Ils parlent de droits fondamentaux depuis Paris.
Sur le terrain calédonien, ce sont surtout les ruines, la peur et les silences qui dominent.
Une commission consultative qui n’éclaire plus, mais accuse
La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a rendu, fin janvier, un avis très critique sur la gestion par l’État de la crise insurrectionnelle du 13 mai 2024 en Nouvelle-Calédonie. Officiellement, il s’agit d’un texte à portée consultative, destiné à nourrir la réflexion publique. Dans les faits, c’est un réquisitoire politique.
La CNCDH affirme avoir travaillé sérieusement, en auditionnant un grand nombre d’acteurs. La liste est longue : Jacques Billant, haut-commissaire de la République ; Stanislas Alfonsi, secrétaire général du Haut-Commissariat ; Yves Dupas, procureur de la République ; Manuel Valls, ministre des Outre-mer. Des responsables institutionnels directement confrontés à la violence des émeutes.
Mais la commission a également donné une large place à des acteurs idéologiquement engagés : Aude Forest et Désiré Tein pour la CCAT ; Marie-Pierre Goyetche pour le Parti travailliste et le FLNKS ; Emmanuel Tjibaou, député indépendantiste et président de l’Union calédonienne, sans oublier des représentants syndicaux radicaux comme Rock Haocas (USTKE).
Sénateurs coutumiers, responsables associatifs, chercheurs militants et juristes parisiens complètent le tableau. Sur le papier, la pluralité est là. Dans la conclusion, pourtant, une seule grille de lecture domine.
Quand les émeutiers deviennent victimes et l’État coupable
À la lecture de l’avis, un malaise s’impose. Les responsabilités sont inversées. Ceux qui ont mis la Nouvelle-Calédonie à genoux disparaissent presque du récit. Ceux qui ont tenté de contenir le chaos sont cloués au pilori.
La CNCDH parle de « manquements », de « droits fondamentaux bafoués », mais minimise l’ampleur des destructions. Or les faits sont connus, établis, vérifiables : entreprises incendiées, zones commerciales détruites, centaines de familles contraintes de fuir leur domicile, salariés ruinés, quartiers entiers livrés à la peur.
Pendant des semaines, des Calédoniens ont vécu en état de siège, avec des barrages, des menaces, des représailles. Où sont-ils dans cet avis ? Où sont leurs droits ? Le droit de propriété, le droit à la sécurité, le droit de circuler librement semblent relégués au second plan.
À force de vouloir dénoncer l’État, la CNCDH en arrive à victimiser politiquement les auteurs des violences, reprenant, parfois mot pour mot, la narration portée par la CCAT et ses relais. Une commission censée être un repère moral devient ainsi un acteur idéologique.
Les grands absents : forces de l’ordre, victimes et terrain réel
Le silence le plus choquant concerne sans doute les forces de l’ordre. Gendarmes et policiers ont tenu, jour et nuit, sous des tirs, des jets de projectiles, des embuscades. Le gendarme Nicolas Molinari, tué par un tir d’arme à feu, n’est pas un symbole abstrait : c’est un homme, une famille, un engagement au service de la République.
Dans l’avis de la CNCDH, ce sacrifice est à peine évoqué. Comme si rappeler la violence subie par les forces de l’ordre venait troubler le récit. Comme si reconnaître leur courage remettait en cause une thèse déjà écrite.
Autre oubli majeur : les familles mélanésiennes elles-mêmes. Beaucoup ont vu leur jeunesse embrigadée, chauffée à blanc par la CCAT, coupée des repères coutumiers, instrumentalisée politiquement. Des parents dépassés. Des mamies en pleurs. Une société fracturée de l’intérieur. Cette réalité-là n’intéresse visiblement pas la commission.
La province Sud, pourtant attaquée dans l’avis, a maintenu des aides essentielles malgré des tensions budgétaires extrêmes : accès aux soins, cantines, bourses scolaires, navettes vers le Mont-Dore, soutien aux propriétaires de logements incendiés. La justice, seule instance décisionnelle, a d’ailleurs donné raison à la province dans une large majorité des recours engagés contre elle. Là encore, le fait est réel. Il dérange.
Une invitation à sortir du monde surréaliste
Cette tribune n’est pas un rejet des droits de l’homme. Elle est un refus de leur instrumentalisation. Défendre les droits de l’homme ne consiste pas à choisir ses victimes ni à effacer la violence quand elle dérange un récit politique.
Les membres de la CNCDH sont donc invités à venir en Nouvelle-Calédonie. À quitter les auditions parisiennes, les interviews de députés LFI, les analyses hors-sol. À marcher dans les quartiers détruits. À parler aux commerçants ruinés, aux soignants entravés, aux habitants du Mont-Dore et de Saint-Louis, privés de circulation pendant des mois.
Car en persistant dans cette neutralité imparfaite, la CNCDH prend un risque majeur : celui de perdre toute crédibilité auprès de ceux qui ont vécu la violence réelle. Les droits de l’homme ne sont pas une abstraction idéologique. Ils sont concrets, vécus, incarnés. Et en Nouvelle-Calédonie, ils ont été piétinés d’abord par ceux qui ont choisi le chaos.
En sortant de son rôle de vigie impartiale, la CNCDH a cessé d’être un arbitre. Elle est devenue un acteur. Et dans une crise aussi grave, prendre parti, c’est déjà trahir la réalité.


















