5,9 millions d’agents : l’État continue de grossir

Le 10 février 2026, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié son étude annuelle sur l’emploi public.
Le constat est limpide : 5,9 millions d’agents travaillent dans la fonction publique fin 2024, soit 32 800 de plus qu’en 2023.
La progression est de +0,6 %, après +1,1 % en 2023.
Autrement dit, le rythme ralentit, mais la dynamique reste orientée à la hausse.
Les trois versants sont concernés : fonction publique de l’État (FPE), territoriale (FPT) et hospitalière (FPH).
L’emploi public continue donc de croître, dans un contexte pourtant marqué par la contrainte budgétaire et l’endettement.
L’État en première ligne : la hausse tirée par les contractuels
En 2024, les effectifs de la fonction publique de l’État augmentent de 0,8 %, soit 20 700 agents supplémentaires.
Un rythme identique à celui de 2023.
Cette progression s’explique principalement par le recrutement de contractuels, en hausse de 3,5 %.
Le nombre de fonctionnaires, lui, stagne.
Les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur enregistrent une hausse de 3,8 % de leurs effectifs.
Cette augmentation tient notamment au développement des accompagnants d’élèves en situation de handicap.
Dans la fonction publique hospitalière, les effectifs progressent de 0,5 % (+5 700 agents), après +1,9 % en 2023.
La hausse est portée par le personnel médical hospitalier (+2,4 %) et les contractuels (+0,8 %).
Du côté de la fonction publique territoriale, la progression est plus modérée : +0,3 %, soit 6 400 personnes supplémentaires.
Là encore, la croissance repose sur les contractuels (+2,6 %), tandis que le nombre de fonctionnaires recule de 0,3 %.
Le constat est clair : l’augmentation de l’emploi public en 2024 est presque exclusivement portée par les contractuels.
Ils représentent désormais 24 % des agents publics, contre 23,3 % en 2023 et 16,4 % dix ans plus tôt.
Dans le détail : 26 % dans la FPT, 23 % dans la FPE et 22 % dans la FPH.
Le nombre de fonctionnaires recule légèrement (-0,1 %, soit 3 900 personnes).
Il s'agit d'un tournant symbolique dans l’évolution de la structure de l’emploi public.
Une fonction publique plus diplômée… et plus âgée
L’étude met également en lumière une transformation des catégories hiérarchiques.
Les agents de catégorie A progressent de 1,7 % (+38 300).
Les agents de catégorie B augmentent de 2,2 %.
À l’inverse, les agents de catégorie C reculent de 2,1 %.
Pour la première fois, la fonction publique compte plus d’agents de catégorie A (38 %) que de catégorie C (37 %).
La hausse des effectifs de catégorie A est particulièrement marquée dans la FPH (+3,6 %) et la FPT (+3,1 %).
Dans la FPE, elle atteint +0,7 %.
Autre tendance structurelle : la féminisation.
Le nombre de femmes progresse de 0,6 % (+22 600), contre +0,5 % pour les hommes.
Elles représentent désormais 64 % des effectifs, contre 59 % en 2004.
Dans le détail :
58 % dans la FPE (85 % des professeurs des écoles, 19 % des militaires) ;
61 % dans la FPT (99 % des Atsem) ;
78 % dans la FPH (90 % des aides-soignants, 87 % des infirmiers).
L’âge moyen continue également d’augmenter. Les agents de 50 ans ou plus progressent de 2,3 %.
Conséquence directe de la réforme des retraites entrée en vigueur en septembre 2023 :
l’âge moyen atteint 43 ans et 11 mois, soit deux mois de plus qu’en 2023.
Moins d’entrées, plus de sorties : un solde en baisse
En 2024, 528 800 agents civils sont entrés dans la fonction publique.
Cela représente 9,5 % des effectifs.
Dans le même temps, 499 400 agents en sont sortis, soit 9 %. Les entrées diminuent de 18 200 par rapport à 2023, tandis que les sorties augmentent de 13 900.
Le solde reste positif (+29 400), mais il s’atténue nettement.
En 2023, il atteignait +61 500.
Ce solde demeure positif dans les trois versants.
Il est surtout alimenté par les contractuels, avec un gain net de 125 700 agents.
Les contractuels constituent 74 % des entrées dans la fonction publique.
Un chiffre qui illustre la transformation progressive du modèle.
Au total, l’emploi public continue de progresser en France, mais sa structure évolue rapidement.
Moins de fonctionnaires titulaires, davantage de contractuels.
Plus de cadres, moins d’agents d’exécution.
Une moyenne d’âge qui augmente sous l’effet de la réforme des retraites.
Ces données officielles de l’Insee dessinent une fonction publique en mutation, mais toujours massive.
Avec 5,9 millions d’agents, elle demeure l’un des piliers centraux de l’organisation administrative française.
Dans un pays confronté à des défis budgétaires majeurs, ces chiffres nourriront inévitablement le débat sur l’efficacité de la dépense publique.
Une chose est certaine : la question de la taille et de l’organisation de l’État reste plus que jamais au cœur des enjeux nationaux.

