La République n’est pas un guichet à privilèges permanents.
L’État met fin à une anomalie budgétaire et symbolique longtemps tolérée.
La fin d’un privilège hérité d’une autre époque
À compter du 1er janvier 2026, les anciens Premiers ministres et les anciens ministres de l’Intérieur ne bénéficieront plus automatiquement d’un véhicule avec chauffeur ni d’une protection policière à vie.
Cette décision, annoncée dès septembre et désormais pleinement appliquée, marque une rupture nette avec une pratique installée depuis plusieurs décennies.
Concrètement, 24 chauffeurs avec véhicule et 24 officiers de sécurité sont retirés du dispositif actuel.
Pour les anciens chefs de gouvernement, ce sont 11 officiers de sécurité et 11 conducteurs qui sont réaffectés.
Du côté des anciens locataires de Beauvau, 13 policiers et 13 conducteurs retournent dans les effectifs opérationnels.
Chaque ancien Premier ministre a reçu un courrier individualisé, signé personnellement par Sébastien Lecornu, confirmant l’entrée en vigueur de ce nouveau régime.
La méthode est claire, directe, institutionnelle : la République notifie, elle n’implore pas.
Le cadre juridique repose sur un décret publié au Journal officiel le 17 septembre, qui limite à dix ans la durée pendant laquelle un ancien Premier ministre peut bénéficier d’un véhicule de fonction avec chauffeur.
Cette règle s’applique notamment à Manuel Valls, qui a quitté Matignon en décembre 2016, ainsi qu’à l’ensemble de ses prédécesseurs.
Protection ciblée, pas protection automatique
La réforme ne nie pas la réalité des menaces. Elle met fin à leur instrumentalisation systématique.
Selon les services de sécurité, une minorité d’anciens responsables politiques pourra continuer à bénéficier d’une protection, strictement conditionnée à une évaluation du risque.
La logique change : on protège en fonction du danger réel, non du titre passé.
Le principe est assumé publiquement par le chef du gouvernement. Sur le réseau X, Sébastien Lecornu a rappelé qu’« il n’est pas concevable de bénéficier d’avantages à vie en raison d’un statut temporaire ».
Une position cohérente et constante, réaffirmée dans plusieurs entretiens accordés à la presse régionale.
La protection policière devient donc limitée dans le temps, révisable et justifiée.
Elle n’est plus un droit automatique, mais une mesure exceptionnelle, conforme aux standards appliqués dans d’autres démocraties occidentales.
Le décret précise que cette protection peut être reconduite uniquement si la menace est avérée, après analyse des services compétents.
Autrement dit : fin du réflexe, place à la responsabilité.
Cette évolution concerne également les anciens ministres de l’Intérieur, dont le statut particulier justifiait jusqu’ici des moyens renforcés, souvent sans réévaluation régulière.
Des économies assumées sur le train de vie de l’État
Derrière la décision politique, le levier budgétaire est évident. Un rapport parlementaire publié à l’automne dernier a mis en lumière une hausse de 11 % des frais liés aux anciens Premiers ministres entre 2022 et 2023, passant de 1,28 million d’euros (153,6 millions de francs CFP) à 1,42 million d’euros (170,4 millions de francs CFP).
En 2019, le coût global de ces dispositifs atteignait 4,4 millions d’euros (528 millions de francs CFP) par an.
Dans le détail :
– 2,8 millions d’euros (336 millions de francs CFP) pour la protection policière,
– 1,6 million d’euros (192 millions de francs CFP) pour les véhicules avec chauffeur et les secrétariats.
Le cadre réglementaire reposait sur un décret du 20 septembre 2019, qui prévoyait notamment un agent de secrétariat particulier pendant dix ans maximum, ou jusqu’à l’âge de 67 ans.
C’est précisément cette limite d’âge qui explique pourquoi François Bayrou et Michel Barnier, âgés de 74 ans, n’ont jamais bénéficié de ces avantages.
La réforme actuelle resserre encore davantage le cadre, en supprimant toute automaticité et en réaffirmant une ligne simple : l’exemplarité commence au sommet.
Dans un contexte où des efforts sont demandés aux Français, le gouvernement assume enfin de réduire des dépenses symboliques, longtemps perçues comme des rentes de pouvoir.
Cette décision ne relève ni de la démagogie ni de la vengeance politique.
Elle s’inscrit dans une logique de sobriété républicaine, de responsabilité budgétaire et de restauration de la confiance.


















