La Nouvelle-Calédonie a évité de justesse une mise sous tutelle de l’État.
Ce vendredi 30 janvier, à quelques heures de la clôture comptable de l’exercice 2025, le Congrès a adopté une décision modificative du budget afin de corriger un déficit massif de 29 milliards de francs CFP en section de fonctionnement.
Un vote express, dicté par l’urgence, qui a permis d’éviter une infraction formelle aux règles budgétaires nationales.
Mais derrière ce sauvetage de dernière minute, une réalité s’impose : le modèle financier de la collectivité reste structurellement déséquilibré, dépendant de l’endettement et des dérogations de l’État.
Un déficit révélateur d’une collectivité dépensière
À l’origine de la crise, un fait incontestable : les dépenses de fonctionnement ont dépassé les capacités réelles de financement de la collectivité.
En mars 2025, la Nouvelle-Calédonie a contracté un prêt garanti par l’État de 120 milliards de francs CFP, destiné à faire face à une situation économique dégradée.
Sur ce montant, près de 49 milliards ont servi à financer des charges courantes : soutien aux régimes sociaux, compensation du déficit du système électrique, couverture de pertes fiscales liées à la crise de 2024.
Autant de dépenses récurrentes et structurelles, qui ne relèvent pas de l’investissement productif.
Or, la règle est claire : l’emprunt ne doit pas financer le fonctionnement.
Cette « règle d’or » n’est pas idéologique, elle est économique : elle vise à empêcher les collectivités de vivre durablement à crédit.
Faute de réserves suffisantes, la dérogation accordée par l’État n’a porté que sur 18 milliards de francs, laissant apparaître un déficit résiduel de 29 milliards.
Un chiffre qui a immédiatement déclenché l’alerte du comptable public.
Ce déséquilibre n’est pas un accident.
Il est le résultat d’un niveau de dépenses publiques déconnecté de la création de richesse locale, et d’un recours devenu quasi automatique à l’emprunt et à la solidarité nationale.
Un artifice comptable pour éviter la réalité économique
Pour éviter une mise sous tutelle, la solution retenue a été purement comptable.
Sur proposition de la mission interministérielle conduite par Claire Durrieu, les élus ont validé un étalement théorique de 29 milliards de francs sur dix ans.
Une mesure transitoire, assumée comme telle, dont chacun reconnaît qu’elle ne sera jamais réellement appliquée.
Son seul objectif : rétablir la conformité formelle du budget 2025.
Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge de l’économie et du budget, l’admet sans détour :
Cette démarche a pour seul objet d’assurer la régularité budgétaire de l’exercice 2025.
Philippe Dunoyer, président de la commission permanente, parle d’un problème « technique », mais aux conséquences politiques majeures :
On aboutit à un problème politique avec une menace sur la stabilité du budget.
En clair, sans ce montage, la Nouvelle-Calédonie se serait retrouvée hors du cadre légal, exposée à une reprise en main directe par l’État.
Un scénario évité, mais au prix d’un report des décisions de fond.
Changer de logique : produire avant de redistribuer
Cet épisode met en lumière une impasse : on ne peut durablement financer un niveau élevé de dépenses publiques sans base économique solide.
La dépendance aux prêts garantis par l’État et aux dérogations exceptionnelles n’est pas une stratégie, c’est un palliatif.
L’accord Élysée-Oudinot, signé le 19 janvier, ouvre une piste avec la transformation progressive des prêts en subventions et la mise en place de contrats de désendettement.
Deux années blanches, 2026 et 2027, sont envisagées pour soulager temporairement la trésorerie.
Mais cette respiration ne suffira pas sans réformes structurelles.
Réduction des dépenses improductives, recentrage des politiques publiques, responsabilisation budgétaire : autant de leviers indispensables pour sortir d’un modèle fondé sur la dépense contrainte.
L’autonomie financière ne peut pas reposer éternellement sur la solidarité nationale.
Sans création de richesse, il n’y a pas de redistribution durable.
Le vote du 30 janvier a permis de sauver le budget 2025. Il n’a, en revanche, rien réglé sur le fond. La question demeure entière : la Nouvelle-Calédonie veut-elle continuer à gérer l’urgence… ou enfin affronter la réalité économique ?


















