Eramet : l’année de tous les dangers en 2026

Les chiffres tombent et ils sont implacables.
Pour le fleuron minier français, 2026 commence sous le signe du doute.
Une performance financière sévèrement dégradée
L’année 2025 restera comme un exercice de rupture pour Eramet, acteur stratégique des métaux critiques.
Le communiqué publié le 18 février 2026 ne laisse guère de place à l’optimisme : le groupe reconnaît une « année difficile », marquée par une rentabilité en forte baisse et une tension accrue sur le bilan. Le chiffre d’affaires ajusté recule de 7 %, à 3,155 milliards d’euros.
Plus inquiétant encore : l’EBITDA (Earnings before interest, taxes, depreciation and amortisation) ajusté s’effondre de 54 %, tombant à 372 millions d’euros.
Le résultat net part du groupe (hors SLN) s’établit à -370 millions d’euros.
Une perte massive, alourdie notamment par une dépréciation de 171 millions d’euros sur l’activité des sables minéralisés. Le free cash-flow ajusté ressort à -481 millions d’euros.
La dette nette atteint 1,935 milliard d’euros fin 2025, avec un levier ajusté de 5,5x.
Ces chiffres traduisent une réalité brutale : la solidité financière du groupe est fragilisée.
Les notations de crédit à long terme sont classées B1 chez Moody’s et B chez Fitch, avec des perspectives négatives.
Dans un contexte mondial marqué par la volatilité des matières premières, la baisse du dollar et un excédent sur le marché du nickel et du manganèse, Eramet paie le prix d’un cycle défavorable.
Mais les facteurs externes n’expliquent pas tout.
Instabilité au sommet : le signal qui inquiète
Au-delà des comptes, c’est la gouvernance qui interroge.
Il y a quelques jours, le groupe a annoncé la dispense temporaire d’activité de son directeur financier, Abel Martins-Alexandre, en poste depuis septembre 2025.
Une décision rare, qui intervient moins d’un an après sa prise de fonctions.
Avant cela, le départ brutal du directeur général, intervenu lui aussi moins d’un an après sa nomination, avait déjà semé le trouble.
Dans une entreprise cotée d’importance stratégique, ces mouvements rapides au sommet ne sont jamais anodins.
La stabilité managériale constitue un pilier de la crédibilité auprès des marchés.
Or, 2026 s’ouvre sur une double fragilité : financière et organisationnelle.
Dans le même temps, la direction conduite par Christel Bories affirme vouloir « renforcer le bilan » et « améliorer la génération de cash ».
Un plan de financement en trois volets est lancé : amélioration de la performance via le programme ReSolution, revue stratégique des actifs avec des options de monétisation et projet de renforcement des fonds propres à hauteur d’environ 500 millions d’euros en 2026.
Le groupe a également suspendu le versement de dividendes pour deux ans. Un signal fort envoyé aux actionnaires : la priorité n’est plus à la rémunération, mais au désendettement.
Métaux stratégiques : un enjeu national sous tension
La situation d’Eramet dépasse le simple cadre d’une entreprise.
Producteur majeur de manganèse au Gabon, acteur clé du nickel en Indonésie via PT Weda Bay Nickel, engagé dans le lithium en Argentine, le groupe occupe une place centrale dans la chaîne de valeur des métaux stratégiques nécessaires à la transition énergétique.
En 2025, l’activité manganèse voit son EBITDA chuter de 37 %. Le nickel (hors SLN) accuse une baisse de 64 %. Le lithium, encore en phase de montée en puissance, affiche un EBITDA négatif. Dans un monde où la souveraineté industrielle redevient un mot d’ordre, voir un champion français fragilisé interroge.
La transition énergétique repose sur ces ressources critiques.
Le groupe met en avant des avancées opérationnelles : montée en cadence du lithium à Centenario, en Argentine, et obtention du score IRMA 50 pour sa mine au Sénégal. Mais ces jalons ne suffisent pas à compenser la dégradation des fondamentaux financiers.
Le maintien d’une liquidité élevée (1,5 milliard d’euros fin 2025) offre un coussin de sécurité.
Cependant, le levier élevé et la dépendance à un environnement de prix plus favorable constituent des variables déterminantes pour 2026.
La direction vise une production accrue de manganèse et une capacité en lithium proche de 100 % fin 2026.
Les objectifs sont affichés, mais le contexte reste incertain.
2026 n’est pas une année de conquête, mais de survie stratégique.
Pour Eramet, l’enjeu est clair : restaurer la confiance, stabiliser la gouvernance, renforcer le bilan.
Dans le secteur des matières premières, la crédibilité se mesure à la solidité financière et à la constance du leadership.
Sur ces deux fronts, le groupe français devra convaincre.

