. L’objectif affiché est clair : redonner de l’attractivité à une destination fragilisée par des crises successives, économiques, sociales et sécuritaires.
À la manœuvre, le président de Nouvelle-Calédonie Tourisme, Christopher Gygès, également membre du gouvernement chargé de l’attractivité, a souhaité associer l’ensemble des acteurs du tourisme calédonien à une démarche collective. Il s’agit de remplacer le slogan historique « Pacifique au cœur », adopté en 2010, par une nouvelle signature censée mieux répondre aux attentes des marchés internationaux.
Jusqu’au 31 janvier 2026, un sondage est ouvert afin de permettre aux professionnels comme aux partenaires institutionnels de voter pour le slogan jugé le plus pertinent. Une consultation présentée comme un acte fondateur, au cœur de la relance de la promotion internationale du territoire.
Mais derrière la communication, une question centrale demeure : un changement de slogan suffit-il à relancer un secteur durablement affaibli ?
250 000 touristes en 2032 : un objectif déconnecté du terrain
Lors de la conférence de presse du 17 décembre 2025, Christopher Gygès a présenté, aux côtés des partenaires institutionnels, un plan ambitieux : accueillir a minima 250 000 touristes d’ici 2032. Un chiffre censé incarner le retour de la Nouvelle-Calédonie sur la scène touristique internationale.
Dans les faits, cet objectif a suscité incrédulité et malaise parmi de nombreux professionnels du secteur. Certains ont découvert ce chiffre avec stupéfaction, tant il semble éloigné de la réalité opérationnelle actuelle : offre aérienne fragilisée, capacités hôtelières réduites, image dégradée du territoire.
La situation d’Aircalin, compagnie stratégique pour l’accessibilité du territoire, illustre cette fragilité. Comment prétendre relancer le tourisme international lorsque des appareils restent cloués au sol, y compris à des périodes symboliques comme le 31 décembre ? Sans continuité aérienne fiable, aucune campagne promotionnelle ne peut produire d’effets durables.
À cela s’ajoute un constat implacable : les chiffres ne font pas une politique. La relance touristique ne se résume pas à un objectif comptable, encore moins à une projection optimiste détachée des contraintes logistiques, économiques et sécuritaires du territoire.
Image dégradée, insécurité perçue et rejet des touristes : le vrai tabou
Le débat sur la relance du tourisme ne peut faire l’impasse sur les émeutes du 13 mai 2024. Ces événements ont profondément marqué l’image internationale de la Nouvelle-Calédonie. Les scènes de violences, de barrages, de plages bloquées ou de refus explicite de touristes sur certaines terres ont durablement altéré la perception du territoire.
Il ne s’agit pas ici de stigmatiser, mais de nommer les faits. Le tourisme repose sur un principe simple : la sécurité et l’accueil. Lorsque des visiteurs potentiels voient des images de chaos, d’agressions ou de tensions communautaires, aucun slogan, aussi bien pensé soit-il, ne peut compenser ce déficit de confiance.
De nombreux professionnels le disent à voix basse : le temps du pardon sera long. Les agressions, les blocages et les discours de rejet ont laissé des traces. Croire que quelques millions de francs CFP investis en communication suffiront à effacer ces réalités relève davantage de l’illusion que de la stratégie.
Dans ce contexte, la refonte de la marque touristique apparaît, pour certains, comme un cache-misère, un outil de communication déconnecté d’un travail de fond pourtant indispensable : rétablir l’ordre, sécuriser les flux, garantir l’accueil et assumer une ligne claire pro-tourisme.
La Nouvelle-Calédonie dispose d’atouts indéniables : paysages exceptionnels, biodiversité unique, culture forte. Mais le tourisme ne se relance pas à coups de storytelling. Sans sécurité, sans accessibilité aérienne fiable et sans discours politique assumé en faveur de l’accueil des visiteurs, changer de slogan ne changera rien.
La relance du tourisme exige du courage politique, de la lucidité et une stratégie enracinée dans le réel. Le reste n’est que communication.
Le sondage : https://form.jotform.com/253618466051054

















