Quand l’Occident décide de frapper, ce n’est jamais par hasard ni par improvisation.
Derrière les discours moralisateurs, la première guerre du Golfe révèle un basculement stratégique majeur.
Aux origines d’un conflit pétrolier et géopolitique majeur
La première guerre du Golfe ne surgit pas du néant. Elle s’inscrit dans la continuité directe de la guerre Iran-Irak, achevée en 1988, qui a laissé Bagdad exsangue, économiquement ruinée et politiquement isolée. Huit années de combats ont vidé les caisses irakiennes, tandis que le régime de Saddam Hussein s’est lourdement endetté auprès de ses voisins arabes.
Parmi eux, le Koweït occupe une place centrale. Au sortir du conflit, l’émirat augmente unilatéralement sa production de pétrole d’environ 20 %, rompant la discipline de l’OPEP. Résultat immédiat : les cours mondiaux s’effondrent, soulageant les économies occidentales mais asphyxiant l’Irak, dont les recettes pétrolières chutent brutalement.
À cela s’ajoute un contentieux financier majeur. Le Koweït refuse d’annuler une dette estimée à 15 milliards de dollars, contractée par Bagdad durant la guerre contre l’Iran, pourtant présenté à l’époque comme l’ennemi commun du monde arabe. Pour Saddam Hussein, l’humiliation est double : économique et politique.
Le dictateur irakien ravive alors un vieux contentieux historique, rappelant que le Koweït faisait partie de la province ottomane de Bassora avant d’être séparé par les Britanniques en 1932. Le 25 juillet 1990, il expose ses intentions à l’ambassadrice américaine à Bagdad. L’absence de réaction ferme, combinée au rappel public de l’absence d’accord de défense entre Washington et le Koweït, est interprétée comme un feu vert tacite.
Invasion du Koweït et bascule internationale
Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le Koweït. L’opération est rapide, presque sans résistance militaire. Saddam Hussein pense pouvoir imposer un fait accompli régional. Il se trompe lourdement. Dès le jour même, le Conseil de sécurité de l’ONU exige le retrait irakien à une écrasante majorité.
Quelques jours plus tard, un blocus économique et financier total est imposé à l’Irak. Officiellement, il s’agit de défendre la souveraineté koweïtienne. Officieusement, l’enjeu est clair : empêcher l’Irak de contrôler une part décisive des réserves pétrolières mondiales, ce qui bouleverserait l’équilibre énergétique et stratégique global.
Dans le même temps, les États-Unis saisissent l’opportunité. L’effondrement de l’Union soviétique prive Moscou de toute capacité d’opposition sérieuse. Washington peut désormais agir sans contrepoids. Une coalition internationale se met en place, rassemblant des pays occidentaux et arabes, dont la France avec la division Daguet.
La phase défensive, baptisée Bouclier du désert, consiste à déployer massivement des forces en Arabie saoudite. Elle prépare méthodiquement l’offensive. L’Irak, enfermé dans une posture de défi, sous-estime la détermination occidentale et la supériorité technologique de ses adversaires.
Tempête du désert : la guerre éclair qui redéfinit l’ordre mondial
Le 17 janvier 1991, l’opération Tempête du désert est lancée. Elle débute par une campagne aérienne d’une intensité inédite, visant à neutraliser les infrastructures militaires irakiennes, les centres de commandement et les capacités de défense aérienne. Les frappes touchent à la fois le Koweït occupé et le territoire irakien.
Près de 600 000 soldats sont mobilisés de chaque côté. La coalition impose sa maîtrise du ciel, de la mer et de l’information. Les forces irakiennes répliquent, mais sans parvenir à inverser le rapport de force. Les marines occidentales sécurisent le Golfe, garantissant la liberté de navigation et l’approvisionnement énergétique.
Fin février, la phase terrestre est déclenchée sous le nom d’opération Sabre du désert. Les blindés franchissent la frontière koweïtienne, contournent les positions irakiennes et provoquent un effondrement rapide du dispositif adverse. L’armée irakienne bat en retraite dans la désorganisation.
Le 26 février 1991, Saddam Hussein ordonne une politique de terre brûlée. Les puits de pétrole koweïtiens sont incendiés, provoquant une catastrophe environnementale majeure. Deux jours plus tard, le 28 février, les États-Unis annoncent un cessez-le-feu. En quelques semaines, l’Irak a été militairement écrasé.
Cette guerre marque un tournant historique. Elle consacre la suprématie militaire américaine, l’entrée dans une ère de conflits à haute technologie et l’installation durable de bases occidentales au cœur du golfe Persique. Loin des slogans humanitaires, Tempête du désert s’impose comme une guerre de puissance, assumée et méthodiquement conduite.


















