Budget 2026 : Paris sauve (encore) la Nouvelle-Calédonie

Deux ans après les émeutes et une dette qui étouffe le territoire, la Nouvelle-Calédonie joue sa crédibilité financière.
Ce 19 février, le Congrès a tranché après une journée marathon : le budget primitif 2026 est adopté.
Un budget 2026 sauvé par le pacte Élysée-Oudinot
Quelques semaines après l’adoption difficile de la loi de finances en métropole, la Nouvelle-Calédonie a voté son budget primitif 2026 au terme d’une séance fleuve au Congrès.
Un an après le chaos qui avait entouré le vote du budget 2025, l’exécutif a voulu afficher méthode et responsabilité.
Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge du budget, a revendiqué une nouvelle démarche : concertation élargie, dialogue avec les groupes, travail avec les collectivités.
Une stratégie saluée par l’ensemble des formations politiques dès l’ouverture des débats.
Pourtant, en janvier, la première mouture du budget avait été jugée « invotable » par plusieurs élus, faute de recettes suffisantes pour tenir jusqu’à décembre. L’équilibre semblait hors d’atteinte.
La situation s’est débloquée à Paris avec le pacte de refondation économique signé le 19 janvier à Oudinot, dans le prolongement de l’accord trouvé à l’Élysée. Ce cadre garantit un équilibre des comptes publics pour 2026 et 2027.
Environ 15 milliards de francs ont été obtenus de l’État. Près de 7,16 milliards prennent la forme d’une subvention fléchée vers les comptes sociaux et le système électrique.
Les retraites et l’équilibre du Ruamm sont donc sécurisés pour deux ans. Un signal fort après des mois d’angoisse budgétaire.
À cela s’ajoute un emprunt de 8,4 milliards contracté par la Nouvelle-Calédonie pour compléter le financement.
Une respiration financière, mais qui confirme la dépendance du territoire.
Le budget propre 2026 s’élève à 155 milliards de francs. Le budget annexe de répartition atteint 113,5 milliards. Le budget de reversement, lui, avoisine les 70 milliards.
L’assiette nette de répartition grimpe à 101 milliards de francs, contre 98,7 milliards en 2025.
Contrat de désendettement : deux années blanches et un sursis vital
Le soutien de l’État repose aussi sur deux « années blanches » en 2026 et 2027. La Nouvelle-Calédonie n’aura pas à rembourser les prêts contractés pendant la crise du Covid et les émeutes de mai 2024.
L’économie est estimée à près de 7 milliards de francs pour 2026. Un allègement indispensable après des années d’endettement massif.
Depuis 2019, le territoire a emprunté environ 170 milliards de francs. Un niveau devenu insoutenable.
Le futur contrat de désendettement, en préparation avec la mission interministérielle dirigée par Claire Durrieu, vise à faire économiser entre 10 et 12 milliards de francs par an. L’objectif : transformer progressivement certains prêts en subventions.
Pour Philippe Dunoyer, chef de file de l’intergroupe Éveil océanien – Calédonie Ensemble, ce chantier est crucial pour « libérer » le territoire du poids de la dette. Mais le travail reste immense.
En parallèle, 1,19 milliard de francs sera versé au titre des dépenses sociales de proximité. Son affectation sera précisée lors d’une décision modificative.
Les dépenses de reversement atteignent 68 milliards de francs, en baisse par rapport à 2025.
Près de 42 milliards seront versés à l’ASS-NC pour financer les comptes sociaux.
Côté fiscalité, les recettes affichent une baisse globale de 2,2 %, soit 825 millions de francs de moins.
Malgré une hausse de 7 % de la TGC, son affectation au budget de reversement recule de 7 %.
La compensation fiscale issue du prêt garanti par l’État représente 21,5 milliards de francs. Un levier déterminant dans l’équilibre global.
Investissements, apprentissage, tourisme : la relance encadrée
Les opérations d’investissement atteindront 9,1 milliards de francs, soit 36 % de plus qu’en 2025 et 55 % de plus qu’en 2024.
Le budget de l’apprentissage progresse de 25 %. Un choix stratégique pour l’emploi local et la formation des jeunes.
Les dotations aux ligues sportives sont renforcées. Le soutien à la jeunesse devient un axe prioritaire.
Le GIE Tourisme voit ses ressources augmenter. Le budget de promotion internationale passe de 260 à 400 millions de francs.
Un pari sur l’attractivité et la relance économique dans un territoire encore marqué par la crise.
En revanche, l’ADANC enregistre une baisse budgétaire de 13 %, dans un contexte sensible, alors qu’Air Calédonie prépare son transfert de Magenta vers Tontouta pour réduire son déficit.
La répartition des 101 milliards de l’assiette nette s’établit ainsi : 56 milliards pour les provinces (27,6 pour le Sud, 18,2 pour le Nord, 10,1 pour les Îles), 16,9 milliards pour les communes, 28 milliards pour la Nouvelle-Calédonie.
Le vote final est intervenu en début de soirée : 33 voix pour. Les 10 élus du groupe UC-FLNKS et Nationalistes présents se sont abstenus.
Christopher Gygès a salué une « victoire pour la Nouvelle-Calédonie » et un budget de responsabilité.
Sonia Backès, pour l’intergroupe Les Loyalistes, a mis en avant la méthode collective adoptée.
Reste une évidence : le territoire vit sous perfusion financière de l’État. L’autonomie budgétaire reste un horizon lointain.
Le membre du gouvernement en charge du budget l’a reconnu : la trajectoire doit conduire à ne plus dépendre du soutien hexagonal. Cela passera par des réformes structurelles, notamment sur les comptes sociaux.
À l’approche des échéances électorales, le consensus sera difficile. Mais le message est clair : on ne redresse pas un pays sans discipline budgétaire et courage politique.

