INAMOVIBLE. La présidente de la Commission européenne déroule son agenda, imperméable aux critiques sur son manque de légitimité démocratique. La patronne de l’Europe est accusée de favoriser l’industrie allemande au détriment des autres États membres.

Les milliers d’agriculteurs européens réunis à Strasbourg mardi tiraient à boulets rouges sur « la dictature Ursula » que leurs slogans éreintaient – en anglais. Contestée, la présidente de la Commission européenne, reconduite pour un deuxième mandat à l’issue des élections de 2024, vient d’échapper à une quatrième motion de censure, largement rejetée jeudi par les députés européens… Les parlementaires français du PPE, menacés d’être débranchés de leur parti, ont voté contre, préférant se contenter d’une victoire obtenue la veille : la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne pour la scission contestée de l’accord UE-Mercosur, qui désavouait selon eux suffisamment la Commission. Cette dernière tente de favoriser une application provisoire du traité, sans attendre sa ratification par le Parlement, ce qui constituerait « une forme de viol démocratique », a cinglé Maud Bregeon au micro de Sonia Mabrouk : les mots de la porte-parole du gouvernement français ont crevé l’abcès du malaise grandissant autour du fonctionnement de l’Union européenne.
Déni de démocratie ? Sous la direction d’Ursula von der Leyen, l’exécutif européen a tiré profit des crises successives – Covid, climat, guerre en Ukraine… – pour avancer ses pions à la lisière de ses compétences : une dynamique que Raymond Aron appelait le « fédéralisme clandestin », alerte François-Xavier Bellamy depuis plusieurs années. Élue avec ce dernier en 2024, Céline Imart observe ce trouble jeu de la Commission et de sa présidente : « Elle parle de défense européenne, ou capitule devant Trump en juillet dernier sans débat, sans consultation du Parlement, alors que cela ne relève pas de ses compétences… »
La présidente de la Commission ne prend que le pouvoir qu’on veut bien lui laisser
Si elle est parfois contrainte d’assouplir son agenda sous la pression, comme pour l’interdiction des voitures thermiques, la Commission déroule tout de même ses outils de régulation, comme le Digital Services Act, ou ses innovations normatives, parfois au soutien d’initiatives privées : Ursula von der Leyen a ainsi annoncé cette semaine au Forum de Davos qu’elle allait proposer un cadre juridique européen unifié pour les entreprises, qui s’ajouterait aux 27 cadres nationaux existants.
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