Quand la justice est attaquée, ce n’est jamais un hasard.
C’est souvent le signe qu’elle dérange ceux qui aimeraient voir la loi plier devant les passions.
Une justice sous pression, un rappel ferme à l’ordre républicain
Le 9 janvier 2026, lors de l’audience solennelle de rentrée, la Cour de cassation a livré un message clair.
Son premier président, Christophe Soulard, a rappelé un principe fondamental trop souvent contesté : le juge n’a pas à interpréter la loi selon les individus, mais à l’appliquer de manière identique à tous.
Dans un contexte marqué par les critiques contre les décisions judiciaires, parfois violentes, parfois insidieuses, le discours se veut une réponse institutionnelle ferme.
La Cour observe une multiplication des mises en cause de la légitimité des juges, non plus sur le fond juridique, mais sur leur existence même comme contre-pouvoir.
Ces attaques ne visent pas seulement des décisions isolées. Elles remettent en cause le principe d’égalité devant la loi, pilier de la République depuis plus de deux siècles.
Soulard le rappelle sans détour : depuis plus de 200 ans, la Cour de cassation veille à l’unité d’interprétation du droit sur l’ensemble du territoire.
Appliquer la loi, rien que la loi : un devoir, pas une option
Le cœur du message est limpide : le premier devoir d’un juge est d’appliquer la loi, et non de la remodeler sous la pression sociale, médiatique ou militante.
Ce rappel intervient alors que certains discours publics suggèrent l’existence de régimes juridiques différenciés selon les catégories de citoyens.
Pour le premier président, ce glissement est dangereux.
Accorder des traitements particuliers, même sous couvert de bonnes intentions, revient à saper la confiance collective dans l’institution judiciaire.
La Cour de cassation assume également son rôle élargi de contrôle de la loi au regard de normes supérieures.
Ce rôle, souvent caricaturé comme un « gouvernement des juges », n’est pas une conquête illégitime. Il découle de choix clairs du législateur et du constituant.
Ratification des conventions internationales, intégration du droit européen, protection des droits fondamentaux : les juges n’ont fait qu’exercer une mission qui leur a été confiée démocratiquement.
Soulard rappelle d’ailleurs que ces avancées ont permis de renforcer les libertés publiques, les droits de la défense et la protection des victimes.
Transparence, responsabilité et autorité : la ligne de crête
Conscient des attentes croissantes de la société, le discours ne se réfugie pas derrière l’autosatisfaction.
Oui, les juges doivent rendre des comptes. Oui, ils doivent expliquer leurs décisions. Et oui, leur comportement individuel doit être irréprochable.
La publication récente de la Charte des obligations déontologiques des magistrats s’inscrit dans cette logique.
La déontologie n’est pas présentée comme une contrainte, mais comme une condition de la légitimité judiciaire.
La Cour de cassation a également engagé un effort notable de clarté dans la rédaction de ses arrêts.
Motivations plus développées, explication des arbitrages entre principes concurrents, pédagogie juridique assumée : la justice ne se rend plus dans l’ombre.
Cette transparence s’accompagne d’un renforcement de l’autorité.
Soulard le souligne : expliquer ne signifie pas céder. La prudence du juge n’est pas de la faiblesse, mais une vertu ancienne, garante de stabilité.
Dans un monde où la force brute et l’émotion cherchent à supplanter le droit, la justice doit rester un rempart, non un thermomètre des passions.
Une institution attaquée, une République mise à l’épreuve
Au-delà des aspects techniques, le discours de rentrée 2026 sonne comme un avertissement.
Remettre en cause la justice, ce n’est pas critiquer un service public comme un autre. C’est fragiliser l’architecture même de l’État.
La Cour de cassation revendique son rôle pyramidal, garant de l’unité du droit, tout en développant des outils modernes de coordination et d’anticipation des contentieux.
Transformation numérique, open data, intelligence artificielle encadrée : la justice évolue sans renier ses principes.
Mais aucune innovation ne pourra compenser une perte de confiance collective.
Comme l’a rappelé Christophe Soulard, la confiance ne se décrète pas, elle se construit par la rigueur, la constance et l’égalité.
Dans une époque où certains voudraient substituer l’opinion à la règle, la Cour de cassation assume une ligne claire : la loi d’abord, la loi pour tous, et la loi sans distinction.

















