À Nouméa, une marche blanche pour Joëlla après un meurtre qui interroge

Après l’homicide de Saint-Quentin, une marche blanche rendra hommage à Joëlla, femme transgenre, et relance le débat sur les violences anti-LGBTQIA+.
Une affaire judiciaire devenue symbole
À Nouméa, l’émotion reste vive après la découverte, d’un corps sans vie dans le quartier de Saint-Quentin.
Le parquet a ouvert une enquête pour homicide volontaire après la mort de cette personne âgée de 45 ans retrouvée grièvement blessée rue du Maréchal-Lyautey.
Dans un premier temps, la communication officielle évoquait un homme. Mais des proches et des membres de la communauté LGBTQIA+ ont indiqué qu’il s’agissait de Joëlle, dite Joëlla, femme transgenre connue dans le quartier.
Ce point a suscité de fortes réactions. Pour les organisateurs du rassemblement, la reconnaissance de son identité est essentielle.
Joëlla était une femme. Elle avait une identité, un parcours, une histoire. Elle mérite respect. L’enquête, elle, suit son cours.
Deux individus fortement alcoolisés ont été interpellés peu après les faits. Placés en garde à vue, ils ont reconnu avoir porté des coups.
Une autopsie a été ordonnée pour préciser les causes exactes du décès.
Comprendre ce que signifie LGBTQIA+
Le sigle LGBTQIA+ désigne les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queer, intersexes et asexuelles, ainsi que d’autres identités de genre et orientations sexuelles.
Une personne transgenre est une personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe assigné à la naissance.
En France, selon les estimations de l’Ifop, environ 1 à 2 % de la population se déclare transgenre ou non-binaire, et près de 7 à 10 % se dit appartenir à une minorité sexuelle.
En Nouvelle-Calédonie, il n’existe pas de statistiques officielles précises, car les recensements de l’ISEE ne collectent pas de données sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.
Toutefois, en appliquant les estimations nationales à une population d’environ 270 000 habitants, plusieurs milliers de personnes pourraient être concernées par une identité LGBTQIA+.
Concernant les violences, au niveau national, le ministère de l’Intérieur a recensé plus de 4 000 infractions à caractère anti-LGBT+ en 2023 en France, en hausse ces dernières années.
En Nouvelle-Calédonie, les chiffres spécifiques ne sont pas publiés séparément, mais les associations locales rapportent régulièrement des cas d’agressions verbales ou physiques.
Ces données montrent que la question dépasse le seul fait divers : elle touche à la sécurité, à la reconnaissance et au respect des identités.
Une marche blanche pour la dignité
Face à l’émotion, un rassemblement public est organisé en mémoire de Joëlla. Les initiateurs parlent d’un temps de recueillement, de solidarité et de dignité.
La marche blanche se tiendra samedi 21 février, avec un point de rendez-vous fixé à la maison de la biodiversité à Sainte-Marie.
Le rassemblement débutera à 8h30, pour un départ à 9h.
Les participants sont invités à venir vêtus de blanc, en signe d’unité.
L’appel insiste sur le caractère calme et respectueux de l’événement.
Nous marcherons pour honorer sa mémoire, soutenir ses proches et affirmer que les violences envers les personnes LGBTQIA+ ne peuvent plus être ignorées.
Entre enquête pénale et débat de société
À ce stade, rien ne permet d’affirmer que le mobile du crime soit lié à l’identité de genre de la victime. Seule l’enquête judiciaire déterminera les circonstances exactes et les qualifications retenues. Mais dans l’espace public, le drame a déjà pris une dimension symbolique.
Il pose la question de la violence nocturne, de l’alcoolisation massive, mais aussi du regard porté sur les minorités.
Parce que le silence protège les violences.
Parce que la dignité n’est pas négociable.
Parce que nous refusons l’indifférence.
Samedi matin, Nouméa sera appelée à se rassembler.
Au-delà des débats sémantiques et des divergences d’interprétation, une vie a été perdue. La justice devra établir les responsabilités.
La société, elle, devra répondre à une question plus large : comment garantir à chacun sécurité et respect, quelle que soit son identité ?
La marche blanche entend rappeler un principe simple : chaque vie compte, sans exception.

